Rechercher
Rechercher

Société - Double Explosion Au Port De Beyrouth

4-Août, an VI : « Des voix pour la vérité » veulent croire à la levée des derniers obstacles

Lors d’une table ronde organisée mardi, le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, a réaffirmé l’engagement du gouvernement à reconnaître sa responsabilité dans le soutien aux victimes,« jusqu’à ce que justice soit rendue ».

4-Août, an VI : « Des voix pour la vérité » veulent croire à la levée des derniers obstacles

Le port de Beyrouth, apres la double explosion du port de Beyrouth. Archives AFP

À quelques jours de la sixième commémoration de la double explosion du port de Beyrouth, survenue le 4 août 2020, les proches des victimes veulent croire que l'enquête judiciaire entre dans une phase décisive. Réunis mardi au cinéma Metropolis, à Mar Mikhaël, à l'occasion d'une rencontre intitulée « Des voix pour la vérité », organisée par le Comité des parents des victimes et la plateforme Beirut 607 – en référence à l'heure de la catastrophe (18 h 07) –, avocats et responsables ont estimé que plusieurs obstacles juridiques qui ont paralysé l'instruction ces dernières années avaient été levés, ouvrant la voie à une éventuelle mise en accusation des responsables.

Le juge d'instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, a achevé ses investigations fin mars et transmis le dossier au parquet de cassation pour réquisitoire. Des avocats espèrent désormais que l'acte d'accusation sera rendu dans les prochains mois, puis que les éventuels mandats d'arrêt seront exécutés sans interférence politique.

Une enquête longtemps paralysée

Intervenant lors de la rencontre, Chucri Haddad, avocat au sein du bureau des plaintes créé par le Conseil de l'Ordre des avocats de Beyrouth au lendemain de la catastrophe, est revenu sur les principales entraves qui ont jalonné l'enquête.

M. Haddad a notamment rappelé qu'en janvier 2023, l'ancien procureur général près la Cour de cassation, Ghassan Oueidate, avait poursuivi le juge Bitar pour usurpation de pouvoir, interdit à la police judiciaire de coopérer avec lui et ordonné la libération de dix-sept personnes détenues dans le cadre du dossier, provoquant un blocage quasi total de la procédure.

Pour sa part, Me Ghida Frangié, membre de Legal Agenda, a estimé que cette période était désormais révolue. Elle s'est félicitée de la décision rendue en janvier dernier écartant toute usurpation de pouvoir de la part du juge Bitar. « Les effets de ce coup sont désormais terminés », a-t-elle affirmé.

L'avocate est également revenue sur les nombreuses procédures introduites au fil des années par plusieurs responsables politiques mis en cause : recours en récusation, demandes de dessaisissement pour « suspicion légitime » ou actions en responsabilité contre l'État, visant tant le juge Bitar que les magistrats chargés d'examiner ces recours. Comparant le dossier à « un train obligé de s'arrêter à chaque station pour lever les obstacles », elle a estimé que « le cheminement discontinu de la justice est désormais arrivé à son terme ».

Selon elle, plusieurs décisions récentes témoignent de cette reprise. L'assemblée plénière de la Cour de cassation, longtemps empêchée de siéger faute de quorum, a rejeté ces derniers mois plusieurs recours. En janvier également, le tribunal de première instance de Beyrouth a condamné deux anciens ministres affiliés au mouvement chiite Amal, Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaïter, à verser de lourdes amendes de dommages et intérêts pour « abus dans l'exercice des droits de la défense ».

Pour Me Haddad et Me Frangié, le principal enjeu est désormais politique : les décisions que prendra le juge devront être appliquées. « C'est là que réside désormais le défi pour le pouvoir exécutif », a résumé Me Haddad, estimant qu'une condamnation dans ce dossier constituerait un précédent majeur, « un modèle » pour l'État de droit au Liban. Le président de la République, Joseph Aoun, avait affirmé, le 4 août 2025, que la redevabilité, « peu importe le rang des personnes concernées », constituait « une priorité absolue » de son mandat.

« Préserver la mémoire collective »

Le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, a de son côté insisté sur la responsabilité de l'État envers les victimes. Il a affirmé qu'à l'occasion du cinquième anniversaire de la catastrophe, le gouvernement avait « pour la première fois, reconnu sa responsabilité dans le soutien aux victimes » cherchant à faire établir les défaillances et à identifier leurs auteurs.

Selon lui, cette reconnaissance, formulée lors d'une réunion tenue en août dernier avec les familles des victimes en présence du chef du gouvernement, Nawaf Salam, marque « une étape vers la redevabilité ». Le ministre a assuré avoir engagé un dialogue permanent avec les proches des victimes, estimant qu'« il est du devoir du gouvernement de les soutenir jusqu'à ce que justice soit faite ».

M. Salamé a également défendu la préservation de la mémoire de la catastrophe. Estimant que si les familles ont « le droit d'oublier », l'État et les Libanais ont, eux, « le devoir de préserver la mémoire collective », il a rappelé avoir inscrit les silos du port de Beyrouth à l'inventaire général du patrimoine national. Cette décision est revenue sur le projet de démolition approuvé en 2022 par le gouvernement de Nagib Mikati, au nom des risques d'effondrement, mais vivement contesté par les familles des victimes, qui considèrent que les silos doivent rester un « témoin silencieux » d’un crime ... pour l'instant toujours impuni.

À quelques jours de la sixième commémoration de la double explosion du port de Beyrouth, survenue le 4 août 2020, les proches des victimes veulent croire que l'enquête judiciaire entre dans une phase décisive. Réunis mardi au cinéma Metropolis, à Mar Mikhaël, à l'occasion d'une rencontre intitulée « Des voix pour la vérité », organisée par le Comité des parents des victimes et la plateforme Beirut 607 – en référence à l'heure de la catastrophe (18 h 07) –, avocats et responsables ont estimé que plusieurs obstacles juridiques qui ont paralysé l'instruction ces dernières années avaient été levés, ouvrant la voie à une éventuelle mise en accusation des responsables.Le juge d'instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, a achevé ses investigations fin mars et transmis le...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut