Impact Journalism Day

Environnement

Ressusciter les algues mortes pour un monde meilleur

Pour « PHEE », une jeune entreprise grecque, les algues pourraient bien être un investissement novateur de première classe.

Evi SALTOU | Ta Nea/GRECE
25/06/2016

Il y a environ trois ans, alors qu'il participe à une conférence sur l'entrepreneuriat, Stavros Tsompanidis entend le fondateur de Coco-mat, Paul Efmorfidis, expliquer que les algues peuvent être un atout pour la Grèce. À l'époque, une série de rencontres et de séminaires pour soutenir les jeunes entreprises vient de commencer et cela intéresse l'étudiant en finance de l'Université du Pirée, qui n'a alors que 20 ans. Stavros Tsompanidis veut se lancer dans le monde des affaires, et travailler avec des algues est l'idée qui l'incite à passer à l'action. Son plan : « Ressusciter » les algues mortes.


Pendant de nombreux mois, il étudie l'utilisation des feuilles mortes de la Posidonia oceanica, une algue que les vagues ramènent sur les plages grecques. C'est une plante marine qui pousse entre 1 et 35 mètres de profondeur (en fonction de la clarté de l'eau) dans de grands champs ou le long des canaux creusés dans le sable méditerranéen. Ses feuilles se décomposent à l'automne et les algues mortes s'accumulent sur le long des 46 000 kilomètres de littoral méditerranéen. La côte grecque s'étend sur 13 780 kilomètres, c'est donc 28% du total qui s'échoue sur les plages grecques.


À force de réflexion et de test, Stavros Tsompanidis finit par trouver la clé: la transformation des algues mortes en un matériau naturel à partir duquel il sera possible de créer des produits et accessoires recyclables – une innovation mondiale.


C'est ainsi que naît «PHEE». De jeunes gens avec différents parcours et compétences commencent à travailler aux côtés de Stavros, qui, lui, développe sa vision d'entreprise. Très rapidement, il est rejoint par l'ingénieur et aéronaute Nikolaos Athanasopoulos, de l'Université de Patras, qui cocrée la société avec lui, et y travaille en tant que chef de la recherche et du développement pour se focaliser sur la création de matériaux biosynthétiques.

 

Antidécharges
En parlant avec les habitants des villes côtières, l'équipe découvre qu'environ 200 à 250 tonnes d'algues s'échouent en moyenne chaque année sur les plages de chaque région. «Nous avons réalisé que le matériau brut est juste là, disponible en énormes quantités. En même temps, les villes dépensent énormément d'argent pour nettoyer leurs plages et en enterrent environ 60 à 70% dans ses décharges sanitaires, ce qui a des conséquences économiques et environnementales», explique M. Athanasopoulos. Selon lui, sa société a un véritable impact social et environnemental, en aidant à réduire le volume des déchets et à préserver les fonds publics: «Nous sommes un peu les antidécharges.»


Ces derniers 18 mois, «PHEE» a concentré ses opérations dans la région de Achaia, où ils ont implanté une petite unité de production non loin de la mer. «Les villes côtières nous donnent leurs algues mortes. Nous travaillons déjà avec les autorités municipales à Achaia pour qu'elles puissent nous fournir la matière première, étant donné que nous ne nous chargeons pas de nettoyer les plages. Nous traitons ensuite cette matière première en suivant une méthode que nous avons développée ces deux dernières années. Lors de la dernière étape, un processus complètement écologique, nous produisons des surfaces naturelles (panneaux) – la planche «PHEE» – un produit breveté dans plusieurs pays en Europe et aux États-Unis», explique Stavros Tsompanidis.


Selon les études de laboratoire, cette planche pourrait remplacer certains produits faits en bois (par exemple, MDF). En matière d'applications commerciales, une foule d'objets peuvent être faits à partir de la planche d'algue transformée: des objets du quotidien, des accessoires, mais aussi des meubles ou des panneaux d'isolation thermique.
À la mi-mai, l'entreprise a lancé la coque-PHEE, la première coque pour smartphone faite d'algues, que les clients peuvent acheter dans des boutiques sélectionnées en Grèce et à l'étranger, de même que sur leur boutique en ligne. «Notre but est de créer des produits finis utiles, à partir d'une matière première considérée en Grèce comme un simple déchet et qui termine dans des décharges.» Sur sa lancée, PHEE développe déjà de nouveaux produits. Et pourquoi pas, bientôt, des sandales ou des lunettes de soleil faites à partir d'algues.

 

Une entreprise déjà reconnue
Cette vision entrepreneuriale, et les longues heures de recherche pour transformer les algues, semblent finir par porter leurs fruits. En plus des brevets que la jeune entreprise a pu déposer auprès de l'Organisation hellénique de propriété industrielle, PHEE a gagné plusieurs compétitions nationales et internationales. La société a même atteint la dernière étape de la Compétition européenne pour l'innovation sociale en 2015, organisée par la Commission européenne et où 1400 participants de plus de 40 pays se sont affrontés.
Quand on l'interroge sur les difficultés de l'entrepreneuriat, à seulement 23 ans Stavros Tsompanidis répond: «C'est vrai que l'entrepreneuriat en Grèce n'est pas soutenu, il manque des outils pour aider les jeunes entrepreneurs à faire leurs premiers pas. Mais si vous avez les bons partenaires, rien n'est impossible. Et beaucoup de persévérance et de patience sont nécessaires pour supporter les risques.»

 

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Ressusciter les algues mortes pour un monde meilleur

Pour « PHEE », une jeune entreprise grecque, les algues pourraient bien être un investissement novateur de première classe.

Evi SALTOU | Ta Nea/GRECE
25/06/2016

Il y a environ trois ans, alors qu'il participe à une conférence sur l'entrepreneuriat, Stavros Tsompanidis entend le fondateur de Coco-mat, Paul Efmorfidis, expliquer que les algues peuvent être un atout pour la Grèce. À l'époque, une série de rencontres et de séminaires pour soutenir les jeunes entreprises vient de commencer et cela intéresse l'étudiant en finance de l'Université du Pirée, qui n'a alors que 20 ans. Stavros Tsompanidis veut se lancer dans le monde des affaires, et travailler avec des algues est l'idée qui l'incite à passer à l'action. Son plan : « Ressusciter » les algues mortes.


Pendant de nombreux mois, il étudie l'utilisation des feuilles mortes de la Posidonia oceanica, une algue que les vagues ramènent sur les plages grecques. C'est une plante marine qui pousse entre 1 et 35 mètres de profondeur (en fonction de la clarté de l'eau) dans de grands champs ou le long des canaux creusés dans le sable méditerranéen. Ses feuilles se décomposent à l'automne et les algues mortes s'accumulent sur le long des 46 000 kilomètres de littoral méditerranéen. La côte grecque s'étend sur 13 780 kilomètres, c'est donc 28% du total qui s'échoue sur les plages grecques.


À force de réflexion et de test, Stavros Tsompanidis finit par trouver la clé: la transformation des algues mortes en un matériau naturel à partir duquel il sera possible de créer des produits et accessoires recyclables – une innovation mondiale.


C'est ainsi que naît «PHEE». De jeunes gens avec différents parcours et compétences commencent à travailler aux côtés de Stavros, qui, lui, développe sa vision d'entreprise. Très rapidement, il est rejoint par l'ingénieur et aéronaute Nikolaos Athanasopoulos, de l'Université de Patras, qui cocrée la société avec lui, et y travaille en tant que chef de la recherche et du développement pour se focaliser sur la création de matériaux biosynthétiques.

 

Antidécharges
En parlant avec les habitants des villes côtières, l'équipe découvre qu'environ 200 à 250 tonnes d'algues s'échouent en moyenne chaque année sur les plages de chaque région. «Nous avons réalisé que le matériau brut est juste là, disponible en énormes quantités. En même temps, les villes dépensent énormément d'argent pour nettoyer leurs plages et en enterrent environ 60 à 70% dans ses décharges sanitaires, ce qui a des conséquences économiques et environnementales», explique M. Athanasopoulos. Selon lui, sa société a un véritable impact social et environnemental, en aidant à réduire le volume des déchets et à préserver les fonds publics: «Nous sommes un peu les antidécharges.»


Ces derniers 18 mois, «PHEE» a concentré ses opérations dans la région de Achaia, où ils ont implanté une petite unité de production non loin de la mer. «Les villes côtières nous donnent leurs algues mortes. Nous travaillons déjà avec les autorités municipales à Achaia pour qu'elles puissent nous fournir la matière première, étant donné que nous ne nous chargeons pas de nettoyer les plages. Nous traitons ensuite cette matière première en suivant une méthode que nous avons développée ces deux dernières années. Lors de la dernière étape, un processus complètement écologique, nous produisons des surfaces naturelles (panneaux) – la planche «PHEE» – un produit breveté dans plusieurs pays en Europe et aux États-Unis», explique Stavros Tsompanidis.


Selon les études de laboratoire, cette planche pourrait remplacer certains produits faits en bois (par exemple, MDF). En matière d'applications commerciales, une foule d'objets peuvent être faits à partir de la planche d'algue transformée: des objets du quotidien, des accessoires, mais aussi des meubles ou des panneaux d'isolation thermique.
À la mi-mai, l'entreprise a lancé la coque-PHEE, la première coque pour smartphone faite d'algues, que les clients peuvent acheter dans des boutiques sélectionnées en Grèce et à l'étranger, de même que sur leur boutique en ligne. «Notre but est de créer des produits finis utiles, à partir d'une matière première considérée en Grèce comme un simple déchet et qui termine dans des décharges.» Sur sa lancée, PHEE développe déjà de nouveaux produits. Et pourquoi pas, bientôt, des sandales ou des lunettes de soleil faites à partir d'algues.

 

Une entreprise déjà reconnue
Cette vision entrepreneuriale, et les longues heures de recherche pour transformer les algues, semblent finir par porter leurs fruits. En plus des brevets que la jeune entreprise a pu déposer auprès de l'Organisation hellénique de propriété industrielle, PHEE a gagné plusieurs compétitions nationales et internationales. La société a même atteint la dernière étape de la Compétition européenne pour l'innovation sociale en 2015, organisée par la Commission européenne et où 1400 participants de plus de 40 pays se sont affrontés.
Quand on l'interroge sur les difficultés de l'entrepreneuriat, à seulement 23 ans Stavros Tsompanidis répond: «C'est vrai que l'entrepreneuriat en Grèce n'est pas soutenu, il manque des outils pour aider les jeunes entrepreneurs à faire leurs premiers pas. Mais si vous avez les bons partenaires, rien n'est impossible. Et beaucoup de persévérance et de patience sont nécessaires pour supporter les risques.»

 

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