Abstraction faite de la désastreuse guerre qui sévit chez nous et des rumeurs alarmantes de putsch préparé, par la force des armes, par le Hezbollah, en coordination paraît-il, avec ses alliés. Et sans parler du silence éloquent du parti concerné, de ses compagnons de route et, étonnamment, de hautes personnalités de l’État concernant ces mêmes rumeurs, on est légitimement appelé à se demander si ce même État n’est pas inapte, impuissant, comparse, simple spectateur ou témoin oculaire endormi.
Abstraction faite de tout cela, il faut noter que les regards ces derniers temps sont nécessairement dirigés vers le Hezbollah. En tout lieu et en permanence, on ne parle que de son arsenal, de ses dépôts d’armes et de munitions, devenus (en principe) et depuis peu totalement illicites. Un sujet qui fait la une des grands titres au double niveau national et international, que ce soit dans la presse écrite, sur les réseaux sociaux, les discours politiques, les talk-shows ou les cercles de discussion...
Il faut le reconnaître sans se cacher derrière son petit doigt : le problème des armes du Hezbollah réside concrètement dans le fait qu’il est devenu un obstacle majeur au relèvement du pays, à sa renaissance, à son développement, et par conséquent, il faut nécessairement trouver un dénouement à cet attirail devenu de plus en plus encombrant. Lui mettre un terme à tout prix.
Un arsenal géré et commandé par l’Iran, qui a ramené les guerres et le malheur au pays, l’occupation une fois de plus, les destructions systématiques, les villages rasés en entier, les morts et les blessés par milliers, les assassinats journaliers, les déplacements massifs de populations, et tout ce qui en découle comme retombées économiques, souffrances et larmes.
Sans parler du fait que ces armes constituent une atteinte grave au principe constitutionnel de l’égalité de tous devant la loi.
Elles n’ont pas pu de plus contribuer à la renaissance d’un Liban nouveau, d’un État de droit fort et juste qui respecte les droits des communautés et des citoyens, loin de la corruption, du clientélisme, du système des quotas, des détournements de fonds publics, des réformes structurelles gelées, de la paralysie des institutions, des violations de la Constitution... D’autant plus que ces armes ont été maintenues sous des slogans pompeux et ronflants, n’étant en fait que des alibis et vides de sens.
Un sujet d’actualité qu’il faut résoudre d’urgence, sans impérativement sombrer dans le bourbier de la guerre civile.
En dépit des hostilités qui sévissent dans notre pays, il faut signaler que le problème du Hezbollah ne réside pas uniquement dans ses armes. Il en existe un autre qui est, consciemment ou inconsciemment, occulté. Une complication de taille, très souvent ignorée, au motif que le Hezbollah représente une part essentielle du tissu social libanais qu’il faut, à cet égard, ménager, un argument qui cache derrière un obscurcissement délibéré pour de petits intérêts, comme l’on a l’habitude d’en voir chez nous.
Le Liban a toujours eu des caractéristiques bien particulières et propres à lui. Il était notamment le plus occidental des pays arabes, le carrefour des civilisations, pont entre l’Orient et l’Occident, le centre culturel et financier du Moyen-Orient, le seul pays arabe doté d’un système d’économie libre, à avoir un président chrétien et qui, à chaque fin de mandat, quitte impérativement le pouvoir de lui-même. Un pays qui a des rapports fraternels et amicaux avec toute la communauté internationale, et qui n’a pas de pays ennemi (à part Israël, cela va sans dire). Le Liban, de tout temps, n’a jamais attaqué aucun autre pays. Ses forces militaires (soldats, officiers, armes, formation et idéologie) ne sont destinées qu’à la défense de ses frontières et de son territoire national, comme finalité unique...
Où en sommes-nous de nos jours, de ces particularités propres qui représentaient notre histoire, notre identité et notre singularité ?
On est quasiment devenu un État paria et hors la loi, au ban de la communauté internationale (trafic de drogue, captagon, blanchiment d’argent, relations hostiles avec une partie du globe…). Un pays dépendant largement de soutiens extérieurs (lorsqu’ils se présentent et après supplications), incapable de jouer un rôle efficace dans la région et utilisé rien que pour réaliser les desseins et les complots de puissances étrangères malveillantes. Avec, cerise sur le gâteau, un système éducatif propre au parti de Dieu, où l’on pratique sur des mineurs un endoctrinement qui est aux antipodes des principes de citoyenneté, des valeurs et croyances communes...
La question des armes n’est donc qu’une partie visible d’un problème plus profond, celui de l’identité, de la souveraineté et de la vocation du Liban.
Des armes devenues (depuis le retrait des forces israéliennes en l’an 2000) un fardeau lourd à avaler et qui, sous couvert de « résistance », ont cherché à transformer la face du Liban. C’est là que le bât blesse le plus !
Maintenant, de grâce, qu’on ne me traite surtout pas de sioniste, de pro-israélien ou de collabo. Je suis un Libanais patriote de naissance, par choix et par conviction. Conscient des injustices criminelles d’Israël et de ses convoitises expansionnistes.
En ce qui concerne maintenant les chrétiens (les maronites en l’occurrence) qui gravitaient dans le giron du Hezbollah, ceux-là, il faut rappeler à leur bon souvenir que la mission des chrétiens du Liban a toujours été la protection et la défense de la souveraineté nationale du pays. Ces chrétiens étaient constamment des hommes et des femmes de foi, libres et courageux, qui tenaient sans tergiversations à leur liberté et à la souveraineté du Liban et de ses montagnes altières.
Une communauté patriote, qui a toujours été intimement liée au Liban et à sa vocation ancestrale. Pays voulu à l’origine comme message de paix et de coexistence pluriconfessionnelle, ouvert de cœur et d’esprit, terre d’accueil, refuge des opprimés (un peu trop quelquefois). En faisant donc alliance avec un parti ou en gravitant autour de lui, ils ont nui au rôle millénaire des chrétiens du Liban.
Là, il me vient à l’esprit une phrase célèbre de feu le patriarche Sfeir, qui avait dit par le passé que si les chrétiens du Liban, et en particulier les maronites, avaient à choisir entre leur liberté et leur sécurité, ils choisiraient sans l’ombre d’un doute leur liberté, tant ils sont attachés à une certaine idée du Liban, libre, indépendant et souverain.
Il suffit de penser également, à titre d’exemple, au martyre du patriarche maronite Gebraël Hjoula, brûlé vif à Tripoli par les Mamelouks vers 1368. Son supplice est considéré comme un acte de sacrifice suprême, avec une dimension de résistance et de fidélité spirituelle, pour plus d’autonomie, de liberté de culte et d’indépendance.
Ou bien encore au régime d’autonomie dont bénéficiait le Mont-
Liban, même durant la sombre époque de l’Empire ottoman.
Un Liban donc libre, souverain et indépendant. En ajoutant également, comme sujet de réflexion, la question capitale de sa neutralité.
Il est bon de commencer à réfléchir sérieusement à la neutralité du Liban. Non pas selon la formule célèbre de feu Georges Naccache, de « deux négations ne font pas une nation », mais dans une conception novatrice et, d’autre part, dans une vision positive, commune et fédératrice du Liban. Loin de la politique (politicienne et stérile) des axes, des coalitions et des conflits régionaux.
Michel Antoine AZAR
Avocat à la cour
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