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Moyen Orient et Monde

L’agitprop à la Maison-Blanche

Commentaire
20/01/2017

« Mike, ils l'aiment. En ce qui me concerne, ils étaient un tout petit peu, vous savez, un peu inquiets. »
La scène s'est déroulée mercredi soir au Trump International Hotel de Washington lors d'un dîner réunissant les aficionados du nouveau vice-président Mike Pence. La petite phrase est de Donald Trump, le 45e président des États-Unis, qui, pour l'occasion, n'a pu résister à la tentation d'y aller d'un speech improvisé, mettant dans le même sac ses alliés républicains du jour (et farouches adversaires d'hier), ses critiques et surtout les super PAC.

« Un tout petit peu inquiets », Mister President ? Le monde entier aurait raison de l'être, et pas qu'un peu. Écoutons donc Summer Zervos, candidate en décembre 2007 au concours The Apprentice, dont le successeur de Barack Obama présidait le jury. Les détails de l'agression sexuelle qu'elle avait subie à l'époque sont évoqués par le menu détail dans un dossier de 20 pages désormais entre les mains de la justice de Los Angeles. Flanquée de son avocate, l'intéressée qualifie « The Donald » de « prédateur sexuel », « un misogyne, dit-elle, qui profite de sa célébrité politique pour accuser ses victimes de mentir ». Affaire – encore une... – à suivre.

La multiplicité des casseroles amassées des décennies durant par l'ancien promoteur immobilier aujourd'hui reconverti dans la politique avait porté un digne professeur d'histoire à l'Université américaine de Washington à se pencher l'an dernier sur l'étrange cas de ce champion de l'esbroufe, prompt à vitupérer l'establishment, tonnant contre Hillary Clinton, promise à croupir bientôt dans une prison fédérale, l'injure aux lèvres mais incapable néanmoins d'avancer la moindre preuve à l'appui de ses dires. Le résultat des recherches d'Allan Lichtman (tel est son nom) sont basées sur son ouvrage* publié en 1996, fruit de recherches sur la présidentielle US depuis 1984. Sa théorie l'a conduit à annoncer, vingt ans plus tard, la victoire de Trump quand tout le monde, ou presque, donnait vainqueur l'ancienne sénatrice de New York, puis secrétaire d'État. On n'est pas près d'oublier que journalistes et instituts de sondage avaient dû manger leur chapeau.

Or, voici que le « prediction professor » récidive, déclarant que le nouveau locataire de la Maison-Blanche ne tardera pas à en être délogé à la suite d'une procédure de destitution, le tristement célèbre impeachment subi par Andrew Johnson en 1868 puis par Bill Clinton en 1998. Fait notable : reconnus coupables par la Chambre des représentants, tous deux furent ultérieurement absous par le Sénat. Richard Nixon, lui, avait choisi de démissionner (en 1974) plutôt que de subir les foudres de l'Assemblée. Rien de scientifique, cette fois, dans l'assertion du digne universitaire, cause de maints froncements de sourcils dans un camp et de jubilation dans l'autre camp, celui des démocrates. Simple affaire d'intuition, reconnaît-il, alors que, dans le cas de son ouvrage, il s'était basé sur une série de 13 questions et sur l'axiome selon lequel une élection est avant tout le reflet des performances du parti au pouvoir.

Alors, guilty or not guilty ? Pour l'heure, on se contentera de noter que l'imprécateur en chef du Grand Old Party est classé bon premier dans la liste des présidents américains les moins populaires des quarante dernières années, son prédécesseur quittant les lieux avec une cote de popularité de 84 pour cent ; que l'on vient d'assister à la valse des candidats aux postes-clés dans la nouvelle administration la plus calamiteuse de l'histoire contemporaine du pays ; que la gestion de la chose publique est d'ores et déjà aussi chaotique que le fut la campagne électorale ; que le président qui entrera en fonctions aujourd'hui n'aura cessé de qualifier la course de « rigged » (truquée) quand bien même il avait fini par en être le principal bénéficiaire.
Sur ce dernier point et au vu du résultat, on admettra bien volontiers que la méthode a du bon. De là à prévoir que figurera bientôt au programme de Sciences Po le verbe rabouiller – celui qui trouble l'eau pour faciliter la prise à la pêche, nous apprend le dictionnaire – il n'y a qu'un pas que l'on se gardera de franchir.
Mais rabouiller, n'est-ce pas ce que monsieur Trump n'aura cessé de faire, avec succès, depuis sa fracassante entrée en lice sur la scène politique du monde ?

 

Blog : « Merville Post »

*Predicting the next President: the keys to the White House, 2016.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Qu’est-ce donc à dire, hors de ce Donald…. Duck et de ses esbroufes : Nul choix n’est-il plus laissé ainsi à l’esprit ?
Tel est le ton, cependant, de la "classe" en ce pugilat/pseudo-mandat ; et il donne la mesure de l’Universel désarroi !

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