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La Dernière

Avec « I, Daniel Blake », Ken Loach secoue la Croisette

Festival de Cannes

Le cinéaste rebelle britannique donne libre cours à sa rage, encore intacte à 80 ans, contre le projet « néolibéral » de l'Europe.

OLJ
14/05/2016

Après Money Monster sur les dérives de la finance, jeudi, le cinéaste britannique Ken Loach a secoué la Croisette hier avec une rage intacte, à 80 ans, contre la casse du système social vue par les yeux d'un chômeur dans I, Daniel Blake.
« C'est une situation choquante car ce n'est pas un problème uniquement dans mon pays, mais dans toute l'Europe », a lancé le réalisateur, qui a été très applaudi. « Ce sont les gens les plus vulnérables qui ont le plus souffert de la baisse des allocations (...), et on leur dit que s'ils sont pauvres, c'est de leur faute », a-t-il accusé. Plaidant pour l'émergence « d'une vraie gauche en Europe qui écoute les gens », il a dénoncé le projet « néolibéral » de l'UE.
Fidèles à leur méthode, le cinéaste rebelle et son scénariste Paul Laverty se sont rendus sur le terrain pour recueillir des témoignages. C'est de cette matière vivante qu'a surgi leur personnage de Daniel Blake, menuisier de 59 ans, bon ouvrier mais contraint d'arrêter de travailler après une crise cardiaque. Situé à Newcastle, ville marquée par une longue tradition de lutte ouvrière, le film suit le parcours kafkaïen de Dan entre convocations à l'agence pour l'emploi, questionnaire sans fin sur sa santé, musique d'attente stupide qu'il doit écouter sans cesse avant qu'on ne lui réponde. Sans oublier les ateliers de formation au CV, obligatoires sous peine de réduction de son allocation.
La descente aux enfers du héros de Loach connaît quelques rares moments de solidarité avec un jeune voisin noir et surtout une jeune mère célibataire et ses deux enfants, elle aussi broyée par le système et jouée avec beaucoup de justesse par une comédienne inconnue (Hayley Squires). Mais la chute de Dan, magistralement interprété par un acteur de théâtre et de stand-up, Dave Johns, est inéluctable. Pourtant, le citoyen Daniel Blake ne réclamait que ses droits, « ni plus ni moins », après une vie passée à travailler.

« Ma Loute », une fantaisie tragi-comique
Une famille qui se livre au cannibalisme, des bourgeois dégénérés interprétés par Fabrice Luchini, Juliette Binoche et Valeria Bruni Tedeschi : avec Ma Loute, en compétition hier à Cannes, le cinéaste radical Bruno Dumont poursuit dans la veine burlesque de sa série P'tit Quinquin.
En 1910 dans la baie de la Slack, dans le nord de la France, des policiers aux allures de Laurel et Hardy enquêtent sur de mystérieuses disparitions. Non loin de là, dans sa villa surplombant la baie, une famille de grands bourgeois décadents de Tourcoing, les Van Peteghem, est en villégiature, croisant une famille de pêcheurs aux mœurs étranges. Une idylle va se nouer entre le fils des pêcheurs, Ma Loute, et Billie de la famille Van Peteghem. Prenant prétexte de l'enquête policière, Bruno Dumont déroule dans ce film le fil d'une histoire qui oscille entre réel et loufoquerie, histoire d'amour et fantaisie.
La bouche tordue, la diction transformée, le dos courbé et la démarche chaloupée à la Aldo Maccione, Fabrice Luchini étonne dans le rôle d'André Van Peteghem, loin de son registre habituel. Juliette Binoche compose une grande bourgeoise exaltée aux allures de diva, chantant de l'opéra, roulant les yeux et jetant la tête en arrière, tandis que Valeria Bruni Tedeschi est plus sobre dans le rôle de l'épouse corsetée d'André Van Peteghem.

(Source : AFP)

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