Le président turc Recep Tayyip Erdogan visiblement ému lors des funérailles d’une victime du putsch avorté, et dont il était très proche. Bulent Kilic/AFP
Le régime d'Erdogan a commencé hier à enterrer ses « martyrs » du putsch raté, tout en intensifiant sa lutte contre le « virus » factieux attirant à la Turquie une volée de mises en garde internationales.
« Nous allons continuer d'éliminer le virus de toutes les institutions étatiques », a lancé M. Erdogan lors de la prière aux morts dans la mosquée Fatih. « Hélas ce virus, comme un cancer, s'est propagé à tout l'État », a-t-il déploré. « Le grand ménage continue », a de son côté déclaré le ministre de la Justice, Bekir Bozdag, chiffrant à « environ 6 000 » les gardes à vue de l'après-coup d'État. Selon l'agence Anadolu, 70 généraux et amiraux figurent dans cette liste, qui compte parmi ses personnalités les plus emblématiques Erdal Öztürk, commandant de la troisième armée, et Adem Huduti, commandant de la deuxième armée. Des officiers ont aussi été arrêtés sur la base d'Inçirlik (Sud), utilisée par la coalition internationale pour ses raids contre les jihadistes en Syrie, selon le quotidien Hürriyet, et qui a rouvert hier. Le coup de filet vise aussi la justice : des mandats d'arrêt ont été délivrés à l'encontre de 2 745 juges et procureurs, selon l'agence Anadolu.
Les personnes arrêtées sont soupçonnées de liens avec le prédicateur exilé aux États-Unis Fethullah Gülen. Accusé par le président Erdogan d'avoir fomenté cette tentative de putsch, l'imam a fermement démenti. M. Erdogan a demandé l'extradition de sa bête noire à Washington. Le ministre du Travail, Suleyman Soylu, est allé plus loin. « Derrière ce coup, il y a les États-Unis. Quelques magazines publiés là-bas mènent des actions depuis quelques mois. Les États-Unis ont l'obligation de nous livrer Fethullah Gülen », a-t-il dit.
Enfin,le bilan s'alourdit : la tentative de renversement du président Erdogan a fait au moins 290 morts à Ankara et Istanbul, dont plus de 100 putschistes.
Les larmes d'Erdogan
La journée a été rythmée par les funérailles des victimes loyalistes, au cours desquelles le président Erdogan a cédé à l'émotion. Il a d'ailleurs versé des larmes lors des obsèques d'un compagnon de route tué avec son fils de 16 ans par des putschistes.
Plus tard, il a également évoqué un sujet sensible : un possible rétablissement de la peine capitale en Turquie, officiellement abolie en 2004 dans le cadre de la candidature d'adhésion d'Ankara à l'Union européenne, devant une foule de sympathisants qui scandait : « Nous voulons la peine de mort. » « Nous entendons cette demande qui est la vôtre », a répondu le chef de l'État. « Notre gouvernement va en discuter avec l'opposition et une décision sera sans aucun doute prise », a-t-il ajouté à Istanbul.
Enfin, dans la soirée, la purge dans les rangs de l'armée s'est heurtée à des résistances sur la base aérienne de Konya (centre), une des principales du pays. Un responsable turc a évoqué des « affrontements entre les forces de sécurité et des putschistes résistant à leur arrestation ». L'agence Anadolu a ensuite rapporté que l'opération était terminée et que six militaires avaient été placés en garde à vue.
Le chef de l'État turc a également continué à galvaniser ses partisans, réitérant hier soir son appel aux Turcs à descendre dans les rues. « La veille pour la démocratie continue », a tweeté le ministre aux Affaires européennes, Omer Celik. Des milliers de Turcs avaient célébré samedi soir l'échec du coup d'État, notamment à Istanbul, Ankara et Izmir, sous des forêts de drapeaux rouges.
Mise en garde de la communauté internationale
La communauté internationale a dans ce contexte mis en garde la Turquie contre la tentation d'une répression généralisée. Le président américain Barack Obama a rappelé « le besoin vital » que toutes les parties concernées « agissent dans le cadre de l'État de droit ». Le coup d'État raté en Turquie n'est pas un « chèque en blanc » au président Erdogan pour faire des « purges », a estimé de son côté le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault. Le coup d'État ne doit pas être exploité comme une « carte blanche pour l'arbitraire », a fait écho son homologue autrichien, Sebastian Kurz. Même son de cloche à Bruxelles, où la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a souligné que le respect « de l'État de droit et de la démocratie sont (...) le meilleur moyen pour affronter les difficultés que la Turquie vit ». Des préoccupations que n'a pas semblé partager Vladimir Poutine, qui a « souhaité un retour rapide à l'ordre constitutionnel et à la stabilité » en Turquie.
(Source : AFP)


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