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Liban - Décryptage

Ibrahim sous peu au Vatican, sur une initiative du pape François

Pour la seconde fois en moins d'un an, le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, se rendra ce week-end au Vatican. C'est à la demande du pape François que le général Ibrahim prendra l'avion pour Rome où il sera reçu dimanche par le Saint-Père. En principe, Ibrahim assistera à la messe privée dans la petite église du Vatican où le pape célèbre l'office religieux en petit comité. Il sera ensuite reçu en tête à tête par le chef de l'Église catholique.

Les milieux de la Sûreté générale et ceux du Vatican restent très réservés sur l'objectif de cet entretien qui revêt une importance particulière au moment où les chrétiens de la région constituent des victimes de choix pour Daech et ses semblables et commencent à douter de l'avenir de leur présence sur cette terre, et en même temps au moment où les Libanais ne parviennent pas à élire un président de la République qui est la seule fonction aussi haute occupée par un chrétien dans la région.

Ce thème avait d'ailleurs été largement abordé au cours de la première entrevue entre le pape François et le général Ibrahim, qui s'était alors rendu au Vatican à la tête d'une délégation d'officiers de la Sûreté générale. Au cours de l'audience que lui avait accordée le pape, Ibrahim avait justement évoqué la nécessité de préserver à tout prix la présidence chrétienne de la République libanaise pour envoyer un message fort et rassurant aux chrétiens de la région, menacés dans leur existence.

Selon Ibrahim, le rôle du président chrétien du Liban ne se limite pas à ce pays. Il est important pour toute la région et même pour le monde, dans le sens où il est la concrétisation d'un projet de coexistence qui dépasse les frontières et constitue une réponse à tous les projets extrémistes. Ibrahim avait même rappelé la fameuse phrase du pape Jean-Paul II que « le Liban est un pays message », en précisant que sans les chrétiens, ce message n'existerait plus, ainsi que le rôle du Liban en tant que modèle de rencontre et de dialogue entre les religions, et Le Liban n'aurait peut-être plus de raison d'être. C'est donc pourquoi il faut à tout prix pousser les chrétiens à rester sur cette terre et pour cela, il faut garder la présidence de la République aux chrétiens.

Apparemment, ces propos ont plu au pape qui a donc demandé à rencontrer le général Ibrahim une seconde fois et il est fort probable que le dossier présidentiel libanais soit au menu de cette audience particulière. Avant de prendre l'avion pour le Vatican, Ibrahim doit s'entretenir avec le patriarche maronite... Mais il faudrait aussi que les développements sécuritaires lui en laissent le temps.

 

(Lire aussi : Empoignade virtuelle entre Berry et Geagea : la République gérée par Twitter interposé, la situation, par Jeanine JALKH)

 

Le général Ibrahim ne s'attendait sans doute pas au tollé qui a suivi l'arrestation du cheikh Bassam Tarras, ancien mufti de Rachaya, sur base des aveux des membres du réseau dit de Ksara ( pour rappel, ce réseau, dont plus de dix membres ont été arrêtés, était en contact avec un chef présumé Aboul Baraa, installé en Turquie, qui donnait des instructions pour réaliser des attentats dans des régions populaires libanaises sunnites et chiites).

Selon des sources proches de l'enquête, ces derniers auraient en effet révélé que cheikh Tarras les auraient recrutés et poussés à intégrer le réseau chargé d'accomplir les attentats terroristes en leur donnant « le bagage idéologique » nécessaire pour ce type de mission. À peine l'annonce de son arrestation, le week-end dernier, connue, des personnalités sunnites, religieuses et laïques, se sont aussitôt mobilisées pour réclamer sa relaxe. Il y a même eu des menaces de recourir à la rue et d'organiser des sit-in de protestation devant le siège de la Sûreté générale et d'autres lieux symboliques, le tout avec des connotations confessionnelles.

Dans la nuit de dimanche à lundi, les contacts ne se sont pas arrêtés et finalement, le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk a décidé de confier le dossier de cette enquête au juge militaire qui a aussitôt ordonné la remise en liberté de cheikh Tarras. Pour les sources proches de la Sûreté générale, c'est un peu une réédition du scénario qui avait permis la remise en liberté de l'un des plus importants terroristes présumés, Chadi Mawlaoui, lequel se cache aujourd'hui dans le camp de Aïn el-Héloué, alors qu'il est de nouveau recherché par les autorités.

Toutefois, la remise en liberté de cheikh Tarras est conditionnelle et la justice pourrait décider de le convoquer pour les besoins de l'enquête, mais, selon le ministre Machnouk, le plus important était de calmer la rue et d'éviter les dérapages éventuels, dans un moment de tension confessionnelle. L'enquête se poursuit donc, malgré tout, en parallèle aux contacts politiques... Mais une fois de plus, c'est l'image de l'État qui est écornée, un État qui recule face à la pression de la rue et entrave ainsi, même dans la forme, le cours de sa propre justice.

 

 

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Pour la seconde fois en moins d'un an, le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, se rendra ce week-end au Vatican. C'est à la demande du pape François que le général Ibrahim prendra l'avion pour Rome où il sera reçu dimanche par le Saint-Père. En principe, Ibrahim assistera à la messe privée dans la petite église du Vatican où le pape célèbre l'office religieux en petit...
commentaires (5)

Une honte, une fois de plus...

NAUFAL SORAYA

07 h 33, le 20 septembre 2016

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • Une honte, une fois de plus...

    NAUFAL SORAYA

    07 h 33, le 20 septembre 2016

  • Le Pape aurait du inviter d'autres personnalites qui tiennent notre pays....Quelle honte...

    Soeur Yvette

    15 h 29, le 15 septembre 2016

  • Lorsqu'on avance à reculons, on finit par tomber dans un précipice.

    Un Libanais

    12 h 17, le 15 septembre 2016

  • De toute façon une fois de plus le Liban est otage des bactéries wahabites jusqu'au jour où on en sera débarrassé par leurs propres sponsors occidentaux . Faut pas croire que c'est impossible ,ils ont bien lâché les kurdes face aux turcs.

    FRIK-A-FRAK

    11 h 27, le 15 septembre 2016

  • LE PAPE AURAIT DU INVITER TAMMAM SALAM ET BERRY ENSEMBLE POUR DISCUTER DE LA PRESIDENCE... OU SAAD HARIRI ET HASSAN NASRALLAH PLUTOT ! QUAND AU CHEIKH ARRETE ET LIBERE C,EST LE RESULTAT DES DEUX POIDS ET DEUX MESURES... ON OSE ARRETER D,UN COTE ET ON N,OSE PAS LE FAIRE DE L,AUTRE... REPUBLIQUE ATOLLIENNE !

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 51, le 15 septembre 2016

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