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Moyen Orient et Monde

De plus en plus réprimé, le peuple bahreïni veut continuer à lutter

Droits de l’Homme

La tension sociale s'accroît dans le royaume à l'approche du procès d'un dignitaire chiite et des 6 ans du soulèvement populaire.

11/02/2017

Les tribunaux militaires bahreïnis pourraient prochainement être habilités à juger les civils en toutes circonstances. Tel est le sens d'un amendement de la Constitution sur lequel travaille actuellement le gouvernement du petit pays du Golfe. Il violerait pourtant le pacte international relatif aux droits civils et politiques, d'ailleurs signé par Bahreïn en 2006, selon plusieurs associations de défense des droits de l'homme.

En janvier, le gouvernement a redonné à l'Agence de sécurité nationale (ASN) le pouvoir d'arrêter et de détenir des citoyens soupçonnés de terrorisme, revenant sur l'une des réformes mises en œuvre après le soulèvement populaire de 2011. Cette ASN pourra être surveillée par le défenseur des droits, poste créé en 2012, chargé de transmettre aux autorités les plaintes des détenus, de leurs familles et des organisations de défense des droits de l'homme, en particulier pour les cas de torture. Il est peu probable que ce dispositif parvienne à éviter les abus : bien que le défenseur de droits reçoive chaque année des centaines de plaintes pour fait de tortures, seul un cas a entraîné des poursuites en justice.

 

(Pour mémoire : L’Iran critique la dissolution du principal groupe d’opposition chiite à Bahreïn)

 

« La situation actuelle est pire que celle de 2011 », affirme Sayed Ahmad al-Wadaei, porte-parole de l'Institut bahreïni pour les droits et la démocratie, basé à Londres, et interrogé par L'Orient-Le Jour. L'activiste avait alors été arrêté, torturé et jugé par un tribunal militaire rendu apte à juger les civils par l'application de la loi martiale. Une affirmation corroborée par Saïd Yousif al-Mahafdha, vice-président du Centre de Bahreïn pour les droits de l'homme, qui vit en exil en Allemagne. « Le président de notre organisation, Nabil Rajab, en est un exemple clair : un tweet, quelques retweets et quelques entretiens télévisés pourraient l'envoyer en prison pour quinze ans », affirme-t-il à L'OLJ. « Nous savons qu'il y a un coût pour la liberté et la démocratie, mais le peuple va lutter jusqu'à ce qu'elles arrivent un jour », ajoute-t-il.

Sur fond de contestation permanente du pouvoir depuis 6 ans, la répression gouvernementale n'a jamais cessé. En ce début d'année, le gouvernement accentue encore plus ses efforts pour faire taire toute opposition. La cour de cassation a rejeté lundi l'appel du parti al-Wefaq, principal groupe critique du gouvernement, contre sa dissolution prononcée en juillet dernier. En faisant taire l'opposition politique et en forçant à l'exil les associations de défense des droits de l'homme, le gouvernement s'expose à des éruptions de colère populaire spontanées, auxquelles il réagit avec violence. Le mois dernier, trois hommes ont été exécutés, une première depuis 2010. Cet événement a entraîné de multiples réactions de rage, dont l'incendie d'un bâtiment municipal de la ville de Shamalia.
Les médias sont également visés. La version en ligne du quotidien al-Wasat, seul journal d'opposition, a été suspendue durant trois jours en janvier. « Les médias doivent éviter de publier quoi que ce soit qui provoque des divisions ou discordes dans la communauté, sape l'unité nationale ou perturbe la paix », a-t-on alors pu lire dans un communiqué du ministère de l'Information.

 

(Pour mémoire : Manama dissout le principal groupe de l’opposition chiite)

 

Le cas Kassem
La famille royale, qui est de confession sunnite, s'en prend aussi aux autorités politiques et religieuses chiites. Les chiites représentent pourtant 70 % de la population du pays et réclament la fin des discriminations dont ils sont victimes. Le sort du cheikh Issa Kassem, principal dignitaire chiite du pays, cristallise les tensions. Déchu de sa nationalité le 20 juin dernier pour « confessionnalisme », il doit être jugé demain dimanche pour « collecte illégale de fonds » et « blanchiment ».

Alors que le 14 février marquera les six ans du déclenchement du soulèvement bahreïni, le mouvement de protestation violente pourrait s'étendre. « Nous attendons de connaître le sort de Mostafa Hamdan, un jeune de 18 ans entre la vie et la mort après avoir reçu une balle dans la tête lors d'une manifestation. Son décès entraînerait une forte réaction populaire », prévient Sayed Ahmad al-Wadaei.

Face à l'impossibilité de prendre la parole sur le territoire bahreïni, les organisations de défense des droits de l'homme agissent depuis l'étranger. M. Wadaei se rendra notamment au Conseil des droits de l'homme des Nations unies le 28 février, pour plaider la cause du peuple bahreïni. Samedi dernier, l'adjoint au ministre des Affaires étrangères Abdallah ben Fayçal ben Jabr al-Dossari a affirmé que le pays avait fait de nombreuses avancées en matière de protection des libertés publiques ces quatre dernières années, lors de la présentation d'un rapport au Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Selon le rapport, la défense des droits de l'homme ne serait pour certaines organisations que le moyen d'obtenir des gains politiques.

 

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Talaat Dominique

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