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Culture

Une nouvelle capitale : qu’est-ce qui attend les Libanais ?

Urbanisme
25/06/2016

Il y a quelques mois, la nouvelle a été publiée dans plusieurs revues spécialisées et agences de presse telles que The Executive Magazine, Mena Forum, Design Mena et d'autres. Le plan pour le développement d'une nouvelle capitale pour le Liban a pris de l'élan. L'Orient-Le Jour a rencontré trois experts qui ont suivi de près l'évolution de ce plan ambitieux, et a pu obtenir des informations confidentielles de la part de T.T. Germanian, conseiller de marchés du Moyen-Orient, Sami el-Khoury, urbaniste et archéologue, ainsi que Abu Noah, chercheur en politique économique du monde arabe.

Quelles sont les raisons qui justifient le choix de construire une nouvelle capitale pour le Liban ?
T.T.G. : Je crois que l'on peut trouver de nombreuses raisons pour la création d'une nouvelle capitale libanaise. Du point de vue pratique, il y a des restrictions liées à la capitale actuelle, qui font qu'il n'y a plus suffisamment d'espace pour le développement, surtout dans les banlieues de Beyrouth. Le pays a un taux d'urbanisation de 88 %, selon le UNHabitat. Cela représente l'une des plus hautes concentrations dans le monde. Mais à présent, l'occasion se présente de faire quelque chose de nouveau, de totalement différent de tout ce qu'on a eu jusque-là.

A.N. : Je suis tout à fait d'accord. Aujourd'hui, les permis de construire ne tiennent pas suffisamment en compte l'intégration dans le contexte urbain. À Beyrouth, de plus en plus de chantiers restent inachevés par manque d'acheteurs. Le boom de la construction, qui a débuté en 2004, a été interrompu par la crise immobilière. Finalement, nous avons là l'occasion de créer un plan structuré pour une nouvelle ville, qui nous évitera des problèmes de ce genre.

Quels sont donc les avantages de ce projet ?
T.T.G. : En fait, sur la question, tant débattue auparavant, de l'aquifère cachée dans la montagne, je n'ai pas encore le droit de m'exprimer. Mais je peux dire néanmoins que l'aspect écologique reste sans doute l'un des points les plus positifs du projet. Du point de vue énergétique, le plan est clair : chauffage solaire, centrales photovoltaïques et éoliennes géantes (aussi en offshore), collecte des eaux, traitement des déchets suivant une technologie des plus avancées au monde, etc. Il y aura deux infrastructures de transport : un système complètement automatisé de livraison par drones et de véhicules autopropulsés, et la totalité des ressources énergétiques sera sans combustible fossile. En outre, il y a des échanges en cours avec Mask Enterprise Group à propos d'un cosmodrome – je ne peux pas en dire plus pour l'instant.

Quels sont les modèles dont cette nouvelle ville s'est inspirée ?
T.T.G. : Il faudrait retourner 2 000 ans en arrière, parce que la ville a toujours été conçue comme un espace de promesses et de libertés, un endroit où les gens peuvent réaliser pleinement leur potentiel. Et si l'on considère la nature religieuse de la cité sur la colline, ou bien celle politique du citoyen libre de choisir ses propres croyances, il y a beaucoup de possibilités. Souvent, plusieurs sources se réunissent quand on a à faire à des projets fort ambitieux. Comme vous savez, il y a des villes qui sont construites seulement pour porter le nom de leur mécène, d'autres pour montrer qu'elles ont la tour la plus haute. Et, bien sûr, certaines villes répondent au besoin de changement, dû au fait que la capitale est devenue inadéquate. L'expérience française de Versailles ou bien l'allemande de Frédéric le Grand à Berlin ont été inspirées par l'esprit de la Renaissance et par l'idée d'une forme d'éveil spirituel dans la vie des habitants. Dans tout cela, il y avait des inspirations de nature culturelle, politique, financière ou personnelle. Je crois qu'il y a un peu de tout cela dans le projet en question.

Y a-t-il, par ailleurs, l'ambition que la nouvelle capitale devienne un modèle pour d'autres villes futures ?
T.T.G. : Il faut sans doute considérer cet aspect sous l'angle du contexte libanais. Si le projet réussit au Liban, il peut réussir partout dans le monde. La société libanaise est multiculturelle et multiconfessionnelle. Il s'agit d'un système très complexe, concentré dans un espace limité. Et il faut dire que, de plus en plus, les villes contemporaines deviennent à l'image de Beyrouth. Jusqu'au siècle dernier, le grand melting-pot était New York, une communauté de migrants qui intégrait des flux de gens venant des quatre coins du monde. Ce modèle n'est peut-être plus valable pour le XXIe siècle, puisqu'il existe désormais une population migratoire globale. L'Internet, les réseaux sociaux, la productivité urbaine contemporaine nous dominent, et ce sont les influences d'aujourd'hui. C'est un paradigme qui doit encore être développé, un modèle multiculturel sur un arrière-plan multiculturel. Le Liban peut devenir un très bon ballon d'essai dans ce sens.

Que représenterait la nouvelle capitale, au niveau politique ?
T.T.G. : Le Liban a une situation très particulière, parce qu'il est aimé par tellement de pays. Et tout le monde désire s'en occuper. À commencer par nos voisins les plus proches, à l'Est, ou au Sud, puis par les plus lointains... Ils ont tous une base historique ou sociale, politique, culturelle, économique pour asseoir leur emprise. Il va de soi que le Liban s'est habitué, plus que tout autre, à demander l'avis d'autres pays sur bon nombre de questions. Par conséquent, j'imagine que les autres nations observeront avec beaucoup d'attention le modèle de la nouvelle ville et verront s'il est à la hauteur de leurs attentes, ou pas. Peut-être certains suivront l'exemple. On a déjà vu le cas d'exportation de paradigmes libanais dans d'autres endroits. Le quartier Eko Atlantic à Lagos ou bien le Abdali District à Amman sont des projets qui ont été empruntés à la pensée libanaise.

Pourrait-on en savoir plus sur l'emplacement prévu de la nouvelle capitale ?
T.T.G. : Il est encore prématuré d'en parler. Tout ce que l'on peut vous dire, c'est qu'une autoroute, placée sous la supervision des Nations unies, relierait les différentes régions du pays à sa nouvelle capitale. Et que la zone économique de la ville sera à statut multinational. Une zone de libre commerce et tax-free qui obéit aux lois libanaises, mais qui sera gérée également selon les réglementations de la communauté globale. Il y aurait donc des primes de production importantes. Et, comme les indexes de McDonald le prouvent, lorsque la productivité est concentrée dans une zone, le gain économique augmente. Les chances de stabilité et de paix également. C'est l'assomption principale de la géopolitique mondiale des cinquante dernières années.

Le secteur privé a joué un rôle central – dès l'époque ottomane jusqu'à nos jours – dans le développement urbain de Beyrouth. Quel serait son rôle, ainsi que celui du secteur public, dans la nouvelle capitale ?
S.K. : Il s'agit là, sans aucun doute, d'une question cruciale. La nouvelle capitale a pour but de concilier les intérêts privés et publics. À Beyrouth, l'intégration des découvertes archéologiques à l'entrée principale de bâtiments privés s'est avérée être une excellente initiative pour préserver au mieux le patrimoine local. Les investisseurs privés impliqués dans le projet de la nouvelle capitale sont conscients de l'importance du secteur public, et Beyrouth est déjà un exemple à ce niveau, même si malheureusement, cela n'a pas été compris par l'opinion publique.

T.T.G. : C'est juste : la possibilité d'adopter de nouvelles stratégies se présente là. Un nouveau début pour le XXIe siècle. N'oublions pas que la ville aura un profil écologique. D'un autre côté, certains de ses quartiers pourraient être vendus à des investisseurs qui seraient à même d'exploiter au mieux leurs potentialités et leurs caractéristiques uniques. Regardons par exemple le cas de Tom Barrack en Italie. On est face à une win-win situation : augmenter des initiatives privées avec des stratégies immobilières. Le cas échéant, si l'on s'assure que la nouvelle capitale est construite avec des canaux, lagunes et gondoles par exemple, sa valeur sur le marché sera bien plus importante que celle de Beyrouth aujourd'hui.

La nouvelle ville pourra-t-elle faire face à la crise de logement actuelle ?
T.T.G. : Sans doute. Le chemin de fer et la connexion maritime entre Beyrouth et la nouvelle capitale vont améliorer les conditions d'une large tranche de la population. Des partenariats privé-public couvriront tous les besoins à travers la construction de centres commerciaux, d'écoles, de zones résidentielles et commerciales. La stabilité du marché des loyers est une garantie au Liban. Le projet Economic City en Arabie saoudite était une bonne tentative, mais franchement, je trouve qu'une idée pareille à une échelle plus réduite au Liban se soldera par un succès sans précédent. Un modèle à vendre à d'autres pays comme la France, la Nouvelle-Zélande ou le Brésil... Il y a beaucoup de bénéfices à tirer de l'activation d'un modèle urbain innovateur. J'ai pu parler avec une société leader dans les systèmes vidéo, mais ils ont un bureau au centre-ville. Grâce à eux, la nouvelle capitale sera entièrement couverte par des transmissions vidéo 3D. Ce sera le premier agglomérat d'économie du savoir joignant le secteur public et privé, non seulement dans le monde, mais dans tout le système solaire. On n'a qu'à gagner de tout cela.

Comment s'appellera cette nouvelle capitale ?
A.N. : On ne peut pas tout vous dévoiler ! Pas encore...

 

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Karim A.

C’est un poisson d’avril, j’espère !. lol

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