Le président du Parlement, Nabih Berry. Photo AFP
La première phase des élections municipales a eu des conséquences notoires parmi les alliés d'hier et au sein du même camp politique. L'ébranlement constaté notamment dans les camps du 14 et du 8 Mars, avec l'apparition sur le terrain de nouvelles alliances qui pourraient se refléter lors des prochaines élections législatives, a renforcé la conviction chez nombre d'observateurs qu'un nouveau processus politique est actuellement en train de se dessiner.
C'est ce que laisse entrevoir la récente initiative lancée par le président du Parlement, Nabih Berry, consistant à élire un président de la République par les seuls députés présents à l'Assemblée, mais seulement une fois les législatives effectuées. Il s'agit d'un changement de position fondamental lorsque l'on sait que le chef du législatif était resté religieusement attaché durant toute la période du blocage de l'échéance au principe du quorum des deux tiers (pourtant non prévu explicitement par la Constitution) pour l'élection du chef de l'État. Dans certains milieux politiques chrétiens, on s'étonne d'ailleurs de ce revirement soudain, et l'on s'interroge sur la raison de savoir pourquoi M. Berry a tenu à lier cette nouvelle position à la consultation législative qui, selon sa logique, devrait avoir lieu avant l'échéance présidentielle. M. Berry tente peut-être de mettre à profit les fissures apparues au niveau du socle qui soutenait les alliances politiques, et qui ont commencé à être révélées au grand jour à l'occasion des municipales, ce qui a remis sérieusement en cause la popularité des forces politiques en présence. Dans les milieux politiques, on n'écarte désormais plus l'éventualité de voir des changements profonds dans les alliances survenir, une fois les municipales achevées.
Des observateurs n'ont pas manqué de relever par ailleurs les propos tenus par le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, lorsqu'il a évoqué la nécessité de procéder à l'élection présidentielle sitôt les municipales terminées, refusant le processus défendu par le 8 Mars qui veut faire précéder cette échéance par des législatives, même si celles-ci devraient se faire sur base de la loi électorale de 1960. Ces derniers arguent de la nécessité de produire une nouvelle Assemblée qui refléterait le pouls de la rue et serait plus représentative des composantes politiques habilitées alors à élire un président.
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Dans certains milieux politiques, on estime que les positions de M. Machnouk ne sont qu'une réplique au 8 Mars qui demande des législatives anticipées et une nouvelle Assemblée qui puisse élire un chef d'État. Une demande à laquelle certaines composantes du 14 Mars ont opposé leur refus catégorique.
Un responsable aouniste persiste et signe en affirmant que le Courant patriotique libre continuera de réclamer des législatives avant la présidentielle, réitérant son refus de prendre part aux sessions consacrées à l'élection du président. Or, rappelle un ancien ministre, il est quasiment impossible d'effectuer des élections législatives en premier, pour la simple raison qu'avec l'avènement d'une nouvelle Assemblée, le gouvernement devient de facto démissionnaire. Comment faire alors pour les consultations parlementaires préludant à la formation d'un nouveau gouvernement en l'absence d'un chef d'État, qui seul détient cette prérogative ?
Certains craignent sérieusement le fait que l'objectif derrière la demande d'antériorité des législatives ne soit tout simplement de parvenir au vide le plus total, ce qui conduirait à des velléités de reconstitution du pouvoir qui passerait par l'amendement de la Constitution de Taëf de sorte à l'adapter aux nouveaux équilibres en présence.
Si l'on en croit toutefois les informations livrées par un diplomate occidental à un responsable politique, on devrait s'attendre, deux semaines après la fin des élections municipales, au lancement d'une nouvelle dynamique en vue d'examiner le mécanisme de l'élection d'un président qui serait choisi parmi une liste de personnalités dites consensuelles désignée hors des camps politiques traditionnels et de la liste des quatre candidats bénis par Bkerké.
Le président français, François Hollande, devrait également relancer la question de la présidentielle auprès de ses interlocuteurs saoudiens et iraniens dans les semaines à venir, bien qu'il reste convaincu que le blocage de l'échéance se trouve à Beyrouth et nulle part ailleurs.
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12 h 13, le 13 mai 2016