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Moyen Orient et Monde - Éclairage

De quoi le trumpisme est-il le nom ?

Porté par une vague que ni les sondeurs, ni les journalistes, ni le Parti républicain ne prédisaient, Donald Trump vient d'être élu 45e président des États-Unis. En s'imposant dans la course électorale, le milliardaire a donné naissance à un nouvel objet politique (encore) non identifié, le trumpisme. Sorte de version américaine du populisme, ce phénomène pourrait bouleverser l'avenir politique des États-Unis.

 

Les graines du trumpisme
« Make America Great Again  ! »   C'est avec cette simple phrase que le trumpisme a germé dans le champ politique américain. En lançant ce slogan lors de son premier meeting de campagne le 16 juin 2015, Donald Trump s'adresse à une Amérique dont il espère retrouver les racines : l'Amérique passée, victorieuse et blanche. Homme d'affaires, il entend gérer les États-Unis comme une entreprise et dessine progressivement les contours de ce que sera le trumpisme. Dès le début, le candidat entend faire de sa campagne un show télévisé. Déjà célèbre par ses interventions dans plusieurs téléréalités américaines comme The Apprentice, émission où des candidats tentent de rejoindre sa société, il mobilise près de 28 millions de téléspectateurs. Une fois lancé dans la course électorale, il transforme quelques années plus tard ce capital de célébrité en capital politique.

Il amorce par ce biais une révolution en matière de communication politique. Mobilisant près de 14 millions de followers, « The Donald » n'est jamais absent des écrans. Aux spots publicitaires et tweets officiels de sa concurrente démocrate il répond par des diatribes d'insultes et de provocations. À chaque dérapage sexiste et raciste, les médias s'insurgent et servent ainsi « sa narration antisystème » telle que la décrit David Tabachnik, professeur de sciences politiques à l'université de Nipissing, au Canada. Le trumpisme devient ainsi la voix de « ceux à qui plus personne ne parle ».

Jouant sur son franc-parler, le milliardaire outsider a su séduire une Amérique de plus en plus méfiante vis-à-vis des élites politico-médiatiques. Il impose ce que la spécialiste Nicole Bacharan qualifie de « populisme à l'américaine », en absorbant la colère de millions d'Américains de la « middle class ». Ce phénomène fait la synthèse entre « un fort nationalisme, un isolationnisme et un langage proche de la classe moyenne », précise-t-elle. En défendant la mise en œuvre d'un système de Sécurité sociale (après avoir dynamité l'Obamacare) et en luttant contre les emplois « envoyés à l'étranger » et l'immigration, il attire peu à peu les classes ouvrières, traditionnellement démocrates. Sa vision d'une Amérique blanche semble faire écho aux idéaux fascistes, même s'il s'en défait par une approche démocratique.

Célébrité, populisme, antiélitisme et communication politique sont donc les ingrédients du succès trumpiste. « Le fruit de circonstances » pour David Tabachnik, qui ne voit pas de continuité avec la mouvance d'extrême droite européenne.

 

(Lire aussi : Quel Donald Trump gérera le Moyen-Orient ?)

 

Fracture
Sans véritable attache idéologique, Donald Trump réussit alors l'impossible et fait l'OPA sur le Parti républicain, remettant en cause les bases de la demeure GOP. En juillet 2016, en pleine célébration de l'investiture républicaine, il s'attire les foudres des barons du parti, dont celles de Paul Ryan, président de la Chambre des représentants – déterminé aujourd'hui à travailler avec lui... Non libéral, il s'oppose à la libre-circulation des personnes et des capitaux, et n'affirme pas de sensibilité religieuse. Sa politique étrangère s'appuie sur une volonté de rapprochement avec la Russie et la Chine, bien loin de la tradition républicaine.
Aujourd'hui, si les républicains ont réussi à assurer la majorité au Congrès, les fractures internes au sein du parti ne vont pas disparaître. « Donald Trump a su capter une audience et a même modelé un électorat qui ne pourra plus se retrouver chez les anciens de l'establishment républicain », précise Nicole Bacharan. Pour la chercheuse, deux scénarios sont possibles. Une scission, fatale dans un système électoral bipartite, ou une « fausse coalition », qui verrait le noyau d'anciens suivre la tendance trumpiste.
Symbole de cette Amérique divisée, le nouveau président des États-Unis pourrait marquer la culture politique américaine. Pour Nicole Bacharan, c'est le danger de la « surenchère de radicalité » qui pourrait bouleverser les prochaines campagnes. Et même la façon d'occuper la Maison-Blanche.
Le trumpisme n'est pas mort dans l'œuf. Reste à savoir à quoi il ressemblera et, surtout, quelle sera son espérance de vie.

 

 

 

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commentaires (1)

DE L,INCONNU... DU WAIT AND SEE...

LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

08 h 12, le 10 novembre 2016

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Commentaires (1)

  • DE L,INCONNU... DU WAIT AND SEE...

    LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

    08 h 12, le 10 novembre 2016

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