La Dernière

A Beyrouth, les trois vies de la tour blanche du poète

Patrimoine

Une nouvelle page s'ouvre pour le gratte-ciel pionnier de Beyrouth. L'ex-siège social des premières voitures Ford au Proche-Orient et ancienne résidence de la famille Corm abritera désormais la Fondation Charles Corm et la Fédération des associations des anciens de l'USJ.

16/02/2017

Érigée en 1928, reconnaissable à ses faux airs de State Building, la maison Corm a été la première tour au Liban et la plus haute jusqu'aux années cinquante. Inspirée du mouvement moderniste, elle a été dessinée par Charles Corm, qui l'a conçue à l'origine pour le siège régional des voitures et tracteurs Ford, dont il a été l'agent pour le Liban, la Syrie, la Palestine et la Jordanie. Située autrefois sur un vaste terrain qui bordait la rue de Damas et se prolongeait jusqu'à la place du Musée, elle est aujourd'hui masquée par le Campus de l'innovation et du sport de l'Université Saint-Joseph, et son environnement grignoté par de nouvelles constructions. Néanmoins, la tour reste visible et tranche dans son milieu.


Un charme particulier, un caractère d'exception plane sur le site. C'est là que les premières Ford étaient assemblées avant de prendre la route vers le Proche-Orient. C'est également entre ces murs que Charles Corm, retiré des affaires le jour de ses 40 ans, comme il l'avait décidé, s'est consacré à l'écriture de La Montagne inspirée (Prix Edgar Allen Poe) et des 6 000 ans de génie pacifique au service de l'humanité, pour ne citer que ces deux grandes œuvres. La tour a vu grandir, rêver, rire et pleurer David, Hiram, Virginie et Madeleine, les quatre enfants de Charles Corm et de Samia Baroudi, Miss Liban 1935, élue première dauphine de Miss monde à Bruxelles. C'est là enfin, dans un atelier mis à sa disposition au bout du jardin, que Youssef Hoyek (1883-1962) a sculpté un grand nombre d'œuvres. Ces murs qui peuvent se lire comme un roman « ne seront pas réduits à un simple musée-mausolée ». Le premier « gratte-ciel » de Beyrouth « entamera prochainement sa troisième vie, comme siège de la Fondation Charles Corm et celui de la Fédération des associations des anciens de l'Université Saint-Joseph », ont annoncé les deux frères David et Hiram Corm.

 

Maison des arts et des lettres
Gérée en collaboration avec l'Université Saint-Joseph, la fondation vise à mettre en place le Centre culturel Charles Corm (CCCC), qui comprendra la vaste bibliothèque de ce grand humaniste et écrivain, fondateur en 1920 de la Revue Phénicienne, tribune politico-culturelle de la scène libanaise de l'époque. L'occasion pour le public de plonger dans des milliers d'ouvrages de référence et œuvres littéraires, des périodiques et documents traitant de divers sujets, comme le Mémorial de la grande famine de 1915-1918 ; la saga de l'automobile au Levant ou du Pavillon libanais à l'Exposition universelle de New York en 1939, dont Corm a dirigé et financé la conception. LE CCCC comportera également une salle d'exposition, un auditorium et une librairie-salon de thé donnant sur un jardin arborisé, fleuri, truffé de colonnes antiques, des bustes de Khalil Gibran et de Daoud Corm, et autres sculptures de Hoyek.
L'espace Daoud Corm (1852-1930), « doyen de la peinture libanaise » et père de Charles Corm, est prévu dans le projet. Il sera consacré à l'art moderne et contemporain.

 

(Lire aussi : Le BeMa, autre phare de Beyrouth, s’élancera sur 120 mètres)

 

Nouvelle jeunesse
Pour se faire, un programme lourd de rénovation est déjà engagé sur les 1 500 m2 du bâtiment. Car si les façades ont fait peau neuve (leur ravalement a eu lieu en 1995) et si le rez-de-chaussée a été restauré pour installer les bureaux de David et Hiram Corm et des Éditions de la Revue Phénicienne, l'intérieur du bâtiment reste fortement endommagé. Squatté et pillé par les milices durant la guerre du Liban, il s'apprête à subir un sacré coup de jeune. Tout comme la bibliothèque ravagée par une bombe incendiaire mais dont « l'inventaire et le catalogage ont démarré », souligne Hiram Corm, ajoutant que le mobilier original, par Mies Van Der Rohe, Marcel Breuer ou Pierre Chareau, a été en grande partie vandalisé. Ce qui en reste sera réparé par un spécialiste allemand.


D'autre part, pour domicilier la Fédération des associations des anciens de l'USJ et donc gagner des mètres carrés, il est prévu d'intégrer des extensions légères et résistantes en métal-verre, sur les terrasses nord et sud du premier étage. Jouant la transparence, ces rajouts ne porteront pas préjudice au caractère particulier du bâtiment. « Ils ne feront que le rehausser », souligne David Corm. Notons que la Fédération, qui veut raffermir ses liens avec l'université-mère, a pour objectif d'encourager et de développer les activités scientifiques, culturelles, professionnelles et sociales par la voie de rencontres, et d'organiser des conférences, des colloques et des congrès ; participer à la création de centres de recherches scientifiques et publier des écrits à caractère académique, professionnel et social. Cet ensemble rajeuni ajoutera un nouveau pôle culturel au cœur d'un quartier hautement académique et essentiellement francophone.

 

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lila

Bravo !!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DANS LE TEMPS IL CIRCULAIT DES HISTOIRES BIZARRES SUR LA FORME ET LE DERNIER ETAGE DE CETTE BATISSE...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Superbe !
Bravo !

Tabet Ibrahim

Tres belle initiative de Dadid et Hiram Corm

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