Économie

Les Brilliant Lebanese Awards mettent en avant le terroir libanais

Récompense
09/12/2016

Pour la cinquième édition des Brilliant Lebanese Awards (BLA), le jury du concours organisé par la BLC Bank a récompensé mardi deux PME spécialisées dans l'alimentaire à hauteur de 30 000 dollars chacune. Zeina Khoury Daoud (Le Potager Bio) a été couronnée « femme entrepreneur de l'année », tandis que le trophée pour « l'entreprise de l'année » a été décerné à Jamil Haddad (Colonel Beer). Portraits croisés.

Zeina Khoury Daoud, des légumes bio livrés au pas de la porte

Pour Zeina Khoury Daoud, tout a commencé en 2009, avec un melon exhalant une forte odeur de javel à la découpe. « J'ai réalisé que je ne pouvais pas nourrir mes (trois) enfants avec des fruits et légumes aussi pollués et qu'il fallait que je plante mes propres légumes bio », confie-t-elle.

Un tournant plutôt simple à prendre pour Zeina Khoury Daoud, qui travaillait depuis 1994 dans l'alimentaire. À l'époque, son père avait proposé à la jeune femme, fraîchement diplômée en sociologie de l'entreprise, de vendre l'huile d'olive produite sur un terrain familial dans le Liban-Nord. Avec sa sœur jumelle Myrna, elle saisit l'opportunité et crée la marque Le Potager.

C'est suite à l'épisode du melon que Zeina Khoury Daoud s'associe avec son mari Rudy pour lancer en 2010 une filiale bio du Potager. Avec un apport personnel de 50 000 dollars, elle loue et aménage un terrain de 10 000 mètres carrés à Aamiq (Bekaa-Ouest). Elle y plante des légumes de saison qu'elle livre à domicile dans des paniers, facturés entre 15 et 25 dollars chacun, soit environ 30 % de plus que dans les supermarchés. « Nous essayons de ne pas hausser plus nos prix afin que nos produits restent accessibles », affirme-t-elle.

En 2014, son mari quitte le secteur bancaire et l'aide à développer l'activité. Ils contractent un prêt de 200 000 dollars auprès de l'organisme de garantie semi-public Kafalat pour quintupler la surface du terrain et y installer de nouvelles serres et un système d'arrosage automatique. « Nous avons aussi ajouté une centaine de poules pondeuses et 500 arbres fruitiers », s'enthousiasme Zeina Khoury Daoud.

La même année, le couple achète la franchise au Liban et au Moyen-Orient du distributeur bio français La Vie Claire, pour un montant confidentiel. Ils y vendent des produits d'épicerie importés de France et les produits frais du Potager Bio.
Le succès est au rendez-vous. D'après Rudy Daoud, le chiffre d'affaires – non communiqué – de leurs deux premiers magasins, ouverts à l'été 2015 à Achrafieh et Hazmieh, a été multiplié par dix depuis leur lancement. Un troisième magasin devrait ouvrir ses portes d'ici une semaine à Zalqaa. Une bonne fortune qui s'explique en partie par la prise de conscience des Libanais de la pollution croissante de leur environnement, notamment depuis la crise des déchets débutée à l'été 2015. « De plus en plus de clients sont inquiets pour leur santé ou veulent nourrir leurs bébés avec des produits sains, sans additifs chimiques », note Zeina Khoury Daoud.

 

(Lire aussi : Des banques de tous horizons à Beyrouth pour parler « femmes »)

 

Jamil Haddad surfe sur la vague de la bière artisanale

« Depuis que je suis petit, je fais du surf sur la plage Colonel, à Batroun. J'ai donc baptisé ma bière du même nom », se souvient Jamil Haddad. Il a 30 ans lorsqu'il décide, en 2014, d'abandonner sa carrière en marketing pour se consacrer à sa passion pour la mousse. « Je m'étais longtemps formé au brassage de la bière en amont, grâce à plusieurs stages en Europe », précise-t-il.

Avec un investissement initial de deux millions de dollars, provenant de fonds propres et d'un prêt Kafalat, il lance Colonel dans un bâtiment construit en matériaux recyclés. En plus de la brasserie, celui-ci comprend un bar, un restaurant et une grande terrasse. Aujourd'hui, ses ventes atteignent un million de dollars par an, en hausse de 30 % par rapport à l'an dernier. Ses bières se vendent dans 70 bars et restaurants au Liban, ainsi que dans un supermarché à Batroun.

Les ventes de bouteilles ne représentent néanmoins que 30 % de son chiffre d'affaires, le reste provenant du bar et d'activités développées en marge de la brasserie. « Le but n'est pas juste de vendre de la bière, mais aussi de promouvoir les bières artisanales et un mode de vie orienté vers les activités sportives en plein air. Nous proposons des ateliers aux clients, qui peuvent aussi visiter notre brasserie », explique-t-il.

Lorsque Jamil Haddad inaugurait Colonel, ses prix étaient « délibérément » plus élevés que le leader du marché, Almaza, à environ 1 800 livres par bouteille, contre 1 250 livres pour ce dernier. « Je ne voulais pas me lancer sur le même créneau qu'eux. » Il parie sur l'enthousiasme d'une clientèle de niche plutôt éduquée et intéressée par les bières artisanales, dont la popularité va grandissant à l'international. Depuis 2014, Almaza a augmenté ses prix à 1 750 livres la bouteille. La bouteille de Colonel sera aussi plus chère l'année prochaine, mais Jamil Haddad reste discret sur son prix exact.

Le jeune entrepreneur est plus disert sur ses projets immédiats. « Pour l'instant, je ne cherche pas à exporter, mais plutôt à me diversifier. L'année prochaine, je vais lancer une distillerie qui produira du rhum, du gin, du cognac et du whisky. » Jamil Haddad compte utiliser les 30 000 dollars qu'il a gagnés au BLA pour investir dans cette nouvelle distillerie, qui coûtera au total 150 000 dollars. Comme la bière, les spiritueux seront vendus surtout dans les restaurants et dans le bar Colonel. Pour mener à bien ce projet, Jamil Haddad se dit prêt à embaucher et à former davantage de salariés, au nombre de 44 aujourd'hui.

 

 

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