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Liban

Retour sur le parcours peu ordinaire de Lily Delifer

Témoignage

Aujourd'hui, samedi 17 septembre, aura lieu une cérémonie en l'église Saint-Grégoire-et-Saint-Élie des arméniens-catholiques, place Debbas, en l'honneur de cette grande dame bientôt centenaire.

17/09/2016

L'anniversaire de leur doyenne est un grand moment pour la famille Delifer, et certains cousins viendront de Suisse, de France et du Canada pour l'occasion. « C'est un monument pour nous », explique Françoise Delifer, sa cousine germaine. Lily Delifer, bientôt centenaire et vedette de la célébration, reste très humble : « Je ne suis pas unique, il y a tant de personnes honnêtes et appliquées comme moi. » La doyenne de la famille possède cependant une caractéristique exceptionnelle : elle n'a pris sa retraite qu'en février 2014, après 71 années passées au sein des Établissements Kettaneh.
Lily Delifer aura aujourd'hui les honneurs d'une cérémonie présidée par l'évêque Georges Khazoum. Le patriarche de Cilicie des arméniens-catholiques, Grégoire Pierre XX, retenu à Rome, ne sera pas présent. Il a cependant demandé au pape une bénédiction apostolique, qui sera transmise à Lily lors de l'événement.
À l'origine de cette fête, on trouve Serop Delifer, frère de Lily. « Avec ma femme, nous nous sommes dit que quand Lily, malgré sa santé de fer, s'en ira, elle recevra certainement de nombreux témoignages. J'ai voulu que ce soit fait de son vivant. Nous avons lancé un appel et en avons reçu plusieurs dizaines », raconte-t-il. Une grande partie de ces témoignages viennent d'anciens collègues de travail.

La confiance de son employeur
Visage carré, cheveux blancs, confortablement calée dans un fauteuil de son salon, entourée de sa famille, Lily Delifer fait le récit de sa vie. Dotée d'une mémoire et d'une forme impressionnantes pour son âge, elle se montre intarissable. S'il lui faut tendre l'oreille pour bien entendre certains mots, depuis quelques jours, elle n'éprouve aucune difficulté à rapporter de multiples anecdotes sur sa vie. Toujours dynamique, elle n'hésite pas à se lever pour aller chercher d'anciens documents et des photos, ou pour s'installer en terrasse, tout en poursuivant son récit.
Oui, elle a su se rendre indispensable dans l'entreprise où elle était arrivée en octobre 1942, raconte-t-elle. Avant cela, elle avait travaillé dans une banque italienne, où l'un des dirigeants l'avait bien vue à l'œuvre. « Après la liquidation de la banque, il m'a téléphoné, se souvient-elle. Il était devenu directeur général de la grande société libanaise. Il voulait une secrétaire privée et a pensé à moi. » Elle gravit ensuite tous les échelons : « J'ai été en charge de plusieurs services : le service commercial, le service administratif, la section New York, puis j'ai été fondée de pouvoir », détaille-t-elle. Lily Delifer dispose de la confiance totale de son employeur. Elle raconte : « J'avais dans mon bureau un coffre-fort pour les dossiers confidentiels. J'en connaissais le code, bien entendu, et j'en avais les clés. Un jour, je suggère de lui en confier les doubles. Il me répond en riant que ce n'était pas la peine, qu'il me faisait pleinement confiance et que je pouvais tout aussi bien les jeter à la mer. Je m'en suis bien gardée ! »

Une loyauté à toute épreuve
Ce parcours est d'autant plus surprenant que Lily Delifer a fait très peu d'études. Elle naît en 1916, en Cilicie (Turquie), où son père Sétrak Delifer travaille à la Banque ottomane. Elle retrace ses jeunes années : « À onze ans, on m'envoie au Liban chez mon oncle paternel. Je suis inscrite à l'école des Sœurs de la Charité. Je passe mon certificat d'études, puis le brevet. J'aurais aimé continuer, mais j'ai dû arrêter et commencer à travailler pour aider papa. Alors la directrice me dit : "Je vous engage. Je vais vous confier une classe." J'avais autour de 15 ans. On m'a chargée de la classe du certificat d'études. Mais comme ça ne rapportait pas beaucoup, il a fallu chercher un second emploi. »
C'est à vingt-six ans qu'elle entre chez les Kettaneh, l'entreprise dans laquelle elle passera la majeure partie de sa vie professionnelle. Elle y fait preuve d'une loyauté à toute épreuve, doublée d'une extraordinaire conscience professionnelle. Fidèle, « Mademoiselle Lily », comme l'appellent de nombreux collègues, va même jusqu'à refuser de rejoindre le ministère des Finances. Durant la guerre civile, elle fuit le Liban pour Paris. Alors qu'elle est censée y œuvrer pour une ONG, elle continue de travailler pour son employeur. Quand elle revient à Beyrouth, après neuf ans d'absence, son patron, Nabil Kettaneh, avec sa courtoisie enjouée habituelle, lui annonce : « Votre bureau vous attend, personne ne l'a occupé en votre absence. » Tout au long de sa carrière, elle se voit confier, comme stagiaires, les futurs héritiers de ce groupe familial. L'un d'entre eux écrit dans son témoignage : « Le stage que j'ai fait chez vous a changé le cours de ma vie. » Cette employée modèle souligne : « J'aimais mon travail, je le faisais avec application, en ne pensant à rien sinon à la perfection. » Tout au long de sa carrière, Lily Delifer ne laissera rien passer, s'efforcera de corriger la moindre erreur, se montrera attentive à chaque détail. Elle inspire confiance, reçoit les confidences des employés, est attentive à chacun.
Lily Delifer a consacré sa vie au travail et était choyée par le personnel de l'entreprise qui lui a été comme une seconde famille. Elle l'est désormais par les siens. Ses neveux et petits-neveux lui téléphonent très régulièrement. Sa cousine Françoise Delifer souligne que cette cérémonie vise aussi à servir d'exemple aux jeunes générations, leur transmettre les valeurs de la famille et du travail bien fait.

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C.K

Heureux anniversaire Lily, puissiez vous être un exemple pour tous les libanais.

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