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Culture - Inauguration / Opera Gallery

Voyages jusqu’au vertige sur le carrousel du beau

Dans un cadre prestigieux, au bout de l'avenue Foch au centre-ville, 400 m² sur trois étages pour l'Opera Gallery qui vient grossir à Beyrouth la kyrielle de ses points de vente entre Singapour, Paris, Hong Kong et New York. Pour une plateforme internationale, l'art nec plus ultra dans une riche palette englobant peintures, sculptures, photographies et installations.

"La danse, l'éloge du sacre", de Gérard Rancinan

Accueil chaleureux et élégant avec une terrasse en parquet de bois, parasols et mobiliers de jardin, olivier aux branches élaguées, le tout donnant sur les pierres blanches des vestiges anciens jaillis du ventre de la terre. En garde du corps et gardiens des lieux, le buste masculin en fer de Mauro Corda, l'impassible masque en fer-résille de Seo Young-deok et l'aluminium peint en néo «pop-art» coloré du Monumental chien de Romero Britto. Déjà le ton décapant et de haut vol est donné : fraîcheur, sélection aiguë, inventivité, modernité.

Dans un espace inondé par la lumière des grandes baies vitrées scintillent les grands panneaux des maîtres modernes. D'abord, entre esprit contemporain et rigueur classique, ce superbe portrait de femme, mixed media sur toile, signé Lita Cabellut, pour des Rêves cachés. Un regard magnétique, une lippe vermillonnée, un turban sur les cheveux et des mains jointes entre provocation et prière. En face, une éblouissante Fête au village (acrylique) vue par Jean-François Larrieu. Des maisons en boîtes d'allumettes joyeusement bariolées et un feu d'artifice royal. Au milieu, un autre regard captivant, celui de David Mach. Une femme au teint bistre scrute le monde à travers la fente-visière d'une mantille noire en fils soyeux et perlés. Assemblage saisissant entre objet insolite et netteté du grain de la photographie.

Et la ronde, vertigineux carrousel de beauté et de talent, continue son panache. À peu près soixante œuvres pour cinquante artistes, tous étrangers. Non, pas un seul Libanais, mais cela viendra. C'est dans l'optique de la politique à suivre. Dans la salle d'à côté, par-delà ce carré de dalles en verre sablé posé au sol comme un tapis rectangulaire, sur la colonne centrale, le médaillon du Chilien Edouardo Guelfenbein. Touche abstraite d'un brasier acrylique en flammes grasses pour une énergie passionnée et tourbillonnante. Mais aussi d'autres images, d'autres représentations. Notamment cette installation en morceaux de charbon sur fils de nylon de Bahk Sean Ghi, simple, épurée et mobile (pour la somme de 45 000 dollars).

Descente à l'étage inférieur où attendent gouaches, dessins (crayon, encre), litho, huile, bronze et marbre. Après un hall aux dimensions réduites, une petite salle, véritable temple sacré, aux murs noirs mais aux cimaises lumineuses. Ici sont enserrées, comme un parfum pénétrant et précieux dans une fiole, les inspirations des immortels. Et on nomme ce chapelet de noms à faire rêver: un dessin de Picasso (Tête de faune – prix 400 000 dollars), Miro, Calder, Rodin, Chagall, Dali, Dubuffet, Buffet, Dufy, Matisse. Et cette sculpture en marbre laiteux de Botero, languide et sensuel corps de femme, généreux dans sa splendide et intégrale nudité (prix 600 000 dollars).
Remontée au second étage où éclate l'originalité des modernes. Insolentes, ébouriffantes expressions hors normes empruntées et asservies aux matières, matériaux et mélanges insoupçonnés les plus divers, les plus improbables, les plus audacieux.

Le visage et les lunettes d'Oum Koulsoum de Paul Alexis se profilent sur des plaques superposées de grillages fins peints. Ils reconstruisent, à travers toutes les subtiles nuances du rouge, l'aura de la cantatrice du peuple du monde arabe, la «Voix de l'Orient». Stencil et spray pour les brusqueries meurtrières des poings d'acier de Wolverine de Seen qui lui prête l'allure d'un Batman de BD. Si l'Iranien Tanavoli garde le pavé bien haut avec ses « fibreglass » aériens et qu'on considère à tort poids plume, on reste autrement médusés devant le chat de Hiro Ando en résine noire lustrée, samouraï massif vaguement souriant et redoutable, ventru et bardé de ces sabres qu'on désigne par «Katana».

À effleurer du bout des doigts et prudence aussi cette ténébreuse méga-raie en bronze et acier inoxydable de Pierre Matter. Nageoires en ailes déployées pour ce requin au corps aplati flanqué d'un dard mortel ici rehaussé d'un sophistiqué arsenal guerrier digne d'une troublante fantaisie de science-fiction.
Pour clôturer cette promenade impromptue, sans avoir tout vu ni tout dit sur ces œuvres d'art qui catapultent, en dépit de toutes les contradictions, en toute largesse Beyrouth à la pointe du raffinement sur l'échiquier international, reste en dernière gourmandise les bonbons en plexiglas de Laurence Jenkell. Enrobées comme pour être offertes, ces friandises aux courbes drapées et torsadées sont objets de plaisir, de convoitise et de désir. Une invitation ouverte pour atteindre un moment de plénitude à travers l'art. Et c'est de cela qu'il s'agit avec cette nouvelle galerie de haut standing qui vient d'ouvrir ses portes.

 

Fiche technique

Fondée en 1994 par Gilles Dyan, l'Opera Gallery a aujourd'hui plus de onze espaces dans les villes majeures et capitales (Singapour, New York, Miami, Londres, Venise, Séoul, Dubaï, Genève, Monaco...) pour promouvoir l'art contemporain et moderne. En décryptant aussi les talents émergents (en Europe, Asie et Amérique) pour en faire les poulains de sa politique de soutien et de reconnaissance. Pour l'étape beyrouthine, à qui on souhaite bon vent, la « joint-venture » est signée du sceau de Gilles Dyan et de Georges Henri Chalhoub, propriétaire d'Opera Gallery Beirut.

Accueil chaleureux et élégant avec une terrasse en parquet de bois, parasols et mobiliers de jardin, olivier aux branches élaguées, le tout donnant sur les pierres blanches des vestiges anciens jaillis du ventre de la terre. En garde du corps et gardiens des lieux, le buste masculin en fer de Mauro Corda, l'impassible masque en fer-résille de Seo Young-deok et l'aluminium peint en néo «pop-art» coloré du Monumental chien de Romero Britto. Déjà le ton décapant et de haut vol est donné : fraîcheur, sélection aiguë, inventivité, modernité.Dans un espace inondé par la lumière des grandes baies vitrées scintillent les grands panneaux des maîtres modernes. D'abord, entre esprit contemporain et rigueur classique, ce superbe portrait de femme, mixed media sur toile, signé Lita Cabellut, pour des Rêves cachés. Un regard...
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