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Campus - Volontariat

Des étudiants vétérinaires engagés auprès de ceux qui n’ont pas de voix

Fervents défenseurs de la faune sauvage au Liban, les volontaires dans l’ONG Lebanese Wildlife ont transformé leur passion en une mission de vie qui va bien au-delà des opérations de sauvetage.

Des étudiants vétérinaires engagés auprès de ceux qui n’ont pas de voix

Alexandra Youssef, cofondatrice et vice-présidente de Lebanese Wildlife, auprès d’une hyène rayée admise après avoir été percutée par une voiture.

Ce qui a réuni Aya Khouzamy, 23 ans, Marie Bitar, 21 ans, et Maher Harb, 24 ans, c’est bien plus que la passion pour les animaux qui les anime depuis leur plus jeune âge. C’est leur volonté de s’engager, corps et âme, en faveur de la protection des espèces les plus fragiles. « Depuis toujours, je me révoltais de voir des animaux enfermés dans des zoos, dans des cages, sans bénéficier d’un environnement adapté à leurs besoins », affirme Marie Bitar, étudiante en 4e année de médecine vétérinaire à la faculté d’agronomie de l’Université libanaise (UL). De même, Aya Khouzamy, étudiante de première année à l’Université de médecine vétérinaire de Budapest, regrette que la faune sauvage soit souvent mal comprise au Liban. « Les gens trouvent les chiens et les chats adorables, mais dès qu’ils voient un chacal ou un serpent, ils en ont peur, alors que ces animaux jouent un rôle essentiel dans l’équilibre de notre environnement. Je veux aider ceux qui sont les plus incompris et faire en sorte que les gens réalisent leur importance avant qu’il ne soit trop tard. Sensibiliser, c’est aussi une manière de les sauver et de leur donner une voix », assure Aya Khouzamy qui a rejoint l’ONG à 20 ans, alors qu’elle étudiait la biologie à l’AUB.Pour Maher Harb, étudiant en dernière année de médecine vétérinaire à la faculté d’agronomie de l’UL, les vétérinaires au Liban n’accordent pas toujours à la faune sauvage l’attention qu’elle mérite. « Ils se concentrent davantage sur les animaux domestiques ou d’élevage. Cela m’attriste car la faune sauvage fait partie de notre biodiversité. En tant que vétérinaires, il est important que nous contribuions à sa protection », explique cet étudiant qui a rejoint la Lebanese Wildlife il y a moins d’un an. Convaincue que la santé humaine est indissociable de celle des animaux, Marie Bitar donne l’exemple de la hyène rayée. « En consommant les carcasses, cet animal national contribue à limiter la propagation de certains agents pathogènes. Si une espèce disparaît, l’équilibre de tout l’écosystème est ébranlé, avec des conséquences qui peuvent aussi affecter l’être humain. C’est un cycle dont nous faisons partie et dont nous dépendons », assure-t-elle. En se portant volontaires au sein de Lebanese Wildlife, ces jeunes étudiants en médecine vétérinaire y ont trouvé un cadre d’apprentissage essentiel à la construction de leur parcours et à la réalisation de leur mission auprès de la faune sauvage.

Maher Harb auprès d’un grèbe secouru à la clinique.

Une journée typique… pas si ordinaire

Une journée de sauvetage commence par un message sur un groupe WhatsApp. « Chaque matin, il y a un cas à traiter. Et si l’on ne peut pas participer au sauvetage, on cherche au moins à organiser l’aide. Chacun apporte sa contribution, même si ce n’est qu’à hauteur de 1 % de ses possibilités », raconte Aya Khouzamy. « Les saisons de migration, au printemps et en automne, sont les plus chargées. Au Liban, le manque de sensibilisation à l’importance des oiseaux migrateurs fait que certains les chassent. Nous recueillons alors ceux qui sont blessés. Nous intervenons également pour les oisillons tombés de leur nid », note Maher Harb. Marie Bitar ajoute que pendant ces périodes-là, l’équipe peut passer la journée entière sur les routes, sans avoir le temps de s’arrêter pour manger. « C’est fatigant, mais extrêmement gratifiant. Voir un animal, apeuré au début, reprendre des forces, retrouver son comportement sauvage et vouloir s’échapper est le plus beau signe qu’il va mieux », avoue-t-elle. La cofondatrice et vice-présidente de Lebanese Wildlife, Alexandra Youssef, rééducatrice certifiée de faune sauvage, explique qu’après le sauvetage, les animaux sont généralement conduits à la clinique de l’ONG avant qu’elle se charge de leur réhabilitation. Face à l’augmentation des interventions, elle a formé les étudiants vétérinaires qui ont souhaité aider dans cette prise en charge. « Ils posent les bonnes questions, identifient les signes importants à surveiller et savent quelles informations rechercher. Je suis extrêmement fière d’eux ! » se réjouit-elle. Membre de Lebanese Wildlife depuis plus d’un an, Marie Bitar se remémore une journée de sauvetage qui l’avait particulièrement marquée. Après avoir sillonné le Metn pour diverses interventions, l’équipe se rend en fin de journée à Tyr, pour secourir un oiseau blessé. Après l’avoir récupéré, elle aperçoit, autour d’un buisson fleuri, des souimangas de Palestine. « C’était magnifique ! D’un côté, nous venions de sauver un oiseau blessé, de l’autre, nous contemplions des oiseaux en parfaite santé évoluer librement dans leur habitat naturel. Ce sont des moments qui vous rappellent pourquoi vous faites tout cela. C’était incroyablement gratifiant, et cela m’a permis de mesurer toute la beauté de la nature », sourit-elle.

Aya Khouzamy nourrissant un renardeau orphelin.

Chaque sauvetage me rend un peu plus forte

L’un des plus beaux souvenirs d’Aya Khouzamy remonte au jour de son anniversaire, lorsque après une randonnée avec l’équipe, ils ont été appelés pour secourir une petite chauve-souris blessée. C’était son tout premier sauvetage. « Tenir cette minuscule chauve-souris dans mes mains m’a profondément marquée. Je n’aurais jamais imaginé qu’un animal aussi fort et fascinant puisse être aussi vulnérable. Je suis restée à la contempler ! Heureusement, elle a survécu. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je voulais rester avec Lebanese Wildlife », lance-t-elle avec émotion. Depuis, grâce au soutien de sa mère, de nombreux animaux sauvages ont temporairement trouvé refuge chez Aya Khouzamy. Les accueillir lui apprend aussi à s’en séparer. « Je m’attache énormément à eux. J’essaie de rester forte pour pouvoir en accueillir d’autres. Certains me manquent beaucoup lorsqu’ils partent, même si je suis heureuse de les savoir libres. Pour d’autres, je me dis simplement qu’au moins, je vais pouvoir retrouver une chambre propre où je peux m’asseoir confortablement et respirer une odeur normale ! » dit-elle avec malice, en évoquant le renardeau qu’elle avait une fois accueilli. Cependant, cette étudiante avoue que le plus dur pour elle est « d’apprendre à dire au revoir », lorsque certains animaux meurent malgré les efforts déployés. Elle se souvient des jeunes hiboux gravement blessés qu’elle avait recueillis et dont les chances de survie étaient faibles. « Un seul a survécu. À chaque fois que l’un d’eux mourait, j’étais profondément déprimée. Je me levais uniquement pour les nourrir et m’occuper d’eux, puis je n’avais plus envie de sortir ni de voir personne. » Avec le temps, elle apprend à mieux gérer cette charge émotionnelle. « Je reste sensible, mais chaque sauvetage me rend un peu plus forte. » Selon Alexandra Youssef, voir des animaux mourir peut décourager certaines personnes, mais les étudiants en médecine vétérinaire l’abordent différemment. « Ils comprennent que cela fait partie du métier. Ils transforment ces expériences en apprentissages plutôt qu’en traumatismes ». Maher Harb évoque quant à lui un sauvetage mémorable, survenu au beau milieu de la nuit. Celui d’une tortue marine victime d’un problème cardiaque. Pour la maintenir dans de bonnes conditions, toute l’équipe s’était rendue à la plage pour récupérer de l’eau. « C’était une expérience éducative et un moment qui nous a rapprochés. La tortue était dans un état critique et j’ai eu le sentiment de réaliser enfin ce que je rêvais de faire enfant : aider concrètement les animaux », assure-t-il. Forte de 14 années d’expérience, Alexandra Youssef avoue n’avoir jamais été confrontée à un cas de sauvetage pareil. « Trois étudiants vétérinaires venaient justement de lire à propos d’une technique de réanimation adaptée aux tortues marines. Nous l’avons appliquée et elle a survécu. C’était un moment extraordinaire ! Leurs connaissances récentes ont réellement permis de sauver cet animal. Elles sont d’une valeur inestimable, à chaque intervention », affirme-t-elle, soulignant l’importance d’associer les étudiants bénévoles aux prises de décision.

Marie Bitar nourrissant un écureuil orphelin. Photos Lebanese Wildlife

Développer ses compétences pour servir la faune sauvage

Les jeunes volontaires prennent part en outre aux différents programmes de l’ONG, rejoignant l’équipe de la clinique, participant à la recherche et à la production de connaissances ou contribuant au programme d’éducation et de sensibilisation. « Pour les étudiants en médecine vétérinaire qui souhaitent concilier leurs études avec une expérience de terrain et un véritable apprentissage, notre ONG est un

excellent cadre. En tant que membres de l’International Wildlife Rehabilitation Council, nous appliquons des protocoles et des procédures conformes aux standards internationaux », note Alexandra Youssef qui souligne que l’ONG propose gratuitement des formations et des cours aux bénévoles, et bientôt au grand public. De même, Lebanese Wildlife accueille des volontaires issus d’horizons variés. Dans ce cadre, cette ONG collabore au nouveau programme « 100 heures de service communautaire » de l’USEK. Dès l’automne prochain, des étudiants de diverses disciplines s’y engageront ainsi, et pourront participer au projet de construction du premier hôpital dédié à la faune sauvage au Liban, dans la région de Jbeil. Pour Maher Harb, Marie Bitar et Aya Khouzamy, se spécialiser en faune sauvage et travailler au Liban est une certitude. « C’est difficile de voir un animal sauvage souffrir et de se dire : je ne sais pas quoi faire, je ne peux pas l’aider, je ne connais que les chiens et les chats. On se demande alors : qui va sauver ces animaux ? Quand viendra leur tour ? » lance l’étudiant de dernière année. Marie Bitar affirme ainsi que l’expérience au sein de Lebanese Wildlife leur apprend un volet de la médecine vétérinaire qui n’est pas enseigné à l’université. Quant à Aya Khouzamy, elle envisage de poursuivre sa formation et d’acquérir de l’expérience auprès de spécialistes à l’étranger. « Il y a beaucoup à apprendre ailleurs, et j’aimerais rapporter ces connaissances pour contribuer à la protection de la faune sauvage dans mon pays », espère-t-elle.

Ce qui a réuni Aya Khouzamy, 23 ans, Marie Bitar, 21 ans, et Maher Harb, 24 ans, c’est bien plus que la passion pour les animaux qui les anime depuis leur plus jeune âge. C’est leur volonté de s’engager, corps et âme, en faveur de la protection des espèces les plus fragiles. « Depuis toujours, je me révoltais de voir des animaux enfermés dans des zoos, dans des cages, sans bénéficier d’un environnement adapté à leurs besoins », affirme Marie Bitar, étudiante en 4e année de médecine vétérinaire à la faculté d’agronomie de l’Université libanaise (UL). De même, Aya Khouzamy, étudiante de première année à l’Université de médecine vétérinaire de Budapest, regrette que la faune sauvage soit souvent mal comprise au Liban. « Les gens trouvent les chiens et les chats adorables, mais dès...
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