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Culture - Exposition

L’homme qui marche beaucoup dans sa tête

Pour ses vingt ans, l'École supérieure des affaires (Esa) expose les nouvelles œuvres de son artiste-résident-ami Jean-Marc Dallanegra. Comme elle l'avait déjà fait à l'occasion de son 10e anniversaire.

Dallanegra devant l’une de ses toiles. Photo C.H.

Quand on le regarde, que l'on observe sa longue silhouette fine, légèrement pliée, presque penchée côté cœur, on ne peut qu'évoquer L'homme qui marche de Giacometti. Sauf que Jean-Marc Dallanegra a des yeux si vifs, si pétillants, qu'ils semblent déchirer la monochromie du bronze, la froideur du silence et de la nuit, qu'il s'est plu à peindre cette année. L'homme qui marche beaucoup dans sa tête, après et avant avoir fait de longs voyages, qui erre dans ses immenses toiles, sans jamais se perdre. Dans ses magnifiques bleus, blancs et maintenant noirs...

L'artiste est un habitué de l'École supérieure des affaires (Esa). Il y a installé son atelier, privilège, et il le retrouve, à chaque fois, comme si c'était la première fois, heureux et surpris d'en être le seul hôte. Étonné de constater que tout est encore en place, les pinceaux, les tubes de couleurs, les palettes, les toiles en sol, jusqu'aux cendres de ses cigarettes et toutes les traces (et les souvenirs) de son dernier passage en 2006. « J'ai été accepté sans m'en rendre compte. Il y a même mon nom sur le trousseau de clefs. Ma richesse, c'est ma chance ! » avoue-t-il.
Dallanegra est un habitué de l'établissement, témoin de l'évolution de son travail depuis 1999. Dans les couloirs et à tous les étages de la Villa Rose, la signature de l'artiste se retrouve dans des œuvres qui racontent des voyages, des silences, la solitude et le bonheur de s'y retrouver. Elle est omniprésente également dans cette pièce qu'il a apprivoisée, située dans ce bâtiment provisoirement oublié, hanté et dévoré par le temps.

« Untitled »
Pour sa troisième exposition au Liban et à l'Esa – qu'il n'aimerait pas figer dans le temps, dans un temps – pas de titres. « Si je ne les ai pas trouvés, c'est que ça ne doit pas être. Et puis cela enfermerait les toiles. De toute évidence, murmure-t-il, on voit ce que c'est. » Ce que c'est ? Des surfaces d'un ou deux mètres, toujours horizontales, « en format Scope, comme au cinéma. » Paysages infinis, jusqu'à l'abstraction, où l'artiste étale ses contemplations, ses réflexions, dans une maîtrise parfaite de l'espace, de la couleur, de l'acrylique et de la technique. Toujours du bleu, toujours du blanc, plus forts, plus brillants, plus seuls, qui s'imposent entre douceur et puissance. Et le noir, qui cette année a remplacé l'ocre des crépuscules, pour dessiner une nuit noire éclaboussée de lumières. Des « temps fixes ». « J'ai fait une découverte, confie Jean-Marc Dallanegra. Un peu comme se rendre compte que la Terre ne tourne pas autour du Soleil. Ça ne change rien à la vie... Mais voilà : tout ce qu'on appelle le temps, c'est quelque chose de solide. Un rocher, du bois, c'est fluide. La seule chose de solide, c'est le temps. On y trouve à la fois des informations du passé et du futur. »

Pour l'accrochage de sa trentaine d'immenses rêves éveillés, et dans lesquels « on ne peut pas voir tout, il reste toujours une partie cachée », précise-t-il. Dallanegra a choisi les 7 pièces de l'ancien consulat de France au Liban, autrefois l'un des pavillons de l'hôpital qui hébergeait des malades, et qui est en projet de restauration. Des pièces décrépies, mais pleines de vies et d'histoires, avec des murs délavés et une étrange intimité. Dans ces salles étroites, le peintre va accrocher, déposer ses plans de lumières, d'ombres, ses magnifiques et ensorcelants mouvements. « Il faut que ça reste animé, que ça bouge tout le monde. Ça veut dire, alors, qu'on a réussi à transporter du vivant dans une toile. » Pas une ombre qui passe, mais des âmes, des présences puissantes dans un paysage parfois lunaire, parfois inspiré... de Beyrouth. « Même s'il n'y a pas un visage, pas une personne, ce qui m'intéresse, c'est l'humain. »
Le 10 juin, ce cow-boy solitaire repartira en rendant la clef de son atelier. L'Esa prévoit de restaurer les lieux. Mais l'artiste reviendra. Beyrouth l'attend. Il a ici, à présent, trop d'amis, trop de souvenirs. Trop d'humains qui l'intéressent.

Le vernissage des œuvres de Jean-Marc Dallanegra, suivi d'un cocktail, aura lieu aujourd'hui, vendredi 20 mai, à 18h. L'exposition sera ouverte au public jusqu'au 8 juin, de 14h à 18h. Esa, rue Clemenceau.

Quand on le regarde, que l'on observe sa longue silhouette fine, légèrement pliée, presque penchée côté cœur, on ne peut qu'évoquer L'homme qui marche de Giacometti. Sauf que Jean-Marc Dallanegra a des yeux si vifs, si pétillants, qu'ils semblent déchirer la monochromie du bronze, la froideur du silence et de la nuit, qu'il s'est plu à peindre cette année. L'homme qui marche beaucoup dans sa tête, après et avant avoir fait de longs voyages, qui erre dans ses immenses toiles, sans jamais se perdre. Dans ses magnifiques bleus, blancs et maintenant noirs...
L'artiste est un habitué de l'École supérieure des affaires (Esa). Il y a installé son atelier, privilège, et il le retrouve, à chaque fois, comme si c'était la première fois, heureux et surpris d'en être le seul hôte. Étonné de constater que tout est encore en...
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