L’édito de Émilie SUEUR

Erdogan face à la nation

L’édito
21/02/2017

« L'AKP est un parti qui s'appuie exclusivement sur la nation (...). Nous sommes partis des valeurs communes de notre nation, nous avons défini notre terrain politique comme le terrain où notre nation se dresse comme une forteresse. » Ainsi s'exprimait Recep Tayyip Erdogan en 2003, lors du 1er congrès de l'AKP dont il était le président.
Quatorze ans plus tard, engagé dans la campagne pour le « oui » au référendum sur une révision constitutionnelle qui renforcerait considérablement ses pouvoirs, M. Erdogan estime que ceux qui veulent voter « non » « ne s'opposent pas à un système, mais à la nation. Ceux-là ne sont pas contre Erdogan, mais contre la nation ».
Ceux qui glisseront un « non » dans l'urne, le 16 avril prochain, voteront contre un basculement des pouvoirs exécutifs entre les mains du président. Car le projet de révision constitutionnelle prévoit que le président pourra gouverner par décret, déclarer l'état d'urgence, décider le budget, nommer les hauts fonctionnaires, le ou les vice-présidents ainsi que la moitié des membres de la Cour constitutionnelle tout en conservant la direction de l'AKP. Le Parlement deviendrait dès lors une Chambre d'enregistrement, alors que le poste de Premier ministre disparaît purement et simplement. Le Sultan ne veut pas de Grand Vizir.
Pour parvenir à ses fins, le président se rêvant « hyper » a opté pour la stratégie de la peur et de la division.
« D'une certaine manière, à vrai dire, la place de ceux qui disent "non" est à côté du 15-Juillet », a déclaré M. Erdogan en référence au coup d'État de l'été dernier.
Son camp reproduit bien sûr, comme un seul homme, la rhétorique du chef. « Les organisations terroristes font en chœur campagne pour le "non" », a ainsi déclaré le Premier ministre Binali Yildirim. « Si nous ne dépassons pas 50 %, si nous ne sommes pas victorieux lors de ce référendum, alors préparez-vous à une guerre civile », a lancé, pour sa part, Ozan Erdem, adjoint au dirigeant de l'AKP pour la province de Manisa, dans l'ouest du pays. Peu après, l'homme démissionnait, non sans avoir accusé les médias d'avoir déformé ses propos. Des médias qui, depuis des mois, et surtout depuis le putsch avorté du 15 juillet, sont dans la ligne de mire du pouvoir. Journalistes arrêtés, limogés, censurés... Il y a quelques jours, Nils Muiznieks, commissaire aux Droits de l'homme du Conseil de l'Europe, constatait, dans un rapport, l'état « alarmant » de la liberté d'expression et des médias en Turquie. Le tout dans un contexte de purges massives post 15-Juillet.
C'est donc en tablant sur une stratégie du « moi ou le chaos », du « eux vs nous », qu'Erdogan veut « fermer la parenthèse du kémalisme ». C'est en faisant de tout opposant un potentiel « ennemi de l'intérieur » qu'Erdogan veut ouvrir la porte à une nouvelle Turquie, construite sur une « nation forteresse ».
Mais comment prétendre se poser en défenseur de la nation turque, d'une nation forte qui plus est, quand l'on s'acharne à attiser les divisions en son sein. « Le désir de vivre-ensemble » est aussi l'un des ingrédients de la pérennité d'une nation.

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