Impact Journalism Day

Urbanisme

En situation de précarité, des villageois sortent de l'ornière grâce à l'agro-écologie

L'expérience du village Brachoua au Maroc est une belle leçon de développement durable en autofinancement. Voulant sortir de la précarité et améliorer leurs conditions de vie, les habitants ont réussi, en seulement deux années, à devenir autosuffisants, à sortir de l'anonymat et faire de leur village une destination touristique rentable tout en développant une vision durable pour l'avenir de leur communauté.

Sabrina BELHOUARI | L'Économiste/MAROC
25/06/2016

Situé à 50 kilomètres de Rabat, le village de Brachoua a longtemps vécu sans eau courante ni électricité.
Face à cette situation de précarité, rendue encore plus difficile par le peu de ressources économiques, les villageois, 60 familles, ont décidé de se regrouper au sein de l'Association Agriculteur moderne et de chercher des solutions pour sortir de l'ornière.


Épaulés par l'Association Ibn Albaytar (AIA), ils se lancent dans l'aventure fin 2013. «Après un premier contact avec les membres de l'ONG Agriculteur moderne, nous avons fait visiter aux villageois une ferme biologique aux environs de Rabat», raconte Mohammad Chefchaouni de l'Association Ibn Albaytar.
Les villageois, comme de véritables managers, visitent la ferme biologique, tentent de cerner et comprendre les techniques. «L'idée les a inspirés et ils nous ont proposé de dupliquer le même schéma chez eux», poursuit Mohammad Chefchaouni. Plus précisément, les villageois décident de se lancer dans la permaculture pour assurer leur autosuffisance alimentaire.
Une activité qui allait, par la même occasion, apporter au village des revenus supplémentaires étant donné une demande grandissante de produits bio.


Avec l'aide de quelques membres des «Incroyables Comestibles» (1), le travail commence par l'initiation au jardin potager au profit des habitants du village et des élèves d'une école de la région. Cette opération a permis d'introduire les premières notions de développement durable au sein de la communauté des Brachoua. De 2013 à 2015, le nombre des jardins est passé de 1 à 40.


La deuxième étape de développement économique du village a porté sur la valorisation des produits du terroir. Le poulet et les œufs, le pain traditionnel et assimilés, le couscous et la gastronomie locale ont été très appréciés lors de la première réception au cours de laquelle ont été conviés des membres de l'AIA. De là est née l'idée, dans un premier temps, de vendre directement ces produits aux clients de la ville au lieu de passer par le souk, en proposant des paniers de produits du terroir une fois par semaine. Ainsi, le poulet qui se vendait au souk à 60 dirhams (6,2 USD; 5,5 euros) et l'œuf à 1,20 dirham (0,13 USD; 0,12 euro), a été écoulé à 80 dirhams (8,5 USD; 7,5 euros) et 1,5 dirham (0,17 USD; 0,15 euro) grâce à la vente directe au client final.

 

Création d'une coopérative
Par la suite, les femmes du village ont été accompagnées par l'AIA pour la création d'une coopérative dédiée à la fabrication du couscous.
Sous la houlette de la nouvelle structure et en véritables représentants du village, elles vont participer à de nombreux événements dans la capitale pour faire connaître les produits de Brachoua et les atouts de leur région.
Au fil des rencontres, expositions et visites au village des membres de l'association accompagnés de leurs familles, une nouvelle activité économique est née. En effet, la beauté du village, entouré d'une forêt et de ruisseaux, a donné l'idée d'établir un circuit touristique pour les randonnées et le trekking. La rencontre avec l'habitant, la consommation de produits locaux et le tourisme rural seront ainsi des cartes maîtresses. Aujourd'hui, le village reçoit jusqu'à 250 personnes par week-end, entre randonneurs et sorties éducatives pour les écoliers. Ce qui permet à une famille de gagner jusqu'à 600 dirhams (67,5 USD; 60 euros) en une journée.


L'expérience du village de Brachoua est intéressante à plus d'un titre. D'abord, elle a été imaginée, conçue et réalisée par la seule initiative des villageois, motivés par leur volonté de changer leur situation précaire et d'améliorer leur condition de vie. Cet état d'esprit est incontestablement la clé de la réussite du projet. L'intérêt de l'expérience tient aussi au fait qu'elle s'est réalisée en tenant compte du potentiel existant du village, sans apport financier extérieur.
À part 3000 dirhams (281 USD; 250 euros) nécessaires au démarrage du projet pour acheter le matériel de jardinage et les plants, aucun autre financement extérieur n'a été apporté. Aujourd'hui, le village dispose de l'électricité, de trois fontaines d'eau et est devenu une destination de tourisme rural connue dans la région. Les 60 familles y vivant sont autonomes, peuvent compter sur leurs propres ressources et sont conscientes de l'importance de préserver leur environnement, une source essentielle de revenu.

 

(1) Il s'agit d'une démarche participative citoyenne et solidaire mondiale qui vise l'autosuffisance alimentaire des territoires et la nourriture saine et partagée.

 

---

 Partager la réussite

La réussite du projet de développement du village Brachoua, avec la permaculture et le développement du tourisme écologique, a sorti le village de son anonymat et attiré l'attention d'organisations internationales. Ainsi, plusieurs membres du réseau des World Wide Opportunities on Organic Farms (WWOOF) ont effectué des séjours de travail pour la communauté dans le cadre du programme de WWoofing organisé en juin 2015. Ce contact a permis aux villageois de partager leur expérience avec des Allemands, des Américains, des Belges, des Chiliens et des Français.

 

 

 

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L'expérience du village Brachoua au Maroc est une belle leçon de développement durable en autofinancement. Voulant sortir de la précarité et améliorer leurs conditions de vie, les habitants ont réussi, en seulement deux années, à devenir autosuffisants, à sortir de l'anonymat et faire de leur village une destination touristique rentable tout en développant une vision durable pour l'avenir de leur communauté.

Sabrina BELHOUARI | L'Économiste/MAROC
25/06/2016

Situé à 50 kilomètres de Rabat, le village de Brachoua a longtemps vécu sans eau courante ni électricité.
Face à cette situation de précarité, rendue encore plus difficile par le peu de ressources économiques, les villageois, 60 familles, ont décidé de se regrouper au sein de l'Association Agriculteur moderne et de chercher des solutions pour sortir de l'ornière.


Épaulés par l'Association Ibn Albaytar (AIA), ils se lancent dans l'aventure fin 2013. «Après un premier contact avec les membres de l'ONG Agriculteur moderne, nous avons fait visiter aux villageois une ferme biologique aux environs de Rabat», raconte Mohammad Chefchaouni de l'Association Ibn Albaytar.
Les villageois, comme de véritables managers, visitent la ferme biologique, tentent de cerner et comprendre les techniques. «L'idée les a inspirés et ils nous ont proposé de dupliquer le même schéma chez eux», poursuit Mohammad Chefchaouni. Plus précisément, les villageois décident de se lancer dans la permaculture pour assurer leur autosuffisance alimentaire.
Une activité qui allait, par la même occasion, apporter au village des revenus supplémentaires étant donné une demande grandissante de produits bio.


Avec l'aide de quelques membres des «Incroyables Comestibles» (1), le travail commence par l'initiation au jardin potager au profit des habitants du village et des élèves d'une école de la région. Cette opération a permis d'introduire les premières notions de développement durable au sein de la communauté des Brachoua. De 2013 à 2015, le nombre des jardins est passé de 1 à 40.


La deuxième étape de développement économique du village a porté sur la valorisation des produits du terroir. Le poulet et les œufs, le pain traditionnel et assimilés, le couscous et la gastronomie locale ont été très appréciés lors de la première réception au cours de laquelle ont été conviés des membres de l'AIA. De là est née l'idée, dans un premier temps, de vendre directement ces produits aux clients de la ville au lieu de passer par le souk, en proposant des paniers de produits du terroir une fois par semaine. Ainsi, le poulet qui se vendait au souk à 60 dirhams (6,2 USD; 5,5 euros) et l'œuf à 1,20 dirham (0,13 USD; 0,12 euro), a été écoulé à 80 dirhams (8,5 USD; 7,5 euros) et 1,5 dirham (0,17 USD; 0,15 euro) grâce à la vente directe au client final.

 

Création d'une coopérative
Par la suite, les femmes du village ont été accompagnées par l'AIA pour la création d'une coopérative dédiée à la fabrication du couscous.
Sous la houlette de la nouvelle structure et en véritables représentants du village, elles vont participer à de nombreux événements dans la capitale pour faire connaître les produits de Brachoua et les atouts de leur région.
Au fil des rencontres, expositions et visites au village des membres de l'association accompagnés de leurs familles, une nouvelle activité économique est née. En effet, la beauté du village, entouré d'une forêt et de ruisseaux, a donné l'idée d'établir un circuit touristique pour les randonnées et le trekking. La rencontre avec l'habitant, la consommation de produits locaux et le tourisme rural seront ainsi des cartes maîtresses. Aujourd'hui, le village reçoit jusqu'à 250 personnes par week-end, entre randonneurs et sorties éducatives pour les écoliers. Ce qui permet à une famille de gagner jusqu'à 600 dirhams (67,5 USD; 60 euros) en une journée.


L'expérience du village de Brachoua est intéressante à plus d'un titre. D'abord, elle a été imaginée, conçue et réalisée par la seule initiative des villageois, motivés par leur volonté de changer leur situation précaire et d'améliorer leur condition de vie. Cet état d'esprit est incontestablement la clé de la réussite du projet. L'intérêt de l'expérience tient aussi au fait qu'elle s'est réalisée en tenant compte du potentiel existant du village, sans apport financier extérieur.
À part 3000 dirhams (281 USD; 250 euros) nécessaires au démarrage du projet pour acheter le matériel de jardinage et les plants, aucun autre financement extérieur n'a été apporté. Aujourd'hui, le village dispose de l'électricité, de trois fontaines d'eau et est devenu une destination de tourisme rural connue dans la région. Les 60 familles y vivant sont autonomes, peuvent compter sur leurs propres ressources et sont conscientes de l'importance de préserver leur environnement, une source essentielle de revenu.

 

(1) Il s'agit d'une démarche participative citoyenne et solidaire mondiale qui vise l'autosuffisance alimentaire des territoires et la nourriture saine et partagée.

 

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La réussite du projet de développement du village Brachoua, avec la permaculture et le développement du tourisme écologique, a sorti le village de son anonymat et attiré l'attention d'organisations internationales. Ainsi, plusieurs membres du réseau des World Wide Opportunities on Organic Farms (WWOOF) ont effectué des séjours de travail pour la communauté dans le cadre du programme de WWoofing organisé en juin 2015. Ce contact a permis aux villageois de partager leur expérience avec des Allemands, des Américains, des Belges, des Chiliens et des Français.

 

 

 

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