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La Dernière

Misty Copeland, l’improbable ballerine

This is America

La jeune femme est la première prima ballerina assoluta afro-américaine, s'élançant du « Lac des
cygnes» ou de la « Forêt des Sylphides ».

02/12/2016

Le grand bond vient d'être spectaculairement exécuté par Misty Copeland. L'an dernier, cette jeune femme de 34 ans est devenue la première danseuse étoile afro-américaine de l'American Ballet Theater (ATB), l'une des trois plus grandes compagnies de danse classique américaines, les deux autres étant le New York City Ballet et le San Francisco Ballet. À noter avant elle l'émergence de trois danseurs afro-américains, Arthur Mitchell et Albert Evans (années 60), au New York City Ballet et Desmond Richardson à l'ATB (1997). Néanmoins, aucun d'entre eux n'a pu jouir de l'aura qu'elle dégage et qui va au-delà de son talent artistique.

Misty Copeland a d'abord réalisé sa percée à la force de ses chevilles et de son désir ferme de sortir de l'isolement où l'a placée la couleur de sa peau. La tradition veut que les héroïnes des ballets classiques aient le visage diaphane et laiteux et la silhouette longiligne, filiforme et évanescente, alors qu'elle, peau foncée et mate, présentait, de surcroît, des courbes quelque peu accentuées. Mais avec de spectaculaires pirouettes, arabesques, jetés battus et autres fouettés, et une personnalité bien trempée, elle est arrivée à dominer la scène chorégraphique, se transformant en mythiques Giselle, Cygne blanc, Cendrillon, Bayadère et autres princesses féeriques dansées.

Et pourtant, elle avait débuté dans des conditions peu propices au développement de cet art, d'abord en s'y initiant à un âge tardif, 13 ans. Née à Kansas City, dans le Missouri, et élevée en Californie, sa condition familiale était tout sauf stable: un père qui quitte la maison lorsqu'elle a deux ans et un mère qui totalise quatre maris. Mais une bonne fée, se présentant sous les traits de la responsable du drill team (intermèdes dansés des matchs sportifs) dont fait partie la petite fille, remarque sa grâce et l'élégance de ses mouvements. Elle la convainc de suivre des cours de ballet gratuits. Là aussi, elle impressionne par un talent inné qui s'épanouit rapidement. On lui propose des bourses, sa mère les refuse. S'ensuivent de nombreux tiraillements légitimes.

Célèbre au-delà des feux de la rampe
Peu à peu, Misty Copeland se libère et débute son irrésistible ascension. Elle en impose par son art et au-delà, d'abord en se fondant dans cette esthétique essentiellement blanche, puis en appelant à l'ouvrir à tous, au nom de la diversité. « C'est aussi pour toutes les petites filles, toutes races confondues, que je danse afin de les encourager à braver les préjugés qui entraveraient leurs rêves », précise-t-elle.

Elle n'a pas oublié que le très prestigieux New York City Ballet avait refusé de l'accueillir pour un stage, tout simplement parce qu'elle était noire. Elle a donc fini par décrire haut et fort son brillant parcours exécuté sur la pointe des pieds et à la force de ses muscles. N'hésitant pas, dans cet objectif, à peaufiner une image publique traversant les feux de la rampe. Outre des spots publicitaires en faveur de la danse pour tous, elle a pratiqué le mannequinat et pris la plume, rédigeant deux ouvrages, Life in Motion: An Unlikely Ballerina, (Une vie en mouvement: une improbable ballerine) et Firebird (L'Oiseau de feu), pour enfants. En préparation, un autre titre : Le corps de la ballerine.

Elle s'est également essayée, avec succès, à Broadway dans la comédie musicale On Town. L'an dernier, elle a même eu l'honneur de faire la couverture de la revue Time, qui l'a reconnue comme l'une des cent plus influentes personnalités, car, a précisé la célèbre revue, « elle vous fait penser à deux fois à ce que le ballet contemporain peut être ». Notamment, une inspiration pour les jeunes. La revue Vogue l'accueille aussi dans ses pages. Autant d'atouts à son actif qui ont incité, récemment, le département d'État à la nommer ambassadrice culturelle. Sa première mission a été de représenter cet aspect de son pays à Cuba. C'est d'ailleurs à ce niveau que Washington et La Havane avaient commencé par reprendre contact.

Dans la Perle des Caraïbes, Misty Copeland, ballerina assoluta de la bannière étoilée, a précisé qu'elle n'était pas en terre inconnue car, en fait, l'art chorégraphique a toujours été fortement soutenu par Fidel Castro, décédé la semaine dernière. Au point que les danseurs cubains ont largement marqué, au siècle dernier, la danse classique américaine. À commencer par l'American Ballet Theater, dont est issue Copeland et qui avait pris son premier essor, il y a 75 ans, notamment sur l'impulsion d'une grande du ballet mondial, la Cubaine Alicia Alonso. Un grand nombre de ses disciples avaient emprunté le chemin du pays de l'Oncle Sam qui, aujourd'hui en retour, compte sur des personnalités artistiques américaines d'envergure pour consolider les échanges avec Cuba.

 

 

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