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Économie

Gaz offshore : de vieilles données peuvent-elles permettre de débloquer le dossier au Liban ?

Liban - Hydrocarbures

Un rapport récent de l'Autorité de l'énergie, qui exploite des données sismiques de 2002, confirmerait des indices de réserves importantes dans la zone maritime contestée entre le Liban et Israël.

23/06/2016

Depuis samedi, la classe politique libanaise semble à nouveau gagnée par la fièvre de l'or bleu (et noir)... Depuis que Nabih Berry a, à grand renfort de publicité préalable, réintroduit la question de l'adoption de décrets essentiels au lancement du processus d'exploitation des ressources en hydrocarbures offshore, lors de la session du dialogue national de lundi, les déclarations politiques se sont multipliées pour réclamer la réactivation d'un dossier très longtemps paralysé. « M. Berry cherche à obtenir une position politique unifiée pour lancer l'appel d'offres, car ce secteur pourra rapporter beaucoup à notre économie », assure à L'Orient-Le Jour un conseiller du président du Parlement Ali Hamdan.
Pour rappel, l'ajournement successif de l'adoption de ces deux décrets – pour des raisons strictement politiques – empêche toujours les 46 compagnies qui s'étaient qualifiées en avril 2013 pour participer à l'appel d'offres sur l'attribution de ces licences d'exploration de présenter leurs offres. Le premier décret définit les coordonnées des dix blocs de concession prévus dans la Zone économique exclusive (ZEE) du Liban ; le second précise les modalités du contrat d'exploration et de production devant lier l'État aux concessionnaires.

 

(Lire aussi : La faillite politique, principale accusée dans le dossier du gaz offshore)

 

Chaînon manquant
De fait, la tentative de M. Berry n'est pas nouvelle, et les précédentes, en décembre et juin 2015, n'avaient guère été fructueuses. Selon les observateurs interrogés par L'Orient-Le Jour, elle s'appuierait cette fois sur des éléments contenus dans un rapport de l'Autorité de l'énergie (LPA) remis il y a deux semaines au ministre de l'Énergie et de l'Eau, Arthur Nazarian. Ce dernier l'a ensuite transmis à Nabih Berry et au Premier ministre, Tammam Salam. Tous trois se sont alors réunis vendredi dernier avec des membres de la LPA pour discuter des conclusions de ce rapport, qui confirmerait la présence de réserves importantes d'hydrocarbures dans une zone particulièrement stratégique, objet d'un litige frontalier entre le Liban et Israël. Un litige qui dure depuis la décision prise par Tel-Aviv en 2011 d'officialiser sa ZEE en empiétant d'environ 850 km2 sur celle – totalisant 22 730 km2 – déclarée un an plus tôt par Beyrouth à l'Onu.
Pour les autorités libanaises, ces conclusions constitueraient l'un des chaînons manquants aux nombreuses estimations du potentiel en hydrocarbures dont elles disposaient jusque-là. Or paradoxalement, ces conclusions reposent sur des données remontant à plus d'une décennie !

 

(Lire aussi : « Il faut relancer l'attribution des blocs d'exploitation de gaz »)

 

« Elles sont issues de l'analyse des résultats d'une étude sismique réalisée en 2002 par la société britannique TGS, suite à un accord verbal avec le ministère de l'Énergie. Mais l'État libanais et a fortiori la LPA (créée fin 2012, NDLR) n'ont pu y avoir accès que très récemment, suite à un accord juridique avec TGS », explique à L'Orient-Le Jour une source proche du dossier.
Paradoxalement, ces études sismiques en 2D sont bien moins précises que celles en 3D menées, environ une décennie plus tard, par la société américaine PGS (sur une zone de 9 700 km2 répartis sur tout ou partie de 8 blocs) et la britannique Spectrum (sur 5 200 km2, principalement dans les blocs 3 et 5). « C'est la première fois que nous disposons de données sur l'étendue de gisements potentiels sur les parties des blocs 8 et 9 situées dans la zone contestée. Car ni PGS ni Sprectrum ne pouvaient y envoyer leurs navires, les compagnies d'assurances refusant de couvrir des opérations dans cette zone. Un problème que n'a pas eu TGS, qui a réalisé son étude bien avant que le litige ne soit soulevé... » résume la source précitée. « C'est important pour le Liban d'avoir ces informations, avant qu'il ne commence à négocier les contrats d'attribution des blocs avec les compagnies », confirme Valérie Marcel, chercheuse au Royal Institute of International Affairs.

 

(Lire aussi : « Le Liban doit profiter de la baisse des prix du brut pour lancer l'exploration »)

 

Risque de siphonnage israélien
À ce stade, le rapport de la LPA ne permet néanmoins pas de réévaluer le potentiel théorique supplémentaire en gaz et en pétrole de cette zone. « Cela nécessite d'exploiter et croiser davantage ces données. Mais de toute façon, tous les chiffres qui ont circulé sur le potentiel gazier du Liban restent très approximatifs et seuls les premiers forages exploratoires permettront de l'évaluer avec précision », indique la source précitée.
« Cette étude rappelle aussi le risque d'un siphonnage, par forage horizontal, des ressources gazières par Israël dans la mesure où elles ont confirmé que le gisement israélien de Karish – non encore exploité – est situé à environ 5 km de ceux des blocs 8 et 9 », ajoute-t-elle. Quant à la médiation américaine entre les deux pays, elle ne paraît pas appelée à connaître des résultats immédiats. « Lors de sa visite au Liban (le 26 mai), le secrétaire d'État adjoint américain à l'Énergie, Amos Hochstein, nous a annoncé qu'il négociera à nouveau avec les Israéliens avant de revenir vers nous pour résoudre ce conflit », indique simplement M. Hamdan. Pour rappel, le Liban avait déjà refusé il y a trois ans une première proposition consistant à ne lui accorder que 55 % de la zone contestée.
Un argument supplémentaire pour tous les observateurs soulignant depuis des années le retard pris par le Liban dans une course à l'exploitation du gaz en eaux profondes qui ne cesse de s'intensifier dans le bassin méditerranéen. Avec l'annonce, fin août 2015, de la découverte du gisement Zohr qui recèlerait à lui seul 850 milliards de m3 de gaz, l'Égypte a ainsi rejoint Chypre, la Turquie et Israël parmi les prétendants. L'État hébreu a d'ailleurs surmonté la controverse juridique qui pouvait entraver son avance en signant, le 22 mai dernier, un nouvel accord avec le consortium israélo-américain exploitant Leviathan et Tamar (opérationnel depuis 2013).
De quoi espérer une soudaine prise de conscience collective de la part de responsables politiques dont personne ne comprend bien les raisons – officielles, du moins – de discorde sur ce dossier ? Rien n'est moins sûr. « C'est à Tammam Salam de faire avancer les choses. Il doit convoquer le comité interministériel, formé il y a plus d'un an et demi, pour que ce dernier approuve les deux décrets en suspens. Ensuite, le Conseil des ministres sera en mesure de les voter », déclare à L'Orient-Le Jour Arthur Nazarian. De son côté, le chef du parti Kataëb Samy Gemayel a, lui, déclaré hier qu'il allait s'opposer à toute décision sur ce dossier prise par un gouvernement « corrompu ».

 

 

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