X

Moyen Orient et Monde

III-Ameer, photographe à Alep : Les enfants du quartier m’indiquent des corps en décomposition

Je vous parle d’Alep...

On parlera plus tard d'Alep comme on parle aujourd'hui de Sarajevo, de Srebrenica ou de Grozny. On parlera de la politique de la terre brûlée menée par le régime syrien, les Russes et les Iraniens sous le regard des Occidentaux, impuissants. Parce que cette histoire tragique est en train de se passer à quelques kilomètres de nos frontières, parce que cette bataille symbolise, plus que n'importe quelle autre, la nature et les enjeux du conflit syrien, « L'Orient-Le Jour » a décidé de donner la parole aux Alépins pendant une semaine. Chaque jour, un Alépin, homme ou femme, vivant à l'Est dans les quartiers rebelles, ou à l'Ouest dans les quartiers loyalistes, médecin, infirmier, Casque blanc, marchand, combattant, photographe, étudiant ou autre, racontera son quotidien dans l'enfer d'Alep.
Aujourd'hui, le témoignage d'Ameer Alhalabi, photoreporter free-lance.

30/09/2016

« Je me suis réveillé ce matin (hier) en sursaut, sur le coup de 8h30, à cause de l'explosion d'un missile tombé sur mon quartier. Je me suis habillé rapidement et me suis rué dans la rue, caméra en main, pour voir si tout le monde allait bien, et j'ai commencé à prendre des photos. J'ai couru ensuite au centre de la Défense civile, dans lequel mon cousin et mon père, tous deux récemment tués dans des bombardements, travaillaient, pour prévenir leurs anciens collègues Casques blancs.

Plus tard dans la journée, les avions se sont tus. Ça faisait longtemps. J'en ai profité pour aller jouer au football avec mes amis. Avant la guerre, le football était ma passion et je rêvais d'être un jour sélectionné dans un grand club européen. Après cette pause sportive, je me suis rendu dans le quartier Maadi, où les secouristes tentaient d'extraire des corps des décombres d'un immeuble tout juste bombardé. J'ai eu beaucoup de mal à revenir chez moi à cause des cratères remplis d'eau provoqués par les bombes du matin. J'ai embarqué mon ordinateur portable pour trouver un endroit où la connexion Internet est bonne, afin d'envoyer mes photos du jour aux agences d'informations.

Depuis que mon père est tombé en martyr en juillet, je suis devenu le responsable de la famille. On ne trouve plus rien dans les marchés, mais j'avais prévu le coup en achetant 20 kg d'aubergines pour en faire du Makdous (conserve de miniaubergines farcies aux noix). J'ai aussi trouvé du tabac au miel hier pour mon narguilé. Mais dans un mois, voire moins, nous risquons de nous retrouver dans la même situation que ces gens qui meurent de faim. Avant le siège, j'aimais bien passer mes soirées à regarder des films indiens sur les chaînes câblées. Sans électricité, il n'y a pas grand-chose à faire à la maison.

La vie quotidienne depuis le siège est devenue très ennuyeuse, parce que les journées se ressemblent : mon voisin qui essaie chaque jour de me vendre sa moto, parce qu'il n'a plus d'argent. Ou le coiffeur du quartier qui me raconte pour la trentième fois qu'il devait partir en Allemagne mais que, sa fiancée n'étant pas partante, il se retrouve bloqué comme nous tous. Ce soir (hier), je vais retrouver mes amis et on jouera à Fifa 2016 sur nos ordinateurs, jusqu'à ce que la batterie s'éteigne. La vie vaut-elle mieux que la mort ? Notre quotidien n'a rien de la vraie vie. Quand je croise les enfants du quartier, ils m'indiquent des corps en décomposition, parce qu'ils savent que je suis photographe. Ma mère, que la peur ne quitte plus, surtout quand les avions passent au-dessus de nos têtes, m'appelle jusqu'à cinq fois par jour pour s'assurer que je suis vivant. »

 

 

"Je vous parle d'Alep", les précédents témoignages :

II - Yasser, comptable à Alep : « Ne t’inquiète pas mon amour, nous sommes en vie, ne sois pas triste pour la maison »

I - Mohammad, infirmier à Alep : « Les enfants ne savent pas qui est Assad ou ce qu'est la rébellion »

 

Lire aussi

Moscou fait-il à Alep en 2016 ce qu’il a commis à Grozny en 1999 ?

En Syrie, la Russie a opté pour la « guerre totale »

Corps déchiquetés et médecins impuissants à Alep dévastée

Couvrir Alep, la peur au ventre et le ventre vide

« J'en veux à tous ceux qui laissent les Alépins face à une mort certaine »

Alep, le principal champ de bataille de la guerre en Syrie

À la une

Retour à la page "Moyen Orient et Monde"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

ACE-AN-NAS

On a 2 solutions , soit on bombarde Moscou Téhéran et Damas de suite , demain matin , soit on attend février ou mars 2017.

En général un oiseau dans la main vaut
mieux que 10 sur l'arbre , proverbe de siffleurs de pipeau ...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET C,EST POURQUOI JE REPETE QUE KARAVIC ATTEND SES COLLEGUES BOURREAUX DE LOIN PLUS CRIMINELS QUE LUI...

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Gouvernement : on tourne en rond !

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué