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Culture - Rencontre

Par-delà sortilèges et maléfices, un combat victorieux pour la vie...

« Peindre jusqu'à épuisement et maîtriser son art », telle est la devise de Lita Cabellut, artiste gitane, mi-sorcière, mi-bonne fée de passage à Beyrouth.*

Lita Cabellut, un élan de biche prompte à bondir, la cinquantaine fougueuse et rebelle. Photo DR

Une Gitane orpheline, une fille adoptive des quartiers pauvres de Barcelone, éperdument éprise de liberté, de panache et de sincérité pour témoigner des blessures humaines. Avec un élan de biche prompte à bondir, la cinquantaine fougueuse et rebelle. Des cheveux noir d'ébène roulant en cascade sur les épaules, un regard d'aigle, des traits durs coupés à la serpe et cette allure nonchalante de Carmen aux immenses boucles d'oreilles jaunes. La voix n'est pas douce, mais déborde de chaleur humaine et de générosité de cœur. Lita Cabellut s'exprime en un anglais métissé d'accent espagnol. Des mots sans crainte pour dire tous les mystères et les faces cachées de la vie. Et rendre le monde meilleur. En dépistant le mal et mettant en lumière ce que l'on ne voit pas à l'œil nu. Comme cette lumière qui irradie ses toiles à la mise en scène vertigineuse exposées à la galerie Opera de Beyrouth.
Une quinzaine de mégatoiles, sans la moindre trace d'acrylique, où rayonnent les multiples facettes des visages des femmes. Avec fleurs et attitudes diverses des bustes, des bras, des corps. Un monde fastueux de couleurs, d'étoffes, de chairs, radieuses et périssables. Dans une empreinte picturale des grands maîtres de tous les temps. Un miroir troublant que tend la galerie à travers le pinceau et la palette virtuoses de Lita Cabellut.
Mais au fait, ce prénom de Lita qui veut dire « que Dieu soit avec toi »... D'où lui vient-t-il ?
« Je n'en sais rien, lance-t-elle en souriant. On me l'a donné. Il faut faire confiance aux autres. Mais j'aurai voulu m'appeler Barbara ou Sarah. Mais cela vient sans doute de Manuella ou Manolita... »

« Incroyable pays »
La voilà fraîchement arrivée de La Haye, sa terre d'élection et de prédilection, en première visite à Beyrouth. Emballement. Pas devant les monolithes d'acier et de verre, pas devant la lumière de la Méditerranée ou même les paysages gorgés de soleil. Ce qui fait vibrer Lita Cabellut c'est surtout l'élément humain. « Incroyable pays, dit l'artiste tout de go. Ce pays devrait être un exemple à tout le monde avec sa mosaïque de communautés. Difficile de vivre avec les autres dans la différence, mais rien de mieux que de se construire à travers la diversité et les contradictions. Et puis je suis frappée par le bonheur, la joie des gens ici. Cela brille dans leurs yeux... »
Carrière picturale au sommet depuis ce coup de foudre avec Les Trois grâces de Rubens croisées au Prado. Peindre jusqu'à épuisement et maîtriser son art (« comme l'éternelle répétition au kung-fu pour atteindre la perfection du geste », dixit l'artiste) telle est sa devise. Dans ses ateliers et de ses fiévreux moments d'inspiration sont nées plus de deux milles toiles, sans compter celles qu'elle a impitoyablement détruites.
Quel thème réserve-t-elle pour la bouillonnante capitale du pays du Cèdre, la prolifique artiste qui a fouillé, en toute audace, les tréfonds de Coco Chanel, Frieda Kahlo, Stravinsky, Kafka, Freud, Noureev, Trotski et Piaf. Tout en arrêtant son travail pour la Môme, frappée par l'insoutenable fragilité de la chanteuse à l'enfance meurtrie...
« La poétique des fleurs et des contes. Entre ombre et lumière, par-delà bien et mal, la parité d'un dire complexe, toujours à déchiffrer, décrypter mais qui révèle ce qui est éternel, ce qui se renouvelle et renaît. Pour un esprit de continuité et de continuation. Toujours dans l'espoir d'une fragrance positive, c'est ce que je veux offrir à Beyrouth... », assure-t-elle.

Et sur les cimaises, riches de cet éclat vif des grandes gerbes de feux d'artifice, pavoisent, en une ronde chargée de fureur de vivre, des images de femmes portant bouquets de fleurs. Entre les mains, sur les genoux, sur le cœur. Avec des visages qui pourraient parler des histoires de toutes les époques, de tous les horizons. Comme un lever de voile sur Peau d'âne, Cendrillon, Mélusine, Morgane, Viviane, Alice aux pays des merveilles...Lippes vermillonnées, offertes ou pincées, pour des regards à l'iris scannant la vie et ses curiosités. Avec des coiffures extravagantes comme emplumées, enturbannées, emperlées où la chevelure (rousse, blond vénitien, brou de noix, aile de corbeau ou réglisse) a des ondulations savantes et sophistiquées.
L'allégorie, drame sous la soie, le taffetas, la mousseline, la gaze et le brocard, sans décor précis et en espace intemporel, renvoie à la réalité dans ses méandres, ses labyrinthes, ses souterrains, ses ténèbres, ses pièges, ses délivrances, ses rais de lumière. Intense, poétique, d'une énergie décapante, la peinture ici, un imaginaire débridé au plus près de la réalité, est un art souverain de combiner couleurs, matériaux et mouvements. Et de diffuser sensations, impressions et atmosphères.

Le tour de force ? Des œuvres comme surgies du plus rigoureux et imposant classicisme revêtues de la plus surprenante contemporanéité. Comme si Rembrandt, Velasquez, Goya et Bacon se sont donné rendez-vous sur l'esplanade d'une brosse touchée par une poudre de perlimpinpin à l'efficacité certaine.

*L'exposition « Fairy Flowers » de Lita Cabellut se prolonge à l'Opera Gallery (avenue Foch) au centre-ville jusqu'au 18 juin.

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« Les couleurs ? C'est l'émotion ! »

Lita Cabellut, à travers le filet de quelques questions.

Quel rapport avec les couleurs ?
Je les mixe et malaxe sans jamais une goutte d'acrylique. Huile, tempera, pigments, des œufs, une concoction dont je garde jalousement le secret comme une peau qu'on entretient avec soin... Pour une beauté, une jeunesse, un éclat, tout en sachant que l'âge a sa tyrannie. D'ailleurs ces fausses rides, ces fausses craquelures, ces vaguelettes sur la surface lisse sont une illustration vivante pour une peinture qui affronte le temps. Les couleurs, c'est l'émotion et le lien de correspondance avec toutes nos facultés.

Quand avez-vous été la plus heureuse ?
Lorsque je me trouvais en vadrouille au sommet des Pyrénées ! Une euphorie cosmique ! Mais je suis aussi heureuse lorsque je travaille. Je voudrais mourir en travaillant. Et si je meurs, je sais que c'est pour renaître ! Peindre m'a sauvé la vie. Et mes enfants (elle en a trois à elle et deux adoptifs) m'ont sauvé du noir...

Quelles sont les peintres femmes que vous admirez ?
Frieda Kahlo, Louise Bourgeois (pour le conflit entre intelligence et sensation) et Leonor Fini...

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Et que faire de toutes ces fleurs ?

Avant de délaisser cette admirable galerie de portraits de femmes habillées comme pour des moments de célébration, entre comtesses, sultanes ou hétaïres, que faire de toutes ces fleurs qu'elles ont tenues entre les doigts, même pas encore totalement flétries ? Lita Caballut, qui a plus d'une corde à son arc, redistribue les cartes, les met en scène, les photographie, les éclabousse de peinture et en redessine les contours et la composition, entre vases en céramique et fils de métal. Le résultat est époustouflant. Ce ne sont pas les tournesols de Van Gogh ni les chrysanthèmes de Cézanne ou les anémones de Matisse, encore moins la corbeille de Bruegel mais, avec ce fond de noir d'aniline, c'est autre chose. Un mélange particulier de l'art floral de la Renaissance, de l'Ikebana et du détail des jardins de délices d'Arcimboldo. Un effet unique (même si parfois il y a trop de rose !), absolument comme un envers de décor, de ce qui meurt et vit à la fois, de ces dames d'aujourd'hui et de jadis qui tenaient délicatement il y a juste quelques moments ces fleurs entre leurs phalanges. Jusqu'au bout, Lita Cabellut a donc, avec un puissant héritage des connaissances et assises classiques, le don et le talent d'inventer, de conter, de surprendre, de révolutionner, de saupoudrer de poésie, d'en jeter plein la vue, de booster... C'est une agitatrice, une bonne fée, dans l'âme !

 

Pour mémoire
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Une Gitane orpheline, une fille adoptive des quartiers pauvres de Barcelone, éperdument éprise de liberté, de panache et de sincérité pour témoigner des blessures humaines. Avec un élan de biche prompte à bondir, la cinquantaine fougueuse et rebelle. Des cheveux noir d'ébène roulant en cascade sur les épaules, un regard d'aigle, des traits durs coupés à la serpe et cette allure nonchalante de Carmen aux immenses boucles d'oreilles jaunes. La voix n'est pas douce, mais déborde de chaleur humaine et de générosité de cœur. Lita Cabellut s'exprime en un anglais métissé d'accent espagnol. Des mots sans crainte pour dire tous les mystères et les faces cachées de la vie. Et rendre le monde meilleur. En dépistant le mal et mettant en lumière ce que l'on ne voit pas à l'œil nu. Comme cette lumière qui irradie ses toiles...
commentaires (1)

Qu'en pensera le "moine" maronite Äâbdôh Äbôh-Kassam, "l'idéologue" du C.C.I. ? Lui, surtout, qui croit encore aux "Sorcières" et a, même, très peur "d'elles" !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

07 h 43, le 07 juin 2016

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Commentaires (1)

  • Qu'en pensera le "moine" maronite Äâbdôh Äbôh-Kassam, "l'idéologue" du C.C.I. ? Lui, surtout, qui croit encore aux "Sorcières" et a, même, très peur "d'elles" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 43, le 07 juin 2016

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