Votez « Remain ». Ces annonces publicitaires circulaient hier à Londres appelant les Britanniques à voter pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE. Odd Andersen /AFP
Les Britanniques semblent se diriger vers un maintien dans l'Union européenne, a reconnu hier soir, à l'heure de mettre sous presse, un ténor de la campagne pour le Brexit au moment où le dépouillement des bulletins commençait à l'issue d'un référendum crucial pour l'avenir du Royaume-Uni et de l'Union européenne.
« Il semble qu'un maintien dans l'UE a l'avantage » lors de ce référendum à très hauts risques, a déclaré Nigel Farage, leader du parti europhobe UKIP, à la chaîne d'informations en continu Sky News. « La campagne sur le référendum a été extraordinaire, le taux de participation s'est avéré exceptionnellement élevé, et il semblerait qu'un maintien dans l'UE ait l'avantage. UKIP et moi resterons ici, et le parti continuera à croître à l'avenir », a-t-il ainsi affirmé. Un porte-parole du camp du Brexit a néanmoins mis en doute, un peu plus tard, les propos prêtés par la chaîne Sky News à Nigel Farage. Dans la foulée, ce dernier a précisé son propos, déclarant prédire une victoire du « Remain » à partir de ce qu'il a appris auprès de certains de ses amis dans les marchés financiers qui ont mené un important travail de sondage.
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Un ultime sondage YouGov publié à la clôture des bureaux de vote a également donné le maintien dans l'UE en tête à 52 % contre 48 %. « Le résultat est serré et il est trop tôt pour donner un verdict. Mais ce sondage suggère qu'une victoire du "Remain" (rester) est l'issue la plus probable », a commenté Joe Twyman de l'institut YouGoV.
Un sondage Ipsos-Mori réalisé mercredi et jeudi donnait aussi le camp du maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne vainqueur avec 54 % des voix contre 46 % pour le Brexit, a annoncé dans la soirée le directeur de l'institut, Ben Page, sur Twitter. Par contre TNS et Opinium, deux autres instituts de sondage, indiquaient que le vote pro-Brexit serait légèrement en avance.
Les bookmakers ont également tous misé sur un « Remain » dont les chances ont été réévaluées au-delà des 85 % par plusieurs sociétés de paris.
Le résultat officiel de ce référendum aux enjeux énormes pour l'avenir du Royaume-Uni et du reste de l'Europe devait être annoncé vendredi au petit matin (heures locales).
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Un désastre
À l'issue d'une campagne passionnée, axée sur l'immigration et l'économie, les électeurs se sont pressés hier pour déposer leur bulletin de vote. Hier soir, les journaux britanniques faisaient état d'une participation tournant autour de 70 %. Un chiffre non officiel.
Dans les bureaux de vote, les électeurs étaient partagés. À Manchester, où le résultat officiel devait être proclamé tôt vendredi matin, David Wright, avocat, estimait que « le désir de stabilité, l'aspect économique (allaient) faire la différence ». « Ce serait un désastre pour l'économie si nous partions », s'alarmait Peter Davies, employé dans le secteur informatique de 55 ans, à Havering dans l'est de Londres.
John Thompson, 57 ans, qui travaille dans l'immobilier à Londres, penchait, lui, vers une sortie de l'UE : « Je suis pour la liberté et l'autonomie et je ne pense pas que l'Europe puisse nous l'offrir », a-t-il dit à l'AFP.
Dans l'europhile Écosse, certains soulignaient qu'un Brexit pourrait justifier l'organisation d'un nouveau référendum d'indépendance, après celui de septembre 2014, comme le souhaitent les nationalistes du parti SNP. « L'UE ne fonctionne pas mais je ne veux pas que le Parlement britannique ait les pleins pouvoirs », tranchait sur place Connor McGarry, un marin de 25 ans.
Le Premier ministre britannique David Cameron, qui a mis en jeu sa crédibilité en menant campagne pour le maintien dans l'UE, a voté à Londres sans faire de déclaration. Il a appelé un peu plus tard, sur Twitter, ses compatriotes à opter pour le maintien, gage selon lui d'un « avenir meilleur ».
Le leader de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn, pro-UE lui aussi, interrogé sur les chances de victoire de son camp, a choisi l'humour : « Vous pouvez toujours demander aux bookmakers. » « Si vous voulez récupérer vos frontières, votre démocratie et votre pays, alors votez Leave », avait, quant à lui, tweeté Nigel Farage pour mobiliser ses troupes.
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Boîte de Pandore
L'enjeu est de taille et tous les dirigeants européens sont intervenus pour retenir les Britanniques, conscients que leur départ ferait peser une menace de désintégration du club des pays membres de l'UE.
Le président français François Hollande a estimé qu'il faudra « engager une relance de la construction européenne », quelle que soit l'issue du référendum. Il a souhaité apprendre ce matin « qu'ils sont restés dans l'Union européenne, parce que c'est leur place ». La chancelière allemande Angela Merkel avait formulé le même souhait la veille.
Outre les conséquences économiques immédiates pour le pays et au-delà, un Brexit serait dommageable à plus long terme, ont prévenu les grandes institutions financières internationales, du FMI à l'OCDE. Il ouvrirait aussi une période de turbulences politiques, avec un probable départ de David Cameron qui n'a eu de cesse de plaider pour le maintien dans l'UE.
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Côté pro-Brexit, l'ex-maire de Londres Boris Johnson a pris la tête des conservateurs eurosceptiques et prédit des lendemains radieux aux Britanniques s'ils retrouvent leur « indépendance ».
Cherchant à freiner les divisions au sein de son Parti conservateur sur l'UE, M. Cameron avait annoncé en janvier 2013 la tenue de ce référendum. Mais il a ouvert la boîte de Pandore et déchaîné les passions, attisées par les redoutables tabloïds britanniques, toujours prompts à vilipender l'UE.
Dans cette atmosphère toxique, le meurtre de la députée pro-UE Jo Cox la semaine dernière, par un homme invoquant la « liberté pour le Royaume-Uni », a sidéré le pays, sans que l'impact de ce drame sur le vote ne puisse être mesuré.
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