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Lifestyle - Festival de Cannes

Sean Penn, l’enfant plus du tout rebelle

Pourquoi ? Telle est la première question qui nous traverse l'esprit en sortant de la projection du (très décevant) film de Sean Penn : « The Last Face ».

De gauche à droite : Jared Harris, Jean Reno, Charlize Theron, Javier Bardem, Adele Exarchopoulos, Sean Penn et Zubin Cooper à l’affiche de « The Last Face ». Valery Hache/AFP

Pourquoi un comédien du calibre de Sean Penn, un humaniste engagé, un comédien adulé par le public et les grands metteurs en scène, notamment pour Inarritù et Terrence Mallick (dont il emprunte au passage, voire plagie, certains plans), a-t-il fait ce mauvais choix ? Pourquoi ce comédien qui est parti un jour, caméra au poing, et a offert au cinéma le magnifique Into the Wild s'est-il ainsi trompé ? Pourquoi, donc, Sean Penn a-t-il réalisé un aussi mauvais film ? Si l'acteur/metteur en scène possède des réponses, nous, par contre, nous n'en avons pas et nous avons l'impression d'avoir été trompés.

Objectifs ratés
Si le but du réalisateur était de provoquer la bureaucratie interplanétaire déshumanisée, les classes bien pensantes assises confortablement dans leurs bureaux aseptisés, loin des mouches et de la puanteur de tous ceux qu'on appelle les réfugiés, il a raté son objectif. S'il a voulu, tout simplement, raconter une histoire d'amour, elle ne nous a guère touchés. Si par ailleurs son but était d'arracher des larmes (stériles !) et d'arracher quelques larmes aux spectateurs, il aura certainement réussi, car qui ne pleurerait pas à la vue d'un tas de corps de jeunes gens mutilés ou ne serait pas révolté par les enfants militarisés ? Si, enfin, le but de M. Penn est d'informer ou de secouer les consciences, il aurait pu, tout simplement, se contenter de réaliser un documentaire. Ce qui aurait été certainement plus bénéfique au continent africain et... aux spectateurs. Au lieu de cela, il a noyé son sujet dans un scénario digne d'un amateur, signé Ein Dignam. Et qui porte encore plus préjudice aux Africains. Une critique qui lui a été adressée par un membre de la presse et à laquelle il a répondu évasivement : « Mon film est fait et fini. Je le soutiens, sans d'autres commentaires. »

(Lire aussi : Le 22e Prix du Rail d'or décerné à « Tramontane »)

 

Faiblesse du scénario et clichés
Sur un fond rouge sang où toutes les blessures de l'Afrique sont revisitées au scalpel (puisque le sujet aborde les Médecins du monde), Penn réalise une œuvre carte postale qui se veut humanitaire. Avec sa caméra, il parcourt en touriste le continent, du Liberia au Soudan, et raconte, outre les guerres qui laissent des blessures béantes derrière elle et des peuples en perdition, l'amour impossible entre un médecin du monde et une émissaire de l'Onu. Un contraste entre un monde d'amour et de haine, par ailleurs très mal décrit. Entouré d'un casting de charme, Charlize Theron, Javier Bardem et Jean Reno, d'un compositeur talentueux, Hanz Zimmer, le réalisateur américain noie l'histoire essentielle dans une romance tirée par les cheveux. Nous sommes bien loin du sublime Pollack et son Out Of Africa où l'amour n'est pas toujours salutaire pour des caractères forts. Loin également de Up Close and Personal de John Avnet où le même Redford travaille comme reporter sur le terrain avec tous les risques que cela comprend, alors que sa bien-aimée Michelle Pfeiffer est dans une zone de confort, la télévision. Entre le feu du Catalan Bardem et la glace de la Sud-Africaine Theron, l'alchimie ne passe pas. Elle détonne même. Pis encore, Jean Reno et Adèle Exarchopoulos (La vie d'Adèle) dans de petits rôles qui n'excèdent pas sept minutes, jouent vraiment les figurants.
Sean Penn, l'enfant rebelle (?) de Hollywood offre au Festival de Cannes le film le plus hollywoodien, arrogant et prétentieux de l'histoire de Cannes. Il aura certainement des comptes à rendre au jury du festival... et au public.

 

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