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Culture

Au final, c’était comment Mika, Elissa, Seal, Caracalla, Grace et Sia ?

Festivals 2016

Bilan réalisé par Maya GHANDOUR HERT, Zéna ZALZAL, Colette KHALAF, Gilles KHOURY, Danny MALLAT et Olivier GASNIER DUPARC.

OLJ
06/09/2016

Avec la rentrée des classes, la saison des festivals touche à sa fin. Entamée fin juin, elle aura assimilé plus de 90 concerts ou spectacles aux quatre coins du Liban. En montagne, sous les cèdres, dans un site archéologique, surplombant la mer, dans un palais, dans un stade olympique ou dans un hangar géant, les micros ont résonné, tremblé, vibré. De voix, de musiques, de paroles et de sentiments. Les planches ont été foulées de pas vigoureux (de dabké) ou aériens (de ballet contemporain), ou saccadés venant tout droit de Bollywood. Côté musiques, il y en avait pour tous les goûts et tous les âges, avec une belle part accordée aux artistes libanais. Dans un retour aux sources voulu, surtout, par les circonstances et le trop-plein d'embûches.

Oublions-les, pour un moment, ces multiples embûches qui jalonnent le parcours des organisateurs, ces combattants pour la culture, pour un semblant de normalité dans le pays de toutes les digressions. Mettons de côté les difficultés de faire signer des têtes d'affiche. Ou les cachets faramineux qui décourageraient les plus motivés des producteurs. Ou encore la situation sécuritaire précaire qui charrie autant d'incertitudes que de peurs. Gardons – imprimés dans nos rétines et en écho dans nos tympans – ces moments, ces spectacles hauts en couleur, plus ou moins réussis, qui ont forgé l'été 2016. Et saluons ces festivals (notamment Baalbeck qui fêtait ses 60 ans avec une programmation de choix dans un Bacchus rénové et magnifiquement illuminé) qui ont relevé plusieurs défis, mais surtout le plus important : celui d'exister.

 

(Lire aussi : Les festivals touchés, mais pas coulés, par la situation sécuritaire)

 

Seal, le plus faux soulman
À la sortie de son concert, une question nous a traversé l'esprit : sans cette voix des grands fonds, cendrée de fumée et charbonnée de testostérone, où en serait Seal aujourd'hui ?
Probablement nulle part. C'est que le chanteur, comme à son habitude, a livré dans le cadre du Festival de Beiteddine une performance vocale qui a (d'apparence) tout pour faire de lui un digne héritier d'Otis Redding, un vassal de Sam Cooke. Sauf que la prestation du chanteur britannique était envasée dans ses titres d'une variété très moyenne. Alors sortons ce timbre de bluesman de ce corps, de ce jukebox lyophilisé !

Carole Samaha, la plus « bonne surprise »
On la pensait dans la lignée de cette (prétendue) pop libanaise qui enfante des énergumènes aux cordes vocales et aux pommettes triturées sous bistouri. Rien de cela. Carole Samaha creuse son sillon d'artiste plus que probante qui torpille les médiocrités ambiantes sans jamais s'enkyster dans des postures de dormeuse sur lauriers. Elle a d'ailleurs ouvert le Festival de Byblos avec un show sué, dansé et chanté (à guichets fermés) qui a retracé ses quinze ans de carrière. Ça fait plaisir à voir, c'est beau à entendre et ça prouve surtout que la variété locale nous joue plus d'un tour, raison de plus pour abhorrer le reste de ce qu'elle nous propose d'indigeste et d'indigent.

Mika, le plus désamarré
À propos de Mika, tout a été dit, écrit, lu. On ne s'attendait donc pas à grand-chose de son spectacle au Festival de Baalbeck, si ce n'est un show bubble-gummé, chamarré et gonflé à l'hélium. En interview puis sur la scène du temple de Bacchus, plus organique qu'imaginé, plus dépouillé que raconté, le chanteur nous a prouvé qu'il peut imaginer un monde « bigger than life » rien qu'en s'asseyant derrière un piano. Qu'il peut, en grimpant quelques octaves de sa voix à multiples tiroirs, esquisser des rêves sinueux, des désirs troubles, tout un barnum de sensations, tantôt moelleuses et tantôt plus subversives, mais toujours cousues au fin fil d'or. He is golden.

Elissa, la plus gonflée
En ces temps de faux-semblants et de pseudo-modestie cachée derrière des petits doigts, Elissa (Beirut Holidays) peut dérouter. La chanteuse aux 30 millions de disques vendus est sûre d'elle et de sa pensée, enjouée et déterminée, quitte à déranger les prudences bien élevées. Elle ne craint personne si ce n'est Dieu et répond en vous regardant droit dans les yeux. De fait, lorsqu'on l'interroge sur le secret de son succès, elle élève sa voix précisément modulée pour affirmer : « J'ai tout le package. La voix, l'interaction avec le public, et puis... je suis chattoura ! » C.Q.F.D. ?

Le plus controversé
Le concert de Sia à Byblos était sans doute, avec celui de Mika, le concert de la saison 2016 où il fallait être et/ou traîner ses adulescents. Il a d'ailleurs drainé, selon les organisateurs, près de 8 500 spectateurs. Lesquels, après avoir enduré plus de trois heures de trajet en voiture, embouteillages obligent, étaient partagés entre le clan des déçus et celui des enchantés. De quoi alimenter un débat sur plusieurs thèmes du jour : l'Australienne a-t-elle chanté en play-back ou pas ? L'espace consacré aux places debout était-il overbooké ou pas ? Reste la scénographie, très belle...

Le plus exaltant
On attendait Nina. On a découvert Lisa. À notre grand enchantement. Car avouons-le, en achetant le billet pour ce spectacle, on pensait tout simplement que la fille de Nina Simone allait interpréter les titres de sa mère et faire revivre celle-ci. Lisa Simone a pris de court le public de Baalbeck qui s'est laissé séduire, voire hypnotiser... Bien sûr, elle a rendu hommage à la grande Nina à travers certaines chansons mais, accompagnée de musiciens fabuleux, elle s'est décarcassée, libérée, pour enflammer l'assistance qui était simplement très heureuse de découvrir une grande chanteuse.

Le moins fusionnel
Elle a passé le cap des trois ans au Métro al-Madina. Calfeutrée dans son cocon de cabaret intimiste, la troupe de Hichik Bichik a voulu s'envoler, avoir le geste plus ample, le ton différent. Et s'est fait accompagner, au Festival de Byblos, d'un orchestre philharmonique dirigé par le maestro Lubnan Baalbacki. Est-ce parce que les artistes étaient loin du public, séparés par une fosse de cinquante musiciens ? Est-ce parce que l'expérience était discordante ?
Ou le public était-il simplement venu par curiosité et non par engouement ? Voyant que l'alchimie n'était pas au rendez-vous, la chanteuse Yasmina Fayed a même demandé au public : « Quand vous avez lu sur le programme qu'il s'agissait d'un opéra Hichik Bichik, croyiez-vous assister à Pavarotti ou que j'étais la Callas ? »

Le plus inattendu
Les copains d'abord, Les bancs publics, Quand Margot... Autant de titres, et plus, que les spectateurs réclamaient à tue-tête au chanteur. Maxime Leforestier, ami et interprète de Brassens, ne les a pas écoutés. Il a voulu seulement entendre sa voix intérieure. Une obstination à interpréter des titres inédits. Le lieu n'était pas approprié pour cela. Ni l'ambiance. Était-il en tournée de promo pour un nouvel album Brassens ? Les spectateurs de Byblos sont restés sur leur faim. Comme un rendez-vous raté. Laissant à nombre d'entre eux comme un goût amer dans la bouche.

Le plus branché
L'hommage à Zaki Nassif était surprenant d'émotion et d'authenticité. Des artistes à la hauteur du grand homme disparu et qui a laissé au Liban un patrimoine de chansons libanaises. Un hommage orchestré, en organisation et en instruments, par un artiste qui, lui aussi, incite au respect. Un artiste totalement dans l'air du temps qui n'a pas hésité, une fois le concert terminé, à poster un selfie et à préciser que la soirée au Festival de Beiteddine affichait complet, « sold out ». Guy Manoukian est un musicien sûr de lui qui n'hésite pas, à l'instar des plus grands artistes internationaux, à vendre son image. Une image et un talent qui font leur chemin.

Le plus intolérable
Tandis que Roméo cherchait Juliette, tiré par les ficelles magiques d'Angelin Preljocaj. Tandis que Prokofiev remplissait un espace conçu avec la maîtrise et le sens de l'esthétique du grand Enki Bilal. Tandis que nos yeux découvraient les corps sur une scène de Beiteddine nimbée de clair-obscur, l'écran honteusement illuminé d'un téléphone portable affichait tantôt des messages, tantôt des photos, et venait interrompre une parfaite communion.
Intolérable, le public libanais, qui tantôt répond, tantôt envoie des textos, tantôt bouscule à la sortie, esquivant une ovation que l'artiste aurait grandement méritée.
Intolérable que la médiocrité puisse ainsi secouer la grandeur.

Le plus seventies
Lorsque deux septuagénaires fredonnent les grands tubes de la bossa nova des années 60 et 70, cela donne une ambiance très nostalgico-seventies. Jeu de guitare véloce et voix ample, le renommé duo brésilien Toquhino et Maria Creuza a interprété à Byblos un répertoire aussi sensuel que solaire... Déroulant – avec les célébrissimes A Garota de Ipanema (« The Girl From Ipanema ») et Voce Abusou (« Fais comme l'oiseau ») – comme la bande-son d'une époque d'optimisme et d'espoir... Dommage que le public n'ait pas été plus nombreux au rendez-vous !

Le plus kitsch
Indéniablement The Merchant Of Bollywood, à Beiteddine ! Une pièce montée de chorégraphies et costumes chatoyant de mille strass, couleurs et pierreries, gonflée à bloc d'une sympathique énergie positive. Tout ce qu'il y a de plus normal pour une revue scénique en provenance de La Mecque du cinéma indien. Les amateurs du genre ont été servis. Néanmoins, l'absence totale de décors, même compensée par les jeux de lumière sur les arcades du palais des émirs, s'est fait cruellement sentir.

Le plus dépaysant
L'auditoire, venu à Beiteddine découvrir deux voix ibériques d'une belle intensité, n'aura pas été déçu. D'une part, Carminho, l'élégante Portugaise, chanteuse d'un fado frémissant et modulé, et de l'autre, la puissante Buika, Espagnole aux racines guinéennes, au timbre exceptionnel, suave et rauque, transcendant le flamenco traditionnel d'un souffle jazz et blues et d'une énergie, d'un sens du rythme africains. Deux concerts en un. Une formule et deux prestations qui ont été unanimement applaudies. Même si, à la sortie, le public s'est retrouvé scindé en deux camps : les pro-Carminho et les pro-Buika. On reste au Liban quand même...

Le plus « sans voix mais volubile »
« Je suis heureux de jouer du jazz dans ce décor qui me laisse sans voix. » C'est par ces paroles que Bob James a accueilli un public de connaisseurs réuni dans l'enclave feutrée d'un majestueux temple de Bacchus miroitant de mille feux. Mais c'est malheureusement José Van Dam qui a réellement perdu la voix, lors de son concert à Baalbeck, au grand dam de ses aficionados qui l'attendaient de pied ferme. Et le ténor de combler le silence, entre deux morceaux joués, par d'innombrables anecdotes...

Le plus voyageur
Les colonnes de Jupiter et le temple de Bacchus étaient en émoi. Caracalla présentait sa dernière création, Sur la route de la soie, pour son retour après six ans à la cité du Soleil. Hommage aux soixante ans du festival et avant-goût du cinquantenaire, dans deux ans, de la troupe. Il fallait suivre, dans ce tourbillon de chorégraphies, costumes, projections et danses, ce sacré voyageur qui en a fait voir de toutes les couleurs.

Le plus caméléon
Quand les danseurs/porteurs de drapeau sont apparus, un bruissement a parcouru les travées avant du Festival de Byblos. Les deux porteurs de drapeau, tout grimés et éloignés qu'ils étaient, ressemblaient quand même étrangement à deux personnages de la vie quotidienne de Mar Mikhaël. Georges Junior Daou et Charbel Habr, puisqu'il s'agit bien d'eux, ont effectivement participé au concert de Grace Jones. Maquillés comme le reste de la troupe, et habillés pour l'occasion, c'est-à-dire sans pyjama pour l'un et en pyjama rasta pour l'autre, ils ont agité leurs drapeaux pendant un morceau, vivant leur heure de gloire avec Grace aussi bien sur scène que backstage, entre deux chansons. Junior et Charbel sont des acteurs majeurs de la scène musicale et cafetière de Beyrouth, l'un est l'organisateur et fer de lance du festival Wickerpark, et l'autre est l'un des musiciens les plus anciens et les plus talentueux de la scène rock et alternative. Ils devaient leur présence au « stage manager » de Grace Jones, Kamal Ackarie, d'origine libanaise lui aussi, et prenant son café matinal au même endroit.

 

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Otayek Nada

Vous n'avez pas ete voir Mashrou' Leila? Dommage que ce concert ne soit pas mentionne car il etait magnifique, emouvant et courageux dans une region qui ne fait que regresser. Le drapeau de la Gay Pride a Byblos , chapeau, entoure et protege par l'armme libanais , chapeau aussi. La seule soiree ou j'etais fiere des libanais. Mashrou' Leila est un groupe libanais meme s'il ne vend pas 30 millions d'albums comme Elissa, il a le merite de la creativite et du modernisme.
decue que l'Orient n'en parle pas autant que les autres concerts...

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