Certaines lignes de train proposent déjà un accès Internet simple et gratuit.
Le voyageur arrivant en Allemagne se trouve bien souvent décontenancé quand il veut faire ce qui est tout à fait naturel ailleurs: entrer dans un café, se connecter au wi-fi de l'endroit et lire ses e-mails. La plupart du temps, il se retrouvera le bec dans l'eau, car rarissimes sont les endroits publics à proposer un accès Internet simple et gratuit.
Une anomalie à l'heure où tout un chacun se promène avec son smartphone dans sa poche. En cause, le droit allemand, très regardant sur le principe de responsabilité: si l'utilisateur d'un réseau wi-fi gratuit dans un restaurant se rend coupable d'une infraction sur Internet, le patron de l'établissement risque d'en être tenu responsable.
Dans un pays où on ne plaisante pas avec le respect des droits d'auteur et où le téléchargement illégal d'un seul film peut coûter plusieurs centaines d'euros d'amende, et ce sans mise en garde préalable, peu ont eu envie de prendre le risque. En conséquence, l'Allemagne est devenue un véritable «désert» en matière de points d'accès wi-fi gratuits.
Une étude de la fédération Eco des professionnels de l'Internet dotait fin 2014 le pays d'à peine deux hotspots ouverts pour 100000 habitants, contre plus de cinq en France, 10 en Suède et 29 au Royaume-Uni.
Tardif et important
Un véritable frein au développement d'Internet pour tous – cheval de bataille de la chancelière Angela Merkel – que le gouvernement a décidé de lever. Mais cela lui a pris des mois de négociations ardues.
«Nous libérons la voie au wi-fi gratuit en Allemagne», ont résumé les députés du groupe parlementaire social-démocrate (SPD), le ministre de la Justice Heiko Mass qualifiant le pas de «tardif et important».
Selon l'accord passé entre les conservateurs (CDU) et le SPD, les deux camps de la coalition au pouvoir à Berlin, la loi va être modifiée afin que «les fournisseurs de wi-fi soient considérés comme des fournisseurs d'accès», ce qui les dégage de toute responsabilité et ne les «soumet à aucune autre obligation de contrôle».
Cela devrait valoir pour tous ceux proposant gratuitement l'accès à leur wi-fi, cafés, magasins mais aussi personne privée qui autorise ses voisins à se servir de son accès Internet, même si pour des raisons de sécurité, la fédération allemande de la high-tech Bitkom recommande toujours de protéger son accès privé avec un mot de passe.
Conséquence de la rareté des points d'accès gratuits, seulement 39% des utilisateurs d'Internet en Allemagne se connectent par wi-fi en dehors de chez eux, a montré un sondage du Bitkom en 2015.
Cela «va sensiblement faciliter les choses et pour les opérateurs et pour les utilisateurs», s'est réjoui Bernhard Rohleder, responsable de cette fédération. En effet, les premiers «ne courent plus le risque de devoir répondre des infractions des utilisateurs» et les seconds n'auront plus à passer par des procédures d'authentification, des mots de passe, etc.
L'industrie musicale inquiète
C'est la fin «de la plus grosse entrave» au développement des hotspots en Allemagne, selon la fédération Eco. La fédération des hôtels parle elle d'une «libération».
En revanche, pour la fédération de l'industrie musicale, cela représente «un risque pour la création» et ouvre «portes et fenêtres à
l'utilisation illégale».
Le ministre allemand de l'Économie, Sigmar Gabriel, avait déjà, en septembre de l'année dernière, préparé un projet de loi sur la question de l'accès gratuit au wi-fi, mais celui-ci exigeait quand même que les utilisateurs déclarent ne rien commettre d'illégal sur Internet et se voient attribuer un mot de passe. Cela était encore trop restrictif pour les défenseurs de l'Internet libre.
Le nouvel accord trouvé fait sauter ces conditions. Il doit désormais être voté en Conseil des ministres puis officiellement adopté par le Parlement. Sa mise en œuvre n'est donc pas attendue avant l'automne.
(Source : AFP)


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