Liban

L’intervention turque en Syrie et l’absence de réactions internationales et régionales

Décryptage
30/08/2016

Officiellement, l'opération militaire turque en Syrie vise, selon le Premier ministre turc, à « sécuriser les frontières avec la Syrie et à empêcher les terroristes de s'en approcher ». Mais dans le dictionnaire turc, les terroristes sont bien plus les combattants kurdes que ceux de Daech. Cette définition ne semble pourtant pas déranger les pays impliqués dans la guerre en Syrie. Washington laisse faire, Moscou se tait, l'Iran est occupé à critiquer les États-Unis, l'Arabie saoudite concentre ses efforts militaires (et autres) au Yémen et le régime syrien cherche à élargir le modèle de Daraya. D'ailleurs, lorsque l'aviation syrienne a bombardé des positions kurdes à Hassaké, quelques jours avant l'intervention turque, elle a envoyé indirectement un message clair aux autorités turques sur un possible terrain d'entente basé sur le rejet de la création d'une entité kurde autonome.

Cette attitude « laxiste » internationale et régionale pousse les observateurs locaux à se demander si les développements dans le nord de la Syrie n'arrangent pas au fond toutes les parties concernées. En lançant son opération, la Turquie serait ainsi en train de se tailler un petit fief dans ce pays qui lui permettra d'être un partenaire dans les négociations. Selon un expert militaire, si on regarde désormais la carte géopolitique de la Syrie, on constate que ce pays est désormais divisé en plusieurs zones d'influence : les États-Unis devraient ainsi contrôler Hassaké (à travers les Forces démocratiques kurdes) et bientôt Raqqa, alors que les Russes et les Iraniens devraient avoir dans leur giron Alep ainsi que les zones contrôlées par le régime syrien et ses alliés. La Jordanie se trouve à la frontière sud du pays et la Turquie cherche à contrôler Jarablous et ses environs, en essayant de pousser une pointe vers Kobané et Efrin. L'Arabie saoudite et le Qatar, qui ont été longtemps « les parrains » des groupes armés de l'opposition syrienne, semblent avoir perdu de leur influence en même temps que du terrain. Le Qatar a d'ailleurs ouvertement mis un bémol à ses positions violentes contre le régime syrien et ses alliés en Syrie, alors que l'Arabie ne parvient plus à se tailler un fief important, depuis les revers essuyés par ses « poulains » dans la région d'Alep et dans la Ghouta de Damas. Il lui reste encore Idleb, ainsi que l'opposition installée à Riyad mais dont personne ne parle plus depuis quelques mois.

En gros, le panorama syrien se précise et le rôle de chaque protagoniste devient de plus en plus clair. Cela ne signifie pas, estime une source diplomatique arabe, que la guerre est sur le point de finir, mais les contours des nouvelles lignes de démarcation sont désormais plus clairs. Sur la base du paysage militaro-géographique, il sera plus simple d'entamer des négociations réalistes pour aboutir à une solution politique qui tienne compte de tous les protagonistes, chacun selon l'importance du territoire qu'il contrôle, directement ou non.

 

(Lire aussi : Le PKK syrien, nouveau dindon de la farce américaine)

 

À ce sujet, la source diplomatique arabe précitée estime que contrairement à tous les pronostics politiques et médiatiques, les pourparlers américano-russes sur la Syrie auraient dépassé les grandes lignes pour entrer dans les détails de la structuration du nouveau pouvoir. Il aurait été ainsi convenu de désigner trois vice-présidents pour aider le président de la République, qui perdrait ainsi une partie de ses prérogatives. Le premier serait désigné par le président, le second est choisi par l'opposition et le troisième devrait être « indépendant », sachant que ce mot ne signifie pas grand-chose dans la situation politique actuelle. Les Russes ont proposé qu'il soit kurde pour satisfaire cette communauté qui participe à la lutte contre le terrorisme, tout en rêvant d'un État indépendant, impossible en raison de l'opposition féroce de la Turquie et plus discrète de l'Iran et de la Syrie. Mais le principe des trois vice-présidents est pratiquement adopté, ainsi que la participation du président Assad à la période transitoire. Seule l'Arabie saoudite reste encore totalement opposée à cette idée, mais elle n'a plus les moyens d'imposer ses conditions en Syrie. Bachar el-Assad devrait donc rester en place avec la formation d'un gouvernement de coalition dont la composition bute encore sur le partage des portefeuilles. Les Américains veulent des portefeuilles importants pour l'opposition, alors que les Russes soutiennent Assad dans sa volonté de garder la Défense, l'Intérieur et les Affaires étrangères.

Les Américains insistent aussi pour que le gouvernement de coalition soit doté de prérogatives exécutives réelles. Ce que les Russes acceptent volontiers, sachant que dans le gouvernement de coalition, le régime aura une bonne partie des portefeuilles. Ce gouvernement aura aussi pour mission d'organiser des élections législatives et présidentielles anticipées. Pour ce qui est de l'élection présidentielle, les Russes et les Iraniens campent sur la position selon laquelle seuls les Syriens doivent décider du choix de leur président, alors que les Américains ne déclarent plus leur opposition à une candidature d'Assad, en misant sur le fait que la nouvelle Constitution du pays devrait forcément modifier la nature du régime, en le transformant de présidentiel à parlementaire. Mais la possibilité pour les Syriens hors de Syrie de voter continue d'être un grand sujet de conflit, les Américains y étant favorables, alors qu'Assad et ses alliés y sont opposés...

Ces négociations politiques qui se poursuivent à un rythme plus ou moins régulier restent tributaires des développements sur le terrain qui, eux, détermineront le poids de chaque protagoniste dans la solution qui sera finalement adoptée. Mais quelle que soit l'évolution de la situation internationale et régionale, le schéma sera largement inspiré de ces idées...

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DU BARATIN... PAS ORDINAIRE... AVEUGLE QUI NE VEUT PAS VOIR NI COMPRENDRE QUE L,EXECUTION DE LA CONNIVENCE Y VA BON TRAIN ET BAT SON PLEIN... LE TURC... UN PETIT JOUEUR A QUI LES DEUX GRANDS ONT PERMIS DE PARTICIPER A L,AIGRE SOUPE DE LA CONNIVENCE... IL CROIT SECURISER SA FRONTIERE QUAND EN FAIT IL OUVRE LA BOITE DE PANDORE CHEZ LUI... IDEM POUR TOUS LES PETITS JOUEURS QUI S,Y SONT TREMPES... LES DESILLUSIONS DES UNS N,AURONT POUR EQUIVALENTES QUE CELLES DES AUTRES...

Bery tus

Il en aura plus c'est clair, sauf si le hezb l'y aide !!!

Hamed Adel

je suis choqué de constater l'absence de réaction alors que la Turquie envahit militairement la Syrie!
Revoici les ottomans...

AIGLEPERçANT

Quand un œuf est cassé, on regardera l'omelette qui se formera .

Si on considère qu'en 2011 à la suite du complot des prétendus "printemps arabes " les alliés des us/occidentaux dans le région , ben ali , Moubarak et kaddafi ont été écartés plus ou moins violemment du pouvoir par ces derniers , on dira que les objectifs de départ pour ce qui concerne le héros Bashar , il en va tout autrement .
A cela on ajoutera que les prétentions des bensaouds par qui le souffle des bactéries a infecté le monde , non plus ne seront de la partie à la solution finale de ce complot .

Vous faites bien de nous lister le nombre de protagonistes qui ont main mise sur la Syrie , la simple logique voudrait qu'il faille admettre que si cela devait arriver à n'importe quel pays au monde , on se demande comment il aurait pu échapper à des "cassures" de ce genre .
Néanmoins , en ce qui concerne le camp des résistants , et pour moi c'est celui qui importe le plus , puisque fait partie de ce camp mon pays le Liban , il ne s'en sort pas mal , si on voit comment à travers tout ce qui nous est tombé sur la tête , notre vaillant hezb résistant a pu contenir le complot wahabito etc....
Dire que la Syrie n'aura plus aucune influence chez nous , je le souhaiterai tout autant que tout autre puissance n'en aurait , surtout les vulgaires bensaouds , mais je n'en suis pas sûr , les luttes d'influence continueront chez nous , tant rien ne changera .

Bery tus

ENCORE MERCI MADAME !!! la vous voyez clair, comme je le disais avant (et je le disais sérieusement, pas comme quand je parlais de Nostradamus) Assad n'aura plus le pouvoir qu'il avait avant s'il reste donc ne sera plus une menace pour le liban ni aura de l'influance ... rappeler vous j'ai parler aussi d'un demembrement de la syrie si assad reste, ce demembrement prendra la forme d'un zone d'influance comm vous dites mais les perdants madame ne seront pas seulement l'arabie saoudite ... mais ET SURTOUT L'IRAN ..ET L'AVENIR VOUS, NOUS LE MONTRERA !!

Raminagrobis

C'est vraiment malin. Il a fallu 290,000 morts, deux millions de refugiés, cinq millions de déplacés, une infrastructure complétement détruite, pour revenir au point de départ.

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