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Environnement

En Algérie, il faut s'accrocher pour recycler

L'Algérienne Besma Belbedjaoui devant l'un de ses machines de recyclage du plastique. Photo El Watan

Naïma DJEKHAR | El-Watan/ALGÉRIE
25/06/2016

Elle voulait devenir chercheuse. Besma Belbedjaoui a fini par faire du recyclage. Engagée dans le développement durable, elle a créé l'usine Plasticycle Algérie.
C'est dans la petite localité d'Ibn Zyad, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Constantine, qu'est située son unité de recyclage. «Je fais du recyclage et de la valorisation des déchets urbains et industriels, du plastique transparent, issu des bouteilles d'eau et de jus. Mon travail consiste à broyer, nettoyer et sécher le plastique pour obtenir des paillettes de PET (polyéthylène téréphtalate) qui serviront uniquement à la fabrication du textile, fibre non tissée, à l'exemple de la ouate, ou des emballages d'œufs et de lessive», explique Besma Belbedjaoui.


Dès le début, la jeune femme a voulu travailler selon deux axes. «Je voulais un projet à double dimension sociétale et industrielle», confiera-t-elle. Aujourd'hui, la jeune entrepreneure a les mains dans les PET, ces granulés générés par le recyclage de plastique transparent et qui sont réintroduits dans le circuit industriel. Un schéma économique, censé débarrasser l'environnement d'un matériau qui met plus de 100 ans à se dégrader, en le réinjectant proprement dans le même circuit. «Lancer ce projet n'était pas une sinécure. Entre la date de mon dépôt de dossier auprès de l'Ansej (dispositif public d'aide à l'emploi des jeunes) en 2010 et l'octroi du crédit, trois ans se sont écoulés», explique Besma Belbedjaoui.


Sa matière première est constituée de PET primaires qui peuvent se recycler autant de fois sans perdre leur qualité. Les PET sont ainsi broyés, ce qui aboutit à la formation d'une granulométrie homogène du plastique. Le plastique passe ensuite dans une laveuse, avant d'être séché dans une centrifugeuse. Puis la matière plastique est stockée dans un grand silo où elle est mélangée, par un procédé mécanique, jusqu'à ce que le matériau soit homogène. Vient enfin la granulation.


Comme tout procédé chimique, il en résulte des déchets dont il faut se débarrasser tout en respectant l'environnement. Dans ce cas, l'eau qui est utilisée contient de la soude caustique (NaOh), à PH très élevé. À Plasticycle, on traite cette eau avec de l'acide afin de rendre son PH neutre et pouvoir l'évacuer, l'esprit tranquille, puisqu'elle est dépourvue de son actif polluant.
Dans ses prévisions, l'unité devait produire 300 kilos de granulés PET/h et 1,2 tonne par jour. Aujourd'hui, cet objectif est loin d'être atteint. La matière première, aussi surprenant soit-il, n'est pas disponible dans les quantités nécessaires.


Dans un pays où plus de 16 millions de tonnes de déchets domestiques par an sont produites, le plastique deviendrait-il un produit rare? «J'ai d'énormes difficultés à m'approvisionner en matière première», affirme l'entrepreneure.
Le problème est au niveau de la collecte qui s'effectue exclusivement par des particuliers dans le cadre d'un processus informel. «Nous sommes à la merci des collecteurs qui décident et imposent leurs prix», explique la jeune femme. Et le secteur n'est pas à l'abri de la spéculation. L'Agence nationale des déchets (AND) a mis en place une bourse du déchet pour tendre une perche aux recycleurs. Ces derniers peuvent ainsi s'approvisionner auprès des centres techniques d'enfouissement (CET). Des enchères rédhibitoires. «Les déchets doivent être cédés gratuitement et le recycleur rémunéré pour ce service», estime la jeune femme, dont les finances sont souvent dans le rouge.
Besma Belbedjaoui a toutefois décidé de relever le défi. «Bientôt, je vais changer de produit, je vais abandonner le PET au profit du PP (polypropène), du film plastique, mieux coté sur le marché.»

 

Pour plus d'informations :
https://www.facebook.com/PlasticycleAlgerie/?fref=ts

 

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L'Algérienne Besma Belbedjaoui devant l'un de ses machines de recyclage du plastique. Photo El Watan

Naïma DJEKHAR | El-Watan/ALGÉRIE
25/06/2016

Elle voulait devenir chercheuse. Besma Belbedjaoui a fini par faire du recyclage. Engagée dans le développement durable, elle a créé l'usine Plasticycle Algérie.
C'est dans la petite localité d'Ibn Zyad, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Constantine, qu'est située son unité de recyclage. «Je fais du recyclage et de la valorisation des déchets urbains et industriels, du plastique transparent, issu des bouteilles d'eau et de jus. Mon travail consiste à broyer, nettoyer et sécher le plastique pour obtenir des paillettes de PET (polyéthylène téréphtalate) qui serviront uniquement à la fabrication du textile, fibre non tissée, à l'exemple de la ouate, ou des emballages d'œufs et de lessive», explique Besma Belbedjaoui.


Dès le début, la jeune femme a voulu travailler selon deux axes. «Je voulais un projet à double dimension sociétale et industrielle», confiera-t-elle. Aujourd'hui, la jeune entrepreneure a les mains dans les PET, ces granulés générés par le recyclage de plastique transparent et qui sont réintroduits dans le circuit industriel. Un schéma économique, censé débarrasser l'environnement d'un matériau qui met plus de 100 ans à se dégrader, en le réinjectant proprement dans le même circuit. «Lancer ce projet n'était pas une sinécure. Entre la date de mon dépôt de dossier auprès de l'Ansej (dispositif public d'aide à l'emploi des jeunes) en 2010 et l'octroi du crédit, trois ans se sont écoulés», explique Besma Belbedjaoui.


Sa matière première est constituée de PET primaires qui peuvent se recycler autant de fois sans perdre leur qualité. Les PET sont ainsi broyés, ce qui aboutit à la formation d'une granulométrie homogène du plastique. Le plastique passe ensuite dans une laveuse, avant d'être séché dans une centrifugeuse. Puis la matière plastique est stockée dans un grand silo où elle est mélangée, par un procédé mécanique, jusqu'à ce que le matériau soit homogène. Vient enfin la granulation.


Comme tout procédé chimique, il en résulte des déchets dont il faut se débarrasser tout en respectant l'environnement. Dans ce cas, l'eau qui est utilisée contient de la soude caustique (NaOh), à PH très élevé. À Plasticycle, on traite cette eau avec de l'acide afin de rendre son PH neutre et pouvoir l'évacuer, l'esprit tranquille, puisqu'elle est dépourvue de son actif polluant.
Dans ses prévisions, l'unité devait produire 300 kilos de granulés PET/h et 1,2 tonne par jour. Aujourd'hui, cet objectif est loin d'être atteint. La matière première, aussi surprenant soit-il, n'est pas disponible dans les quantités nécessaires.


Dans un pays où plus de 16 millions de tonnes de déchets domestiques par an sont produites, le plastique deviendrait-il un produit rare? «J'ai d'énormes difficultés à m'approvisionner en matière première», affirme l'entrepreneure.
Le problème est au niveau de la collecte qui s'effectue exclusivement par des particuliers dans le cadre d'un processus informel. «Nous sommes à la merci des collecteurs qui décident et imposent leurs prix», explique la jeune femme. Et le secteur n'est pas à l'abri de la spéculation. L'Agence nationale des déchets (AND) a mis en place une bourse du déchet pour tendre une perche aux recycleurs. Ces derniers peuvent ainsi s'approvisionner auprès des centres techniques d'enfouissement (CET). Des enchères rédhibitoires. «Les déchets doivent être cédés gratuitement et le recycleur rémunéré pour ce service», estime la jeune femme, dont les finances sont souvent dans le rouge.
Besma Belbedjaoui a toutefois décidé de relever le défi. «Bientôt, je vais changer de produit, je vais abandonner le PET au profit du PP (polypropène), du film plastique, mieux coté sur le marché.»

 

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