Un trader à la banque saoudienne d’investissement à Riyad en 2012. Archives Reuters
Le rapport sur la première émission d'obligations de l'Arabie saoudite sur le marché international offre une multitude de détails sur les projets économiques du royaume, mais passe sous silence des risques sur lesquels les investisseurs vont probablement interroger les représentants saoudiens au cours des prochains jours.
Premier exportateur mondial de pétrole, l'Arabie saoudite cherche à financer son important déficit public causé par la chute des prix du pétrole. Une présentation pour les investisseurs aura lieu à Londres aujourd'hui et demain, avant 3 jours de réunions aux États-Unis. Des banquiers ont indiqué que la transaction atteindrait un montant d'au moins 10 milliards de dollars – émis en plusieurs tranches, dont les maturités seront de 5, 10 et 30 ans. Selon eux, elle pourrait même se rapprocher de l'émission d'obligations de 16,5 milliards de dollars par l'Argentine en avril, qui constitue jusqu'ici la plus grande émission d'obligations réalisée par un pays émergent.
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Risques
Le rapport de 220 pages, consulté hier par Reuters, inclut ce qui pourrait être considéré comme la description la plus détaillée des efforts entrepris par le royaume pour diversifier son économie et réduire sa dépendance aux revenus pétroliers.
Le document contient de nombreuses pages de données économiques jusqu'à la fin 2015 – dont la plupart sont publiques – et liste une série de risques.
Ces risques incluent, entre autres : une prolongation de la baisse des prix du pétrole, le risque que les coupes budgétaires entreprises par le royaume ne suffisent pas à réduire le déficit de manière significative, ou qu'elles aient des effets négatifs excessifs sur l'économie saoudienne, et le risque que le gouvernement soit incapable d'investir suffisamment dans la diversification de son économie.
Cependant, peu de mises à jour sur l'état actuel des finances publiques du royaume en 2016 apparaissent dans le document, alors qu'il s'agit d'une question essentielle pour les investisseurs. Le rapport reprend les prévisions budgétaires de 2016 déjà dévoilées en décembre dernier, notamment celle d'une baisse du déficit public de 98 milliards de dollars en 2015 – son niveau record – à 87 milliards de dollars cette année. Aucune actualisation de cette prévision n'est fournie.
« La politique budgétaire suscite un intérêt majeur, mais (...) mis à part quelques indices anecdotiques, nous ne savons rien sur le rythme de mise en œuvre des réformes », a déclaré Patrick Dennis, expert chez Oxford Economics. « Il y a eu un certain nombre de déclarations sur l'austérité, une coupe des salaires des fonctionnaires, ou un gel des embauches et une réduction des salaires des ministres, mais nous n'avons aucune donnée permettant de dire à quel point le gouvernement a réduit ses dépenses. »
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La crise du bâtiment oubliée
Le rapport reconnaît qu'une faiblesse accrue des finances publiques risque de pousser Riyad à abandonner l'étalon de 3,75 riyals pour 1 dollar. Il rapporte que la banque centrale reste engagée à maintenir cet étalon, mais qu'« il ne peut y avoir aucune assurance que des évènements non anticipés, dont une prolongation de la baisse des réserves de devises du gouvernement, ne puissent obliger le gouvernement à reconsidérer son taux de change ».
D'autres questions ont été moins développées. Certains responsables de fonds d'investissement considèrent que la loi votée en septembre par le Congrès américain – autorisant la poursuite en justice de l'Arabie saoudite par les victimes des attaques du 11 septembre 2001 – représente un risque significatif, qui pourrait détourner les acheteurs américains des obligations saoudiennes. Une hypothèse qui pourrait se traduire par une hausse de 20 points de base du prix des obligations.
Le rapport n'évoque pas cette loi, bien qu'il fasse mention plus généralement de la possibilité pour les cours fédérales américaines d'entendre les plaintes de citoyens contre une nation étrangère pour blessure, décès ou préjudice. « Les cours américaines ont l'autorité exclusive sur les plaintes contre des États étrangers. Là où une telle autorité n'existe pas, l'État étranger peut "retirer" la poursuite menée contre elle dans les cours étatiques, pour la porter devant une cour fédérale américaine », ajoute le rapport.
La crise du secteur de la construction est également omise. Les coupes budgétaires et les nombreux retards de paiement de la part de l'État ont en effet mené plusieurs entreprises – dont Saudi Binladin et Saudi Oger – au bord de la faillite, avec plusieurs dizaines de milliers de salariés étrangers non payés pendant des mois. Or, le chapitre consacré au secteur note simplement que sa croissance a ralenti à 5,6 % l'an dernier.
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13 h 25, le 12 octobre 2016