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L’identité libanaise se discute à Paris

Rencontre

Le 23 février, dans l'amphithéâtre de l'Université Panthéon Assas, près de 250 personnes, toutes tranches d'âge confondues, sont venues assister à une conférence-débat autour de l'identité libanaise ; notion aussi kaléidoscopique que passionnante.

M. K. | OLJ
03/03/2017

Débattre de l'identité libanaise n'est pas nouveau. En dépit de la mondialisation, de la fusion des cultures et de la chute (fallacieuses) des frontières dans le monde, l'identité demeure une réalité anthropologique qui imprègne les sociétés et les pays. L'histoire du Liban, pays mosaïque, a toujours été traversée par des conflits identitaires dont l'apogée tragique a été la guerre civile ; un épisode sanglant venu cristalliser toutes les frustrations identitaires et les haines larvées entre les différentes communautés libanaises.
Conscients de l'acuité et de l'actualité de ce concept controversé de nos jours, l'Institut du Liban à Paris ainsi que l'association Assas monde arabe ont étroitement collaboré pendant trois mois pour organiser cet événement, le premier à voir le jour suite à ce partenariat, et qui va inaugurer une série de rencontres, de conférences et de débats autour du Liban et du monde arabe dans les mois à venir.
« Notre souci est de tirer au clair la nébuleuse qui voile le concept de l'identité libanaise et de dévoiler à un public français et arabe la complexité de notre identité », confient Élias Anka Wehbé et Georges Zeino, de l'Institut du Liban. Complexité qui rejoint la vision de Myriam Sefraoui, membre actif et fondateur de l'association Assas monde arabe. « L'homme est tiraillé entre deux besoins : le besoin de la pirogue et le besoin de l'arbre », argue-t-elle, en évoquant le mythe mélanésien de la pirogue en guise d'allusion au désir de se débarrasser de toute appartenance identitaire et la nécessité d'assumer ses origines. Partant de cette dualité paradoxale, les grandes lignes de la conférence ont pris forme petit à petit. Une équipe constituée de jeunes Libanais ainsi que des étudiants de l'association Assas monde arabe, dont le très engagé, actif et intelligent Ismael Zniber, étudiant en droit à Panthéon Assas, ont retroussé leurs manches et se sont mis au taquet pour organiser cette conférence « marquée par la passion qui émanait non seulement des intervenants, mais aussi du public d'autant que la thématique complexe d'identité s'y prête », selon Myriam.
Les différents panélistes invités ont été François Costantini, professeur à l'ESCP et à l'USJ de Beyrouth, Bahjat Rizk, avocat, écrivain et attaché culturel de la délégation libanaise à l'Unesco, ainsi que Maya Khadra, doctorante en 2e année de littérature francophone du Proche-Orient et l'une des organisatrices de cet événement.

Divergents, mais complémentaires
Le débat s'est articulé autour de trois approches différentes. La crise identitaire qui jette les Libanais à chaque fois sur un rivage différent : l'arabisme, le phénicianisme et l'identité religieuse.
Bahjat Rizk a proposé une grille de lecture qui regroupe les sciences sociales et les sciences humaines, l'histoire et la politique. Pour cela, il s'est orienté vers l'anthropologie politique à travers Hérodote, le père de l'histoire (500 ans avant Jésus-Christ), et la charte de l'Unesco (1945). « Les jeunes universitaires cherchent un nouvel outil adapté de décryptage et de compréhension du monde d'aujourd'hui », confie-t-il à L'Orient-Le Jour, tout en exprimant sa joie de participer à ce débat dans un cadre universitaire avec des étudiants qui présentent une grande qualité d'écoute assortie d'une grande intégrité intellectuelle.
François Costantini, spécialiste du Liban et auteur d'un essai à paraître bientôt aux éditions Perspectives libres, Le Liban, Histoire et destin d'une exception, a quant à lui défendu un autre point de vue. Se basant sur sa thèse et sur ses différentes recherches, il relie l'émergence de l'identité libanaise au rôle qu'ont joué les maronites au Liban, surtout dans la moutasarrifyya du Mont-Liban, terre d'accueil pour les minorités persécutées et terre de résistance contre les assaillants. Point de vue contesté par certains, mais partagé par d'autres. « Je retiens de cette conférence le plaisir de voir que le Liban passionne toujours. Je salue également toute la liberté de parole dont j'ai pu bénéficier et qui a été très perceptible au cours des débats. Je sais que ma thèse est très personnelle, mais j'ai pu constater non sans plaisir qu'elle était quelque peu partagée », précise-t-il.
Enfin, Maya Khadra a concentré son intervention sur la déconstruction des mythes identitaires au Liban en se basant sur les approches de Derrida et de différents mythologues et théoriciens comme Mircea Eliade et Claude Levi-Strauss, et en les appliquant sur un corpus de littérature francophone libanaise. Elle a notamment dévoilé les contradictions dans le mythe du phénicianisme, encensé par les écrivains comme Charles Corm, fondateur de la Revue phénicienne en 1919. Point de vue qui a provoqué quelques mécontentements, surtout de la part des défendeurs du mythe phénicien. « L'interaction avec moi des étudiants avides de connaître davantage sur les mythes identitaires fondateurs au Liban, leur écoute impressionnante et leurs questions qui ont suivi le débat m'ont ressourcée en énergie et en détermination pour approfondir encore plus mes recherches », a assuré Maya Khadra.
Une rencontre fructueuse, de bon augure pour d'autres manifestations culturelles et académiques – tout cela grâce à la collaboration de deux groupes de jeunes à Paris voulant redorer le blason du monde arabe...

M. K.

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