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Économie

Présidentielle : les acteurs économiques espèrent le changement et les réformes

Liban - Compte-rendu

Si l'élection d'un nouveau président de la République devrait avoir un impact positif immédiat sur la confiance des agents, l'ampleur de son effet à moyen terme sur l'économie est plus incertaine.

01/11/2016

Avec l'élection, hier, de Michel Aoun à la présidence de la République, le Liban a officiellement mis fin à une vacance présidentielle qui durait depuis le 25 mai 2014. Or la longue paralysie institutionnelle qui en a découlé a été pointée du doigt par l'ensemble des observateurs comme l'un des principaux freins, avec la situation sécuritaire, à la croissance économique libanaise, prévue à 1,8 % pour 2016 par la Banque mondiale.

Soulagement
Les organisations professionnelles, patronales et syndicales, qui avaient multiplié depuis deux ans leurs appels à mettre un terme à cette situation, ont d'ailleurs unanimement manifesté leur soulagement, hier. « L'élection d'un président de la République aura sans doute un impact positif sur la situation économique et les secteurs productifs, dont la majorité ont été affectés de façon négative (par la situation politique), ce qui s'est traduit par un recul du montant des investissements, la hausse du chômage et la fermeture de nombreuses sociétés », a déclaré le président des organismes économiques, une organisation patronale, Adnan Kassar, dans un communiqué. Un impact positif également mis en avant dans les autres réactions diffusées hier, dont celles de la Fédération des Chambres de commerce, d'industrie et d'agriculture, l'Association des banques du Liban, l'Association des industriels libanais ou la Lebanese Franchise Association.

Pour les acteurs interrogés par L'Orient-Le Jour, cette élection aura d'abord un effet sur la confiance des agents. « L'élection d'un président permettra de relancer la confiance des investisseurs, locaux ou étrangers, mais aussi au niveau des bailleurs de fonds internationaux, qui seront plus sûrs que leurs financements seront utilisés à bon escient », souligne François Bassil, PDG du groupe Byblos Bank. « La confiance des investisseurs sera le point de départ de la relance économique. Celle-ci s'accompagnera du retour des transferts de fonds qui avaient été envoyés à l'étranger, et de la relance de la consommation », estime Marwan Mikhaël, directeur du département de recherche de la BlomInvest. « Il se peut qu'il y ait une amélioration des transferts et des investissements directs étrangers, mais on ne peut en être sûr étant donné le ralentissement économique des pays du Golfe », nuance Kamal Hamdan, directeur exécutif du Consultation & Research Institute.

 

(Lire aussi : Impact de l'élection présidentielle sur l'immobilier : la prudence reste de mise)

 

Réformes
Mais cet impact sur la confiance va aussi dépendre de la rapidité de la formation d'un gouvernement pour s'attaquer aux chantiers prioritaires laissés en suspens par la paralysie politique. « Il faut nommer un Premier ministre et former un gouvernement au plus tôt », souligne Fouad Zmokhol, président du Rassemblement des dirigeants et chefs d'entreprise du Liban (RDCL). « Cet élan économique positif sera brisé si des réformes ne sont pas mises en place par le nouveau gouvernement », renchérit Marwan Mikhaël.
Dans son discours d'investiture, Michel Aoun a évoqué brièvement les questions économiques, dont la nécessité d'un « plan économique qui englobe tous les secteurs » et la relance des investissements dans les projets productifs. « Les investissements publics ne dépassent pas 2 ou 3 % du PIB. Il faudrait lancer des projets de développement, notamment dans les infrastructures, comme l'électricité, l'eau, les déchets ou les transports publics », observe Kamal Hamdan.

Plus généralement, pour de nombreux observateurs, le chantier prioritaire reste celui de la gestion des finances publiques, dans un contexte où la dette publique pèse environ 148 % du PIB, et où aucun budget n'a été voté par le Parlement depuis 2005. « Les dossiers prioritaires sont premièrement le budget de l'État et la mise en place d'une vraie politique économique », lance Fouad Zmokhol.
« Le déficit public est constitué en majorité du service de la dette, des salaires des fonctionnaires et des transferts de l'État à l'Électricité du Liban (EDL) ; il y a donc très peu de marge de manœuvre pour le réduire. Il faudrait néanmoins tenter de négocier avec les banques et la Banque centrale pour abaisser les taux d'intérêt de la dette qui sont à 6 ou 7 % », nuance néanmoins Jad Chaaban, professeur d'économie à l'Université américaine de Beyrouth.
« De nombreuses réformes pourraient être effectuées via des partenariats public-privé, afin de réduire le coût sur le budget et s'accompagner de politiques sur les recettes budgétaires afin de réduire le déficit, comme l'amélioration de la collecte des impôts, la baisse du déficit lié aux transferts de l'État à l'EDL ou l'augmentation de certains impôts », détaille Marwan Mikhaël.
D'autres espèrent un règlement des questions sociales majeures dans un contexte de forte baisse du pouvoir d'achat : « Il faut des réformes sur la protection des consommateurs, la grille des salaires, une hausse (de 78 %) du salaire minimum, ou la protection des investisseurs », souligne Castro Abdallah, président de l'Union nationale des syndicats des travailleurs (Fenasol).


(Pour mémoire : Le patronat et le secteur bancaire saluent le probable déblocage de l'élection présidentielle)

 

Face à l'ampleur du chantier à moyen et long terme, les professionnels attendent donc de voir : « L'élection d'un président est une bonne nouvelle, mais nous ne crions pas victoire avant que les prochaines étapes soient suivies », souligne Fouad Zmokhol.
« Nous espérons que tout cela aille vite, mais du fait de notre système confessionnel, même l'arrivée d'un président ne sera pas suffisant pour faire avancer ces réformes », déplore Castro Abdallah.
« La crise du système politique confessionnel est beaucoup plus grave que celle résultant du vide présidentiel, et nous ne savons pas si les ententes des factions politiques pour ces élections visent surtout un partage clientéliste des bénéfices ou si elles iront plus loin... » relève Kamal Hamdan.
« Le danger, c'est que ce gouvernement d'union nationale finisse par privatiser à tour de bras ou multiplier les dépenses publiques pour gagner des sympathisants, en mettant les vraies réformes de côté », s'inquiète Jad Chaaban, avant d'ajouter : « Mais peut-être qu'il y aura une surprise... »

 

Pour mémoire
L'accord Aoun-Hariri a fait décoller Solidere en Bourse cette semaine

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Sabbagha Antoine

Le changement et les réformes un rêve qui date depuis 1989 .Va-il se réaliser ?

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