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Économie

Les festivals touchés, mais pas coulés, par la situation sécuritaire

Liban - Événementiel

Le bilan commercial des festivals estivaux semble contrasté, l'activité restant largement tributaire de la situation sécuritaire au Liban et dans la région.

06/09/2016

Entre la situation de tension sécuritaire continue, les attentats perpétrés dans le village de Qaa fin juin et les rumeurs sur de possibles attentats sur toutes les lèvres au début de l'été, la saison des festivals semblait mal partie.

De fait, selon Abdo Husseini, directeur général de Ticketing Box Office, qui prend en charge la vente de billets de la grande majorité des festivals du Liban, « cette année, les ventes de billets de festivals ont baissé de 20 à 25 % par rapport à l'année dernière du fait de la crise sécuritaire dans la région, alors qu'il y avait 50 % d'événements de plus qu'en 2015 ».

Étrangement, tous les organisateurs interrogés par L'Orient-Le Jour, soit les festivals les plus renommés du pays, font néanmoins état d'une hausse, ou au pire des cas d'une stagnation, des niveaux de fréquentation. « Cette année, nous avons fêté les 60 ans du festival, et nous avons enregistré une fréquentation nettement meilleure que l'année dernière, car à Baalbeck la situation sécuritaire était moins inquiétante que les années précédentes. Nous avons d'ailleurs doublé notre budget, à environ 3 millions de dollars », se félicite Nayla de Freige, présidente du Festival de Baalbeck (et par ailleurs directrice exécutive de L'Orient-Le Jour).

« Nous avons eu une très bonne saison, avec 28 000 spectateurs et quatre soirées à guichets fermés, contre 26 500 spectateurs l'année dernière », souligne Hala Chahine, directrice du Festival de Beiteddine. « Généralement, nous accueillons environ 50 000 personnes, mais cette année est équivalente à l'année dernière avec entre 25 000 et 30 000 billets vendus », nuance Latifé Lakkis, présidente du Festival de Byblos.

 

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« Prime de risque »
Même les organisateurs se disant satisfaits reconnaissent toutefois que la situation sécuritaire a eu un impact sur la saison. « Les festivaliers étaient inquiets début juillet du fait des menaces d'attentats, puis la confiance est revenue fin juillet, mais c'était un peu tard », note Amine Abi Yaghi, producteur du Festival de Beirut Holidays, qui a accueilli 45 000 personnes pour 13 soirées, contre 50 000 personnes pour neuf concerts l'année dernière.
« Nous avons eu très peur cette année à cause de la situation, mais cela est devenu monnaie courante. Nous sommes déjà ravis que l'ensemble des festivals aient pu se tenir sans annulation majeure, c'est un très grand succès en soi », souligne pour sa part Nagi Baz.

D'autant plus que la situation sécuritaire a aussi eu un impact sur les coûts. « Les ventes de billets ont chuté car, en raison de la crise sécuritaire dans la région, très peu de grosses pointures ont accepté de se produire au Liban », lance Abdo Husseini. « Cette année, il a été très difficile de faire venir des artistes étrangers du fait de la situation au Moyen-Orient en général. Et quand un artiste étranger accepte de venir, il faut ajouter une "prime de risque" à son cachet. Cette tendance existe depuis 10 ans, mais les cachets des artistes ont augmenté d'environ 40 % ces deux dernières années. Nous ne pouvons pas suivre et certainement pas répercuter cette hausse sur les prix des billets, car le public le vivrait comme une injustice », ajoute Nagi Baz.

Convaincre les artistes de venir au Liban ne fut pas une mince affaire, reconnaît Maria Frem, responsable médiatique du Festival de Jounieh. « Du fait de la situation, beaucoup d'artistes ont hésité à se rendre au Liban et beaucoup de négociations n'ont pas abouti. Nous avons fini par avoir deux artistes. Par ailleurs, quand un artiste sur lequel nous comptions a décidé de ne pas venir, un de nos sponsors qui voulait lui être associé a réduit sa participation financière », explique Mme Frem, qui se dit néanmoins satisfaite, car l'ensemble des billets des deux concerts programmés ont été vendus.

Autre coût supplémentaire, les dépenses en sécurité. « Cette année, nous avons décidé de fouiller les festivaliers à deux endroits différents plutôt qu'un seul comme en 2015 », raconte Hala Chahine. « Après les attentats de Qaa, nous avons augmenté le nombre de vigiles, et, au final, nous avons dépensé 300 000 dollars pour la sécurité sur les trois mois d'été, contre 225 000 dollars l'année dernière », indique Latifé Lakkis.

 

Coup de pouce
Une inflation des coûts alors que, financièrement parlant, les festivals ne sont pas rentables. En 2016, les budgets de la plupart des festivals ont oscillé entre 1 et 3 millions de dollars, selon les acteurs interrogés, avec un financement généré par les sponsors – entre 30 % et 50 % –, le reste étant couvert par la billetterie et les subventions publiques. Suite au festival, les organisateurs établissent un bilan financier et l'envoient au ministère du Tourisme, qui décide ensuite du montant des subventions. « Mais, un festival est toujours déficitaire et les subventions publiques arrivent très en retard. Cette année, nous avons reçu les subventions d'il y a deux ans », explique Maria Frem. « Et alors qu'elles devraient représenter un tiers du budget, elles tournent plutôt autour de 17 ou 18 % », ajoute Hala Chahine.

Dans ce contexte, les professionnels du secteur demandent activement à être exonérés d'impôts, les festivals étant taxés par l'État à hauteur de 33 %. « Les taxes que nous devons payer sont pénalisantes, nous demandons donc qu'elles soient abaissées pour pouvoir survivre », explique Nayla de Freige. « Pour qu'il y ait exonération fiscale, il faudrait une loi... » répond Nada Sardouk, directrice générale du ministère du Tourisme, qui rappelle qu'environ 8 milliards de livres libanaises de subventions ont été versées aux festivals ces deux dernières années.

Une situation d'autant plus pressante que ces événements permettent d'offrir un coup de pouce économique aux villages et régions. « Nous continuons d'investir parce que le festival n'est pas seulement un événement culturel et touristique, mais joue également un rôle économique très important pour la ville. Les hôtels de Byblos étaient tous complets pendant l'été, les restaurants étaient pleins avant et après chaque concert, sans parler de la création d'emplois que toute cette organisation engendre », rappelle Latifé Lakkis.

 

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