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Économie

Cinéma : le coup de pouce de la BDL est-il suffisant ?

Liban - Focus

Le système de prêts subventionnés pour les secteurs du cinéma et du théâtre remis en place en avril par la Banque centrale est bien accueilli par les professionnels mais présente des limites.

16/05/2016

Absence de subventions publiques, nécessité d'avoir recours à des fonds de soutien internationaux, frilosité des investisseurs... Le financement d'un projet cinématographique au Liban relève très souvent du parcours du combattant. « Il n'existe pas de subventions, et il est très risqué d'investir dans le cinéma. Les producteurs essaient en général de coproduire leur film avec un pays étranger », résume Maya de Freige, présidente de la Fondation Liban Cinéma. L'enveloppe accordée par le ministère de la Culture, de 100 000 dollars chaque année pour une dizaine de films, ne suffit pas.

Afin de pallier à ces difficultés, la Banque du Liban a émis en avril une nouvelle circulaire intermédiaire (n°416), qui permet aux films de cinéma et de télévision, aux documentaires, aux films pédagogiques et au théâtre de bénéficier de prêts subventionnés à moins de 1 %. Une décision qui débloquerait 180 millions de dollars pour le secteur artistique, s'est félicité cette semaine le gouverneur de la BDL, Riad Salamé.

« Cette circulaire est spécifique au cinéma, mais l'idée est la même que pour les prêts déjà existants pour le logement ou les PME par exemple », note le directeur du département bancaire au sein de la BDL, Najib Anwar Choucair. Dans les détails, ce prêt s'étale au maximum sur 16 ans, dont deux ans de délai de grâce. Le montant maximal du prêt est fixé à trois millions de dollars et peut inclure les coûts liés à la propriété intellectuelle. Les projets sélectionnés doivent opérer à 90 % sur le territoire et « créer des opportunités de travail sur le marché libanais, augmenter la richesse nationale libanaise et soutenir l'innovation intellectuelle ».

« On ne prêtera qu'aux riches »

« Je suis très contente que la BDL inclue des détails concernant la propriété intellectuelle ou la nécessité d'accomplir le projet cinématographique au Liban », s'enthousiasme Rolly Dib, productrice exécutive à Olive Tree productions. « Il aurait été toutefois bien plus encourageant si nous pouvions profiter d'une circulaire comme la n° 331 », regrette-t-elle. Émise en 2013, cette circulaire permet aux banques d'investir dans l'économie de la connaissance, tout en bénéficiant d'un système de garantie des pertes par la BDL. « Les producteurs ont essayé de se greffer dessus, mais n'ont pas pu car elle requiert l'utilisation de nouvelles technologies », observe Pierre Sarraf, producteur et directeur associé de la maison de production « Né à Beyrouth ».

Selon lui, le nouveau système de prêts subventionnés répond habilement à certains besoins. « Les deux ans de délai de grâce sont nécessaires, un film ne commence pas à générer de l'argent avant ce laps de temps », souligne-t-il. La circulaire va également aider les producteurs à avoir accès à des liquidités immédiates à des taux avantageux, un détail non négligeable : « Mon producteur a dû prendre un prêt bancaire pour mon dernier film, en attendant que les fonds internationaux déjà débloqués arrivent, rapporte par exemple le cinéaste Ghassan Salhab. De manière générale, la circulaire aidera à stimuler l'industrie et à lui imposer une discipline plus rigoureuse en l'obligeant à être plus regardante concernant la rentabilité », estime Pierre Sarraf.

Pourtant, l'idée même de permettre aux banques de décider de la rentabilité d'un film inquiète. « On ne peut jamais garantir la rentabilité d'un film, C'est d'abord une question de désir et d'accompagnement de projets de création », souligne la réalisatrice Joana Hadjithomas. « Les banquiers devront être formés ou avoir recours à des experts », suggère Maya de Freige.

D'où la crainte d'effets pervers sur le financement du cinéma d'auteur. « Cet instrument financier donnera une liberté qui manquait aux producteurs. Mais il faut éviter d'uniformiser les pratiques cinématographiques au Liban. Une conséquence possible de cette circulaire est que l'on ne prêtera qu'aux riches et que cela fera exploser les budgets des films et augmentera le coût moyen de production. Les films indépendants pourraient difficilement s'en sortir, ce qui nuirait à la pluralité du cinéma », estime le réalisateur Khalil Joreige.

Au-delà de la circulaire, la solution la plus efficace pour pallier aux manques de financements du cinéma serait, pour les professionnels, de mettre en place au Liban un système de subvention public calqué sur le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) français, qui met à contribution l'ensemble des acteurs du secteur afin de financer le cinéma. « J'ai bien peur que cette circulaire va dédouaner l'État, empêchant ainsi de réfléchir à la création d'un fonds public pour le cinéma », met en garde Ghassan Salhab.




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