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Diplomatie

Entre la Turquie et l’UE, un désaccord qui prend de l’ampleur

Photo montage de Recep Tayyip Erdogan et Jean-Claude Juncker. Photos de Aden Altan © AFP et Odd Andersen © AFP

Depuis plusieurs semaines, un véritable bras de fer s'est établi entre la Turquie et l'Union européenne. Ankara souhaite une exemption de visas pour les voyages en Europe des citoyens turcs. Mais face à la réticence de l'Europe, le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé de ne pas mettre en application son accord sur les réfugiés, qui tend à éviter un afflux de Syriens vers la Grèce. Bayram Balci, chercheur, répond aux questions de L'Orient-Le Jour sur ce plan pour décrypter la situation.

 

Les relations entre la Turquie et l'UE sont tendues ces dernières semaines. Qu'est-ce qui explique une telle montée de ton ?
Ça n'est pas la première fois que l'Europe et la Turquie entretiennent des relations houleuses, mais c'est vrai que dernièrement la tension a été crescendo. Les autorités européennes sont de plus en plus irritées et embarrassées par la dérive autoritaire d'Erdogan, mais se rendent compte qu'elles sont, malgré tout, dépendantes de lui sur la question des migrants. Actuellement, elles ont le sentiment de faire concession sur concession, ce qui risque de les discréditer si elles n'arrivent pas à faire plier Ankara. L'Europe, face à ses faiblesses dans le conflit syrien, essaye aujourd'hui de paraître forte devant la Turquie. Si elle veut cesser de faire des concessions, c'est pour éviter de renier ses propres valeurs, mais elle se retrouve donc face à un dilemme. Les sociétés européennes ne sont pas prêtes à accueillir autant de migrants et se retrouvent donc prises entre deux logiques contradictoires. Erdogan, lui, est donc en position de force face à l'Europe, même s'il est démuni et affaibli dans son propre pays. En abattant ses cartes, il veut lui aussi maintenir son cap, ce qui le condamne à faire monter les enchères.

 

(Pour mémoire : Pour Ankara, plus d’accord sur les migrants sans visa UE)

 

L'Union européenne, dans ses 72 conditions indispensables à un accord sur les visas, demande à Ankara de modifier sa législation antiterroriste. Qu'est-ce qui bloque précisément ?
Pour être honnête, d'un point de vue technique, la loi antiterroriste est très complexe et donc très difficile à analyser. Le cadre général de ce désaccord, c'est que les Européens reprochent à Erdogan de profiter de la situation d'insécurité dans laquelle se trouve la Turquie pour marginaliser ses opposants et rivaux en se servant des dispositions antiterroristes. Face à ces accusations, Erdogan brandit deux menaces. Celle de Daech (acronyme arabe de l'État islamique) d'une part et surtout celle du terrorisme kurde d'autre part, qui fait des victimes parmi les forces de sécurité turques mais aussi parmi les civils. Pour le président turc, c'est un moyen pour discréditer ses opposants, en les accusant de collusion avec le terrorisme. Il ne monte pas cela de toutes pièces. Le parti prokurde a des positions ambiguës avec les actions du PKK. C'est un fait également, il y a des gens qui sont arrêtés et qui n'ont rien à voir avec le terrorisme. Mais il faut aussi savoir qu'en Turquie, beaucoup de métiers sont de fait politisés, comme le journalisme par exemple. Parfois, dans leur attitude, dans leur lutte contre la dérive autoritaire du pays, ils exposent publiquement un certain discours qui peut être taxé de pro-PKK et, de ce fait, nombre de personnes peuvent se retrouver malheureusement en prison. De leur côté, les Européens ne comprennent pas qu'en s'appuyant sur les Kurdes du PYD dans leur lutte contre l'État islamique, ils donnent du crédit au PKK, car les deux organisations sont sœurs. La Turquie et l'Europe ont donc chacune leurs priorités, qui ne sont pas les mêmes. C'est pour cela que le bras de fer risque d'être long.

 

(Pour mémoire : Erdogan : « L’UE a plus besoin de la Turquie que la Turquie n’a besoin de l’UE »)

 

Qu'adviendra-t-il si Erdogan met ses menaces à exécution, abandonne l'exemption de visas et dans la foulée l'accord sur les réfugiés ? L'Europe risque-t-elle de faire face à un nouvel afflux de réfugiés ?
Cela fait partie des risques de ces négociations et de ce face-à-face. Il suffit pour cela qu'il y ait un relâchement du contrôle des côtes par la marine turque entre la Turquie et la Grèce. Inévitablement, il y aura beaucoup plus de réfugiés qui viendront en Europe. Déjà que ce contrôle n'est pas, à l'heure actuelle, très efficace. Cela sera pire si Erdogan met à exécution ses menaces en étant laxiste de ce côté-là. C'est ce qui met le président turc en position de force face à l'Europe. Aujourd'hui, les pays de l'UE ne sont pas prêts à recevoir un très grand nombre de réfugiés comme le font les Turcs, les Libanais ou encore les Jordaniens. Erdogan joue à ce niveau-là un jeu assez dangereux en faisant monter les enchères avec l'Europe. Mais les deux parties, dans ce désaccord, ont la volonté de rester sur leurs positions. Cela ressemble un peu à une partie de poker où l'un bluffe l'autre le plus longtemps possible. Il ne faut pas oublier qu'ils ont besoin l'un de l'autre. Il serait inimaginable que l'Europe vote des sanctions contre la Turquie, comme elle a pu le faire avec la Russie par exemple. Ils vont forcément, tôt ou tard, trouver un terrain d'entente.

 

 

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commentaires (1)

MILLE FOIS CINQ MILLIONS DE MIGRANTS EN PLUS EN EUROPE QUE CENT MILLIONS DE TURCS... FANATISES... ET QUI SE DEVELOPPENT COMME DES LAPINS...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

22 h 35, le 01 juin 2016

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Commentaires (1)

  • MILLE FOIS CINQ MILLIONS DE MIGRANTS EN PLUS EN EUROPE QUE CENT MILLIONS DE TURCS... FANATISES... ET QUI SE DEVELOPPENT COMME DES LAPINS...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    22 h 35, le 01 juin 2016