Que l'ouvrage du patriarche Béchara Boutros Raï Au cœur du chaos ait pour sous-titre « La résistance d'un chrétien en Orient », cela ne peut qu'étonner. En fait, la résistance étouffe une motivation fondamentale dans le discours du patriarche, à savoir l'espérance (p. 172), même si elle en est l'un des aspects. Cela donne lieu à un autre sophisme en ajoutant « en Orient », car, dans son livre, le patriarche part de l'espérance qui est en lui ; il en témoigne non du fait qu'il est en Orient, mais de par sa ferme conviction qu'il est de l'Orient et pour l'Orient (p. 172).
Ce qui introduit de plain-pied à la lecture de ce livre est, en conséquence, la clé herméneutique définie par le patriarche qui adopte la parole d'Augustin : « Si je crois, j'espère, si j'espère, j'aime » (p. 234). C'est que l'espérance s'interpose entre la foi et l'amour, pour former les trois maillons du langage du patriarche. Et comme l'espérance se nourrit de foi et se réalise dans l'amour, son mouvement se manifeste dans la résistance, dans l'ouverture d'horizon et dans l'élévation. Le propre de l'espérance est de ne pas être réaction, étant enracinée dans le hic et nunc pour orienter le hic et nunc. Elle est plutôt engagement. Pour cela, il est regrettable que le sous-titre de l'ouvrage n'ait pas été « L'espérance d'un chrétien d'Orient » (pp. 29, 30, 31, 38-41).
L'espérance nourrie par la foi est un acte de résistance positif. Elle n'est ni entrave, ni refus, ni immobilisme devant un danger ou un défi. Elle est l'acte de se tenir au cœur de la tempête. Telle est la foi : persévérance dans une origine et sortie vers... et tel est le patriarche dans son livre : un homme de foi ferme d'Orient se référant à la présence des chrétiens, à leur présence avec les musulmans, et à la présence du Liban (pp. 15, 100, 103, 104, 111, 128, 164, 165), bases solides capables de braver la tempête sans se fermer à l'avenir.
Cela signifie que l'espérance n'est pas instinct de conservation. Elle est une force d'interprétation à la lumière d'une histoire universelle, une force qui permet à l'homme et à la civilisation de se tenir au cœur de la tempête. Cette force se manifeste, selon le patriarche, dans la capacité à « s'adapter » (pp. 46, 177, 182) – au sens historique et non darwinien –
telle que reflétée par l'expérience des chrétiens en Orient et l'expérience islamo-chrétienne (pp. 35, 46) qui servent de support à la persévérance, et, en même temps, à une critique globale qui contribue à l'ouverture de l'horizon et qui touche la religion même, de sorte que ceux des chrétiens qui préfèrent se retirer de l'Orient contribuent à la mort civilisationnelle de l'Orient, et ceux des musulmans qui cherchent l'accaparement tombent dans le piège de camoufler l'histoire et de transformer l'islam en ethnie qui donne sa raison d'être au sionisme (pp. 38-39, 59, 67).
C'est dans ce cadre que se comprend l'espérance, deuxième maillon du livre, en tant qu'ouverture d'horizon venant de la force de l'histoire au cours de laquelle l'adaptation a pu briser l'immobilisme de l'Orient. Ce qui saute aux yeux dans le livre, c'est que le patriarche se présente lui-même pour accomplir cette mission en tant que « patriarche qui brise les frontières », comme il m'a plu, un jour, de l'appeler. Il trouve en lui-même une force de communication capable de médiation au sein de la dislocation civilisationnelle de l'Orient (p. 32). C'est ainsi que le patriarche va au-delà de la logique de la résistance qui consiste à se tenir en face de, pour aller dans et avec, à l'instar d'Abraham qui partit contre toute espérance et là où il n'y en avait aucune.
Dans un Orient qui voit tomber les frontières géographiques et s'élever les murs qui séparent entre ses composantes, le patriarche sonne le glas du printemps arabe. Non qu'il ne soit pas convaincu du changement, mais parce qu'il a pressenti que la révolution, censée instaurer un monde nouveau, c'est-à-dire ouvrir un nouvel horizon plus proche de la réalisation du désir caché de la vérité, de la beauté et de la justice, a fait fi de l'histoire, de la civilisation et des valeurs communes semant un peu partout un chaos absurde qui a étouffé les attentes possibles. Ferait-on face à une telle réalité autrement qu'en brisant les frontières ?
Ce que veut le patriarche, c'est aller là où l'espérance fait défaut et contre toute espérance de par sa détermination à entrer en Syrie et dans les territoires occupés malgré les menaces et les mises en garde, à visiter l'Irak, à faire le tour du monde (pp. 76, 79, 81-83) et à prendre des initiatives à tous les niveaux à l'intérieur du Liban... Son activité a-t-elle été comprise en fonction de la mission qu'il s'était assignée ? Ce livre montre le malaise du patriarche du fait que son activité n'a pas été ainsi comprise, plutôt sa gêne parfois du fait qu'elle a été interprétée comme contradictoire. Cependant, le livre, n'en déplaise à ceux qui le critiquent, donne une vision patriarcale claire des choses, de l'histoire et des événements.
Le désaccord entre le patriarche et ceux qui le critiquent ne sera dépassé qu'avec le troisième maillon du mouvement de l'espérance, à savoir, l'élévation, c'est-à-dire l'amour. En effet, il s'agit des prémisses de l'approche. Le patriarche n'aborde pas les événements et l'histoire en tant que partie parmi d'autres parties, ni en tant que chef d'institution en compétition avec d'autres, ni en tant que chef de courant ou de parti que le butin oppose à d'autres, ni en tant qu'analyste ou professeur d'université qui observe les événements à partir de son bureau. Son approche s'appuie sur sa place de patriarche telle que définie par l'histoire et la tradition patriarcale. « Le patriarche, dit le patriarche Douaïhy, parle pour son peuple et a la préséance sur lui. » Il dit ce que lui dicte l'amour, qui vise ce qui fait être l'homme et l'y aide vraiment. Cela est clair dans le livre où le patriarche appelle au retour nécessaire aux valeurs, aux critères et aux principes de la régularité politique et de la stabilité civilisationnelle.
Tel est son mouvement, mouvement d'un homme de paix, comme il se définit lui-même (p. 183). Sa principale tâche est d'ouvrir les frontières et de trouver des occasions de rencontre et de rapprochement des cœurs, ainsi que des solutions convenables et, pourquoi pas, le repentir ? Car le repentir élève l'histoire, l'homme, les peuples et les civilisations en les réconciliant avec ce qui est étranger (p. 16). Son mouvement vise donc le retour (le repentir) de l'histoire de la région et du Liban au visage de l'homme, à son bien, au bien et à l'avenir de la civilisation arabe (p. 163).
Persévérance, ouverture d'horizon et élévation, tel est le mouvement de l'espérance dans l'ouvrage du patriarche, et telles sont, chez lui, les composantes de la résistance, si on s'en tient au titre actuel du livre. Toute approche en dehors du mouvement d'espérance qui emplit le cœur du patriarche serait incapable de cerner les 260 pages de sujets divers, d'opinions multiples, de réalité décrite et de responsabilités imputées, et ne saurait même pas saisir comment le patriarche se comprend lui-même et comprend son mouvement quand il dit : « Je continue selon ma nature, qui est à l'opposé de mon prédécesseur, à monter au créneau même si je suis toujours aussi critiqué. Mais je ne peux ni ne veux obliger les évêques à me soutenir ou à parler en mon nom. J'ai ce principe de donner partout où je suis le meilleur de moi-même » (p. 259).
P. Bassem RAÏ


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Le Râïîisme se considère comme sujet absolu, qui a besoin de culte impliquant des tiers. C'est pourquoi cet "étrange christianisme" reçoit de son "troupeau-ättîîîï le culte" qui lui est dû. Qui lui dit ce qu'il est, et ce que son "autre" n'est pas. En représentant l'opinion qu'il a de lui-même comme celle de tout l’Univers, il tombe dans la fatuité et l'illogisme. Dans son sein apparaît 1 critique qui a pour fonction d'être l'écho des opposants. Ce râïîisme, qui ne se sent pas chez lui dans ce monde de "péché", crée donc 1 monde pécheur qui ne suit pas 1 chemin parsemé de roses mais d'épines coinniques. Ce râïîisme est 1 spontanéité pure, intolérant envers toute action venant d’1 dehors qui, lui, ne peut être qu'1 sujet apparent et ne peut lui communiquer Rien de neuf qu'en apparence. Il est sa perception de lui-même pour un instant posée comme entité autonome. C'est pourquoi le "dehors" ne manque pas d'assurer que ce "chrétien d’Orient" expérimente tout ce qu’il perçoit, en apparence au même instant. Ce "dehors" respecte si soigneusement "l’esprit?" de ce râïîisme, qu'il lui prête 1 compréhension même dans les cas où il n'y a absolument rien à comprendre ! De là vient 1 autre procédé de ce "dehors" : il lui fournit des prémisses et lui laisse le soin d'en tirer la conclusion, voire s'excuse de lui rabâcher des choses qu'il connaît déjà. Et il arrive que les expériences de ce dehors déphasé, ne soient que l'accomplissement de "prophéties pures" râïîistes !
04 h 36, le 14 juin 2016