Une délégation du comité des protestataires contre l’interdiction de la vente d’alcool à Kfar Remmane rendant visite au mohafez de Nabatiyé, Mohammad el-Maoula.
Samedi dernier, une délégation du comité des protestataires contre la fermeture des débits de boisson à Kfar Remmane a rendu visite au mohafez de Nabatiyé, le juge Mohammad el-Maoula, dans son bureau au sérail. Celui-ci a déclaré, à l'adresse de la délégation, que « le sujet se rattache à la possession ou pas d'une autorisation officielle de vendre des boissons alcoolisées ». Selon lui, la décision concernant cette affaire sera prise bientôt.
Il y a plus d'une semaine, rappelons-le, des habitants de Kfar Remmane, une localité du caza de Nabatiyé, découvrent avec surprise que leur conseil municipal a discuté de cette mesure d'interdiction. L'affaire a provoqué immédiatement un tollé au sein de la population de cette bourgade exclusivement chiite, qui s'est toujours vantée de son appartenance communiste.
Interrogé par L'Orient-Le Jour à ce sujet, Mahmoud Hamza, originaire de Kfar Remmane et membre de la délégation, a affirmé : « Nous avons été chez le mohafez pour lui expliquer et insister sur la vraie problématique que cache cette interdiction de la vente de boissons alcoolisées, à savoir la défense des libertés publiques et individuelles. Nous avons peur que cette mesure d'interdiction n'engendre plusieurs autres à l'avenir ». Selon M. Hamza, « le mohafez a précisé que l'affaire a été évoquée il y a à peu près un an et demi, mais elle est revenue sur le devant de la scène au vu de l'insistance des signataires d'une pétition appelant à l'interdiction de la vente d'alcool dans le village ». Face à leur détermination, le mohafez a dû prendre la chose au sérieux et la transmettre au conseil municipal.
Ce dernier est-il compétent pour débattre et trancher pareille question ? La réponse du mohafez à la question qui lui a été adressée par le comité des protestataires est négative. « Ni le conseil municipal ni moi-même n'avons les prérogatives qu'il faut pour émettre une décision de ce genre. Si j'ai transmis le dossier au conseil municipal, c'était uniquement dans le but de tâter le pouls », a assuré M. Maoula. Pourtant, le mohafez compte tout de même trancher la question le plus tôt possible.
(Pour mémoire : La tentative d'interdiction de la vente d'alcool à Kfarremane s'envenime)
Pression politique ?
Sa décision serait-elle indépendante de toute pression politique ? M. Hamza n'en est pas sûr. « Juste avant notre réunion avec le mohafez, ce dernier s'entretenait avec une délégation du Hezbollah », a-t-il raconté. « M. Maoula affirme que le parti n'est pas au courant de toute cette affaire et qu'il ne serait pas pour l'interdiction de la vente d'alcool parce que, en ce moment, il a d'autres préoccupations et qu'une mesure semblable ne serait pas en sa faveur », a rapporté M. Hamza.
« Je pense que si jamais une décision était prise, elle ferait en sorte de satisfaire les deux parties. Elle pourrait régulariser la vente d'alcool sans pour autant l'interdire complètement », a-t-il dit. « Nous ne sommes pas sûrs de la formule envisagée pour ce compromis, mais j'ai l'impression que des mesures seraient prises, telles que l'interdiction de la vente aux moins de 18 ans ou à des heures précises d'ouverture des magasins », a-t-il présumé.
Quant aux autorisations de vente de boissons alcoolisées évoquées dans la déclaration du mohafez, celui-ci soulève la question de compétence. « Apparemment, il n'y a pas un seul service spécialisé pour la fourniture de ces autorisations, mais elles sont toutes officielles », a poursuivi M. Hamza. « Les autorisations sont officielles, mais la question n'est pas là. Lorsqu'on veut interdire quoi que ce soit ou essayer d'uniformiser la société, on n'est jamais à court de moyens. Preuve en est, on nous a sorti une loi qui date de l'époque ottomane ! » a-t-il conclu.
Lire aussi
À Kfar Remmane, une loi... ottomane pour interdire la vente d'alcool
« Nous ne voulons pas être ramenés en arrière »
Pour mémoire
Tollé contre une décision municipale d'interdire les publicités de boissons alcoolisées à Tripoli
Qui est derrière les attaques contre les débits d'alcool au Liban-Sud ?
Énième explosion dans un restaurant à Tyr : une empreinte fondamentaliste ?


Plus on maintient les foules dans l'obscurantisme, plus on peut les dominer ! DIEU et ses enseignements mal appliqués ne sont qu'un prétexte bon pour les foules de moutons-suiveurs-bêleurs...et ça fonctionne encore et toujours... Irène Saïd
11 h 37, le 16 janvier 2017