L’Arabie saoudite a demandé à des banques de lui soumettre des propositions en vue d’un emprunt à cinq ans en dollar, avec une option pour étendre sa maturité. Faisal al-Nasser/Reuters
L'Arabie saoudite cherche à obtenir un prêt bancaire d'un montant compris entre 6 et 8 milliards de dollars, ont indiqué à Reuters des sources proches du dossier, ce qui en ferait le premier emprunt d'importance à l'étranger pour le gouvernement saoudien en plus d'une décennie. Riyad, qui souhaite ainsi couvrir une partie du déficit budgétaire creusé par l'affaiblissement des cours du pétrole, a demandé à des banques de lui soumettre des propositions en vue d'un emprunt à cinq ans en dollars, avec une option pour étendre sa maturité, ont précisé ces sources.
Ces dernières ont requis l'anonymat, car le dossier n'est pas public. Des demandes de commentaires du ministère saoudien des Finances et de la Banque centrale sont restées sans réponse. La semaine dernière, Reuters avait rapporté que l'Arabie saoudite avait demandé aux banques de discuter l'idée d'un emprunt international, mais les détails tels que le montant et la durée du prêt n'avaient pas été précisés.
Le déficit budgétaire du royaume a atteint près de 100 milliards de dollars l'an dernier. Le gouvernement le comble pour l'instant en puisant dans son portefeuille d'actifs étrangers et en émettant des obligations – à hauteur de 30 milliards de dollars en 2015 – sur le marché saoudien. Mais à leur rythme actuel d'utilisation, les réserves pourraient vite s'avérer insuffisantes, tandis que les émissions d'obligations commencent à générer des tensions sur la liquidité du système bancaire. Selon la Saudi Jadwa Investment, les réserves à la Banque centrale ont baissé de 16,4 % en rythme annuel, à 611,9 milliards de dollars fin 2015.
Le cabinet de conseil en finance Verus Partners, basé à Londres, conseille le gouvernement saoudien sur l'élaboration de cet emprunt, selon les sources précitées. Le cabinet a envoyé, pour le compte du ministre saoudien des Finances, des demandes de propositions à un petit groupe de banques, ont indiqué ces sources. Elles ont ajouté que les banques participant à ce prêt auraient de meilleures chances d'être choisies pour gérer une émission d'obligation à l'international, que l'Arabie saoudite pourrait mener dès cette année. Aucun porte-parole de Verus Partners n'était immédiatement disponible pour commenter ces informations.
Inversion de tendance
Des analystes estiment que les emprunts souverains des six pétromonarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) – l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, Bahreïn et Oman – pourraient atteindre 20 milliards de dollars ou plus cette année, ce qui marquerait une inversion de tendance très nette par rapport aux six dernières années, quand la région était en excédent budgétaire et prêtait au reste du monde. Chacun des six membres du CCG a déjà lancé – ou a prévu de le faire – des emprunts pour compenser la chute des cours du brut. Compte tenu de la rareté des liquidités disponibles, leurs entreprises devraient également s'endetter davantage à l'étranger.
Mi-février, l'agence Standard & Poor's a abaissé la note souveraine à long terme de l'Arabie saoudite de deux échelons, à A-. Les deux autres grandes agences de notation ont pour l'instant conservé une évaluation supérieure, mais la semaine dernière, Moody's a placé sa note Aa3 sous revue dans la perspective d'une possible dégradation. Des banquiers estiment toutefois qu'un emprunt saoudien pourrait susciter une demande importante en raison des ressources et des actifs dont dispose le royaume, qui est l'un des pays les moins endettés au monde.
Les taux d'intérêt de l'emprunt seront probablement évalués par rapport à ceux des emprunts internationaux récemment contractés par le Qatar et Oman. Du fait de l'inquiétude des banquiers sur la capacité de la région à supporter une période marquée par les faibles prix du baril, ces deux emprunts avaient mis un temps considérable à être structurés, et, entre-temps, les taux d'intérêt avaient été revus à la hausse. Le rendement de l'emprunt d'un milliard de dollars contracté en janvier par Oman avait finalement été arrêté à 120 points de base au-dessus du Libor, tandis que l'emprunt de 5,5 milliards de dollars du Qatar avait été émis le même mois à 110 points au-dessus du Libor.
« Certains signes laissent penser qu'un accord saoudien aurait des taux d'intérêt plus élevés, car le monde a changé de manière significative depuis ces précédents accords », a expliqué à Reuters un banquier basé au Moyen-Orient, faisant référence aux décisions des agences de notation.
(Sources : L'OLJ avec Reuters)

