Le cèdre pérenne et renouvelé de la nouvelle cuvée de peintures de Nabil Nahas.
Sur le thème du Cèdre, pérenne et renouvelé, une quinzaine de grandes peintures signées Nabil Nahas occupent avec force les cimaises immaculées de la flambant neuve Saleh Barakat Gallery, à Clemenceau. Spectaculaires, singulières, surprenantes mais surtout d'une irradiante énergie... Il fallait des œuvres de cette envergure pour se mesurer aux dimensions écrasantes de cette galerie. Plus de 900 m2 de superficie (visible) répartie sur trois niveaux entre rez-de-chaussée et sous-sol, et une hauteur sous plafond variant de 4,50 à 6 mètres.
Curieuse coïncidence. En 2010, Nabil Nahas inaugurait le Beirut Exhibition Center de Solidere, aujourd'hui démantelé pour cause de spéculation immobilière. Six ans plus tard, c'est lui qui donne le coup d'envoi de ce nouvel espace d'exposition, du même acabit que le Bec (à l'aménagement d'ailleurs signé par le même duo Makram el-Kadi et Ziad Jamaleddine du studio d'architectes Left), auquel on souhaite évidement une plus grande longévité...
Vingt-cinq ans de carrière...
Un second espace d'exposition qui vient couronner les 25 ans de fructueux travail du promoteur et dénicheur de talents qu'est incontestablement Saleh Barakat.
En 1991, jeune diplômé en business de l'AUB, cet esthète, féru d'art, ouvrait Agial, une galerie ayant pignon sur la très passante rue Abdel-Aziz. Il y présentera, au fil des années, toute une génération de talentueux artistes contemporains libanais et de la région qu'il va lui-même dénicher. À l'instar de Sobhan Adam, de la fratrie Baalbaki, de Tamara el-Samerraei, de Taghrid Dargouth, d'Omar Fakhoury ou encore de Samar Mogharbel, pour n'en citer que certains... Mais aussi des œuvres d'artistes modernes importants, comme Salwa Raouda Choucair ou Helen el-Khal... Autant de signatures désormais connues et reconnues, que le dynamique galeriste a largement contribué à faire découvrir, non seulement aux amateurs éclairés mais également aux badauds de cette très animée artère perpendiculaire à la rue Hamra. « En faisant le choix d'une galerie de proximité, je voulais m'adresser non seulement aux amateurs et collectionneurs, mais aussi aux passants lambda et aux étudiants... Leur permettre de côtoyer l'art, de l'apprécier, même s'ils n'ont pas forcément les moyens de se l'offrir », assure-t-il.
Aujourd'hui, sans la moindre intention de fermer ses locaux de la rue Abdel-Aziz – « où je continuerais à programmer la majorité de mes expositions », signale-t-il – le galeriste emménage quelques rues plus loin « un vaste espace avec une belle hauteur sous plafond plus adapté aux œuvres contemporaines en très grand format et aux très grandes expositions et rétrospectives – à l'instar de celles de Salwa Raouda Choucair, Chafic Abboud ou Michel Basbous – que j'organisais, jusque-là, au Beirut Art Center (Bac) puis au Beirut Exhibition Center (Bec) qui vient d'être fermé », dit-il.
Née donc d'un besoin, comme de « l'évolution d'une carrière normale au bout de toutes ces années », cette seconde galerie, d'esprit très White Cube, prend en quelque sorte la relève de celle de Solidere – bien qu'il serait vraiment regrettable que la très belle structure architecturale du Bec qui a été démontée ne soit pas réutilisée ailleurs !
La Saleh Barakat Gallery a, pour sa part, trouvé sa parfaite localisation dans les murs de l'ex-cinéma Clemenceau de la rue Justinien*. Une adresse mythique du Beyrouth d'avant-guerre, qui a hébergé aussi un temps le théâtre al-Madina, et que le galeriste a disputé à des promoteurs qui voulaient en faire un... garage. « Outre sa localisation au cœur de la ville et donc sa grande accessibilité aux visiteurs, je suis très heureux d'avoir pu conserver à ce lieu son cachet culturel », soutient son heureux propriétaire. Lequel a vu grand, beau, chic et épuré pour son aménagement. Escalier sculptural, espaces décloisonnés et murs mobiles permettant de bénéficier d'un puits de lumière indirecte ainsi qu'un mélange de matériaux bruts et minimalistes (terrazzo gris et béton, métal en canon de fusil, ainsi que des notes de verre et bois blond) laissent supposer un important investissement.
Sans entrer dans les détails, Saleh Barakat confirme qu'« en ces temps difficiles, il s'agit d'un véritable acte de foi dans le rôle de scène culturelle de Beyrouth. Pour ne pas dire sa résistance. C'est un espace qui s'imposait pour être dans les normes des foires internationales et de cette nouvelle présentation de l'art, spectaculaire et scénographique, qui prédomine aujourd'hui, soutient-il. Même si pour ma part, je reste aussi très attaché à la dimension intime et érudite d'une exposition ».
Pour en revenir à l'accrochage – « délibérément voulu pour l'inauguration de cette nouvelle galerie, qui vient marquer mes vingt-cinq ans de carrière, avec les œuvres de Nabil Nahas qui, lui, fête bientôt ses cinquante ans de peinture » –, il s'agit de 15 toiles récentes sur une thématique formant une sorte de point culminant des différentes périodes de l'artiste libano-américain. Lequel vient de bénéficier d'une importante monographie intitulée Nabil Nahas (éditions Rizzoli) signée par le critique américain Carter Ratcliff.
...et une porte ouverte sur une dimension inconnue
Ce qui frappe d'emblée dans les tableaux accrochés sur les cimaises, réalisés entre 2011 et 2016, c'est le mélange des trois grands thèmes de Nabil Nahas : géométrique, fractal et cèdre. Ce dernier formant l'axe central de ces peintures singulières, aussi audacieuses dans l'esprit que dans la composition. Revenir sur ces trois périodes n'est-ce pas faire en quelque sorte une exposition testament ? « Absolument pas, s'insurge le galeriste. Il ne faut pas du tout lire cette exposition de la sorte. C'est exactement le contraire. Il s'agirait plutôt du début d'une peinture nouvelle, avec si j'ose dire une porte ouverte sur une dimension inconnue ! Nabil Nahas est un artiste qui évolue en permanence dans un esprit d'avant-garde. Et dont l'œuvre est une recherche perpétuelle des liens entre l'infiniment petit (la moindre cellule de l'univers) et l'infiniment grand (le cosmos). Ses différentes périodes en témoignent : géométrique, postgéométrique, période noire (celle de la guerre libanaise), cosmique, fractale (dont les fameuses étoiles de mer), palmiers et cèdres (réminiscence de son enfance entre Le Caire et le Liban), et des cèdres, qui reviennent en 2005, avec la révolution du Cèdre, de manière différente. Et plus puissante. Dans cette série "nouvelle" qu'il ne faut pas confondre avec ses peintures des années 70, 80 ou 2000, il a réussi à capter l'essence du tout, à faire se rejoindre sa vision des liens entre le micro et le macro. Pour exprimer la vie sous toutes ces facettes : organique, cosmique, scientifique, spirituelle ou encore électrique... »
Des œuvres qui, passé le premier moment de surprise, dégagent en effet une vibrante énergie. À vous de vous y confronter... Jusqu'au 30 juillet.
*Rue Justinien. Horaires d'ouverture : du lundi au samedi, de 12h à 19h.
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Une belle révolution artistique .
09 h 12, le 20 mai 2016