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Moyen Orient et Monde - Reportages

« C’est comme si la moitié du pays nous hurlait dessus en disant qu’on ne compte pas »

L'amertume des europhiles au premier jour du Brexit à Londres.

Un homme prenant un journal titrant sur le Brexit. Léon Neal/AFP

Un groupe de collègues, britanniques, portugais, indiens et français, attablés dans le jardin d'un restaurant portugais du Sud londonien. Il fait beau, il fait bon, mais le déjeuner a comme un arrière-goût amer : le Brexit est au menu. « Ça fait cinq ans que je vis ici et je n'ai jamais senti que je n'étais pas à ma place. Jusqu'à aujourd'hui », regrette Carlos Velazquez, un Portugais de 29 ans, travailleur humanitaire. « C'est comme si la moitié du pays nous hurlait dessus en disant qu'on ne compte pas », dit-il. Ce qui le chagrine ? La promesse du camp du Brexit de limiter l'immigration en provenance des autres pays de l'UE, même si le maire de Londres, Sadiq Khan, a voulu rassurer les expatriés de la ville en assurant que leur situation ne changera pas.
Le Premier ministre démissionnaire David Cameron a, quant à lui, affirmé qu'il n'y aura pas de « changements immédiats » pour les Européens vivant au Royaume-Uni. N'empêche. Le malaise est là. « Si vous mettez à la porte tous les immigrés de Londres, la ville va s'effondrer », estime Carlos. Parmi ses collègues, il y a Georgina Nicoli, une Britannique de 36 ans, déçue par ses compatriotes, qui ont été 51,9 % à voter pour rompre avec l'Union européenne. « La moitié de la population n'est pas d'accord avec ça, mais nous devons quand même faire avec, se lamente-t-elle. C'est vraiment flippant pour l'avenir. Et cela concerne aussi la manière dont nous sommes vus par le reste du monde. C'est décevant, carrément décevant. »

« Sentiment anti-immigration »
« Il y a un vrai sentiment anti-immigration, enchaîne Aapuru Jain, un Indien de 21 ans. Aujourd'hui, c'est contre les Européens. Mais, demain, ça pourrait viser les Indiens. »
Les résultats du référendum sont tombés hier au petit matin, et, comme beaucoup au Royaume-Uni, ce groupe de collègues a été surpris par la victoire du camp du Brexit. « Je pensais que (le maintien dans l'UE) passerait », confie Carlos, reconnaissant vivre « dans la bulle de Londres », où 60 % des électeurs ont voté pour rester dans le giron européen. Comme beaucoup d'étrangers vivant au Royaume-Uni, ces jeunes s'interrogent sur leur présence dans le pays. Resteront-ils ? Auront-ils envie de rester ? Pourront-ils rester ? « J'aimerais bien rester, si c'est possible », dit Mailys Flajoliet, une Française de 24 ans. « Il y a une grosse communauté française ici, on se sent bien », ajoute-t-elle. Quant au Brexit, elle regrette que les Britanniques n'aient pas davantage pris en compte l'idéal d'une Europe unie. « La génération de mes grands-parents a grandi avec un sentiment de haine envers les Allemands », explique-t-elle, Seconde Guerre mondiale oblige. « Mais, pour nous, la paix nous semble quelque chose de normal, nous la prenons pour acquise, dit la jeune femme. J'ai étudié à Paris, Berlin et Londres. C'est ça l'Europe. La paix et la coopération. Ce n'est pas partir chacun de son côté. »

Alice RITCHIE/AFP

Un groupe de collègues, britanniques, portugais, indiens et français, attablés dans le jardin d'un restaurant portugais du Sud londonien. Il fait beau, il fait bon, mais le déjeuner a comme un arrière-goût amer : le Brexit est au menu. « Ça fait cinq ans que je vis ici et je n'ai jamais senti que je n'étais pas à ma place. Jusqu'à aujourd'hui », regrette Carlos Velazquez, un Portugais de 29 ans, travailleur humanitaire. « C'est comme si la moitié du pays nous hurlait dessus en disant qu'on ne compte pas », dit-il. Ce qui le chagrine ? La promesse du camp du Brexit de limiter l'immigration en provenance des autres pays de l'UE, même si le maire de Londres, Sadiq Khan, a voulu rassurer les expatriés de la ville en assurant que leur situation ne changera pas.Le Premier ministre démissionnaire David Cameron a, quant à...
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