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Économie

Les agrumes au Liban : une filière en déclin

Focus
08/08/2016

Oranges, citrons, mandarines... Les agrumes sont traditionnellement l'un des produits agricoles qui s'exportent le plus à l'étranger. Mais le secteur est en déclin : la production totale a baissé de 45 % entre 2007 et 2013, d'après un rapport de l'Agence des États-Unis pour le développement international (Usaid), publié en 2013. Comme tous les autres fruits et légumes libanais, qui sont exportés en grande partie vers le Golfe, les exportations d'agrumes sont en chute libre depuis la fermeture de la frontière syro-jordanienne en avril 2015. « Avant la guerre en Syrie, les exportations d'agrumes dépassaient les 100 000 tonnes par an », indique Antoine Hoyek, président de l'Association des agriculteurs. En 2015, les exportations avaient diminué de moitié par rapport à 2012, d'après les douanes, à un peu plus de 54 000 tonnes pour une valeur de 11,7 millions de dollars.

Autre obstacle pour les exportations d'agrumes libanais vers le Golfe selon Antoine Hoyek, l'embargo décrété en 2014 par la Russie sur les produits alimentaires en provenance de l'Union européenne: « Les produits européens ont été redirigés vers le Golfe, notre marché traditionnel ». Selon Usaid, la part de marché du Liban dans les pays du Golfe pour les agrumes n'est que de 9 %, alors que la région est son client principal.

Faible rentabilité
Mais ces problèmes conjoncturels récents n'expliquent pas tout. Le déclin des agrumes a commencé au début des années 2000, à cause de la montée de la compétition de pays comme la Turquie, l'Égypte et la Syrie, explique le syndicaliste. Les agriculteurs se sont alors tournés vers des fruits au rendement plus intéressant, tels les bananes et les avocats. Selon Ramzy Chamout, qui possède une exploitation de 70 hectares d'agrumes, de bananes et d'avocats dans le sud du Liban, « l'exploitation d'agrumes rapporte entre 300 et 1 000 dollars par dounoum (unité de mesure équivalente à 1 000 mètres carrés) au propriétaire du terrain, alors que les profits par dounoum de bananes atteignent 2 000 dollars, et ceux des avocats 4 000 dollars ». Il n'est donc pas étonnant que la surface d'exploitation des agrumes ait chuté de 31 % entre 1998 et 2010, selon les statistiques du ministère de l'Agriculture. En parallèle, celle des avocats a plus que doublé, et la superficie bananière a augmenté de 11 %.

La faible rentabilité des agrumes est liée à des problèmes structurels qui minent le secteur depuis longtemps, due « en partie », selon le rapport de Usaid, à des coûts élevés de production. « La petite taille des parcelles de nombreux agriculteurs, particulièrement dans le Sud, limite les économies d'échelle. Les agriculteurs ne sont pas organisés en coopératives qui pourraient permettre d'acheter en gros et d'économiser sur l'achat d'engrais et de pesticides », peut-on lire. Au niveau de l'infrastructure, les agriculteurs libanais suivent des « pratiques traditionnelles anciennes », poursuit le rapport, « qui ne sont plus des pratiques considérées comme étant conformes aux normes internationales ». Interrogé par L'Orient-Le Jour, l'auteur du rapport, Wajdi Khater, confirme que « 70 % du triage se fait toujours à la main au Liban ».

(Pour mémoire : Les agriculteurs en ont vu des vertes et des pas mûres)

 

Manque d'innovation
Par conséquent, le Liban innove peu en ce qui concerne les nouvelles variétés d'agrumes. « Nos variétés sont anciennes et ont la peau épaisse alors que les consommateurs préfèrent les agrumes faciles à éplucher (clémentines par exemple) », indique Wajdi Khater. Selon lui, le Liban gagnerait aussi en compétitivité si les agriculteurs investissaient dans de nouvelles variétés tardives, qui parviennent à maturité entre mars et juin, afin de se différencier de la production mondiale (novembre à février). « Mais pour changer de variétés, il faut des investissements, et les agriculteurs préfèrent simplement se tourner vers d'autres fruits plus rentables. »
Pour remédier à cela, le ministère de l'Agriculture a introduit une quinzaine de nouvelles variétés d'agrumes en 2014 qu'il a distribuées aux agriculteurs, indique-t-on au ministère : « L'effet sera mesurable dans quelques années, vu que les plants ont besoin de 4 à 5 ans pour pousser. » Mais les efforts du gouvernement pour soutenir la filière des agrumes sont insuffisants, selon de nombreux agriculteurs. Le test d'un échantillon de sol coûte 100 dollars à l'Université américaine de Beyrouth, se plaint Ramzy Chamout. « En Syrie, le gouvernement a ses propres laboratoires et ces types de tests sont gratuits ! »

Un nouvel obstacle, et non des moindres, pourrait en outre bientôt contribuer à noircir davantage le tableau pour les agrumes. Selon Antoine Hoyek, la décision du ministre de l'Agriculture d'interdire les importations de fruits et légumes en provenance de Syrie en juin dernier pourrait inciter les Syriens à faire de même d'ici à la rentrée. La Syrie était, en 2015, le deuxième client du Liban en termes d'exportations d'agrumes (4 393 tonnes pour 2,1 millions de dollars), derrière l'Arabie saoudite (près de 20 000 tonnes pour 3,4 millions de dollars).



 

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