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Liban

Abbas Ibrahim à « L’Orient-Le Jour » (I) : Il y a une unanimité au Liban contre la menace terroriste

Entretien
30/09/2016

Le général Abbas Ibrahim est un homme peu disert. En militaire qui a fait une carrière brillante dans les services de renseignements avant d'être nommé à la tête de la Sûreté générale, en juillet 2011, il préfère écouter plutôt que parler. Même si, avec le rôle grandissant de ce service, il est de plus en plus cité dans les médias. Exceptionnellement, il a décidé de répondre à toutes les questions de L'Orient-Le Jour, avec ce mélange de rigueur et de sincérité qui le caractérise, sans complaisance ni fanfaronnade, soucieux de défendre l'État, dont il se considère le serviteur. Pour une meilleure exploitation, l'interview sera publiée en deux parties, aujourd'hui et demain.

Le 18 septembre, vous avez été reçu par le pape François pour la deuxième fois en un an. Vous a-t-il confié un message particulier ou une mission précise ?
Le pape François est sans aucun doute très concerné par les développements dans la région et en particulier par le sort des chrétiens. Au cours de ma première visite au Vatican, le pape m'a fait l'honneur d'une attention particulière. Nous avons eu une rencontre bilatérale en hommage à la coopération établie entre nous et certains responsables au Vatican sur plusieurs dossiers. Le contact est d'ailleurs permanent avec eux. Ma seconde visite au Vatican avait un caractère privé et familial. J'ai assisté à la messe célébrée par Sa Sainteté en hommage à la garde papale à l'occasion du 200e anniversaire de sa création. Nous étions d'ailleurs la seule délégation libanaise à avoir l'honneur d'être présente à cette cérémonie.

En tant que médiateur agréé, avez-vous des informations sur les deux évêques d'Alep enlevés en avril 2013 ?
Y a-t-il du nouveau dans cette affaire ?
J'agis par conscience de mes responsabilités et en raison de mon rôle en tant que directeur général de la Sûreté générale. Je travaille donc sous le plafond de l'autorité politique, c'est-à-dire le Conseil des ministres. L'enlèvement des deux évêques d'Alep ressemble aux autres cas d'enlèvements, dans le sens qu'il a besoin, pour être réglé, de deux éléments : d'abord que la partie responsable de l'enlèvement revendique son acte et exprime sa volonté d'entamer des négociations, et ensuite l'existence d'un médiateur. Dans cette affaire, le second élément est assuré, mais jusqu'à présent, aucune partie n'a revendiqué l'enlèvement ni exprimé une volonté de négocier. En ce qui nous concerne, nous déployons des efforts continus pour tenter d'obtenir leur libération. Mais on peut dire que jusqu'à présent, il n'y a eu aucun développement consistant dans ce dossier. Il faut de toute façon attendre la fin pour procéder à une évaluation globale du dossier.

Même chose pour le dossier des militaires libanais enlevés en août 2014 par Daech. Y a-t-il du nouveau ?
Ce dossier fait l'objet d'un suivi continu. Mais il s'agit d'une affaire très complexe et sensible, car le groupe État islamique ne montre aucune volonté de mener des négociations au sujet de la libération des militaires libanais qu'il détient. Il faut aussi tenir compte des revers essuyés récemment par l'EI (dans le Qalamoun) qui ont poussé cette organisation à changer ses positions géographiques. De même, Daech n'a pas un commandement déclaré capable et décidé à mener des négociations dans le Qalamoun. Nous avons tenté, et nous continuons de le faire, d'ouvrir certains canaux et de tester leur sérieux.

 

(Pour mémoire : Ibrahim : Notre mission demeure la protection de l’entité libanaise)

 

Lors d'une visite récente aux États-Unis, vous avez été reçu par le chef de la CIA, John Brennan. Pouvez-vous dire où en est la coordination avec la CIA dans la lutte contre le terrorisme ?
La coordination avec la CIA se fait dans le cadre de la coopération entre le Liban et les États-Unis, ainsi qu'avec tous les États frères et amis qui appuient les institutions constitutionnelles, militaires et sécuritaires. Ce n'est pas nouveau et cela s'inscrit dans le cadre du rôle de Washington dans la région, notamment sur le plan de la guerre contre le terrorisme. À ce sujet, il faut rappeler que le Liban est un pays menacé par le terrorisme, que ce soit de l'intérieur ou par le biais des frontières avec la Syrie.

Avez-vous évoqué avec les autorités américaines les sanctions économiques et financières contre le Hezbollah et avez-vous demandé leur allégement ?

La décision d'imposer des sanctions économiques et financières contre le Hezbollah a été prise par l'administration américaine et elle a commencé à l'appliquer par le biais du système bancaire international, sans consulter qui que ce soit ni discuter avec aucune partie de son impact et de ses conséquences sur la situation interne libanaise. L'allègement ou le renforcement de ces sanctions reste entre les mains de cette administration. Les réponses précises sur ce sujet relèvent du département d'État américain et du gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, qui est le bouclier de sécurité du système bancaire et économique libanais.

Vous répétez sans cesse que la sécurité est bien contrôlée au Liban. Grâce à qui, selon vous ? Quel est le rôle de la Sûreté générale dans ce domaine ?
Oui, la sécurité au Liban est bien contrôlée et elle est cohérente. Elle est bien contrôlée parce que les institutions sécuritaires font leur devoir d'une façon impeccable et sont en état d'alerte permanente pour protéger le Liban du terrorisme et des terroristes. De même, la sécurité est cohérente parce qu'il y a une unanimité chez les Libanais et leurs forces politiques au sujet de la nécessité de protéger le Liban de l'incendie qui ravage tous les pays de la région. Dans ce contexte, le rôle de la Sûreté générale est le même que celui des autres institutions sécuritaires et il est défini par la loi. La Sûreté générale ne fait rien qui ne soit prévu par la loi, à partir de son devoir et de sa mission qui consistent à protéger le Liban et les Libanais, à combattre le terrorisme et l'espionnage, ainsi que tout danger qui menace le Liban. Il faut ajouter à cela le fait que le dialogue national ainsi que les dialogues bilatéraux ont constitué une soupape de sécurité qui a contribué à maintenir la stabilité. Ces dialogues sont nécessaires et primordiaux pour conforter la sécurité.

Y a-t-il une rivalité ou des conflits entre les différents services de sécurité chargés de lutter contre le terrorisme ?
Pourquoi la coopération entre la SG et les renseignements de l'armée est-elle plus solide qu'entre la Sûreté et les SR des FSI ?
Il n'y a aucun conflit, ni divergences entre les institutions militaires et sécuritaires dans la lutte contre le terrorisme. Ces institutions ont été créées sur la base de loi et elles ne sont pas nouvelles, ni nées dans l'urgence. Leur existence remonte à l'indépendance du Liban. Leur nombre n'est pas un handicap mais, au contraire, une valeur ajoutée pour assurer la sécurité et la protection du Liban. Il y a parfois une concurrence, mais elle a un caractère positif. Elle n'est pas conflictuelle et ne provoque pas des oppositions ou des contradictions. Nous avons tous prêté serment pour protéger le Liban, la patrie, l'État et le peuple.

L'affaire de cheikh Tarras est-elle une réédition de celle de Chadi Mawlaoui ? (Le cheikh avait été arrêté par la Sûreté générale dans le cadre du réseau terroriste de Ksara puis relâché par la justice).
Cette approche n'est pas celle de la Sûreté générale. Elle n'a rien à voir avec nous ni de près ni de loin. Elle a été faite sur la base des interférences politiques qui ont eu lieu dans les deux affaires. Il s'agit d'une tentative de les exploiter à des fins de concurrence politique et de polarisation populiste. La Sûreté générale a publié un communiqué clair et ferme sur la question, expliquant que le nom du cheikh Bassam Tarras est apparu dans les aveux des suspects arrêtés dans le cadre de l'enquête sur l'explosion au rond-point de Ksara-Zahlé, ainsi que celle sur l'explosion dans un espace d'exposition sur la route de Zahlé-Taanayel. Il est aussi apparu dans les aveux sur la relation de ces suspects avec Abou al-Baraa qui dirigeait ces cellules et qui réside en Turquie. Ce dernier avait donc révélé l'identité du cheikh Bassam Tarras qui a été relâché, avec l'obligation de rester à la disposition de la justice et sur la base d'une note du parquet militaire en ce sens. Le dossier a été transféré dans son ensemble à la direction des renseignements de l'armée après que la Sûreté générale ent clôturé son enquête.

(Lire la suite de l'interview demain)

 

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FAUT DEFINIR LES ASPECTS DU TERRORISME ET QUI SONT TOUS CEUX QUI LE PRATIQUENT...

ACE-AN-NAS

A lire avec les sous entendus de ce militaire diplomate , c'est pas peu .

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