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Moyen Orient et Monde

Palmyre, chasse gardée des Russes

Décryptage

En coupant la route reliant Homs à Tadmor, l'EI a anticipé l'offensive en cours de préparation sur Sokhné.

13/05/2016

Le groupe État islamique (EI) est parvenu mardi à couper l'axe de communication entre Homs et Palmyre (Tadmor en arabe) après une attaque lancée depuis le flanc est de Homs. Après un an et demi de tentatives avortées, l'EI a finalement pris le contrôle de Haql el-Chaer, où se trouve le champ gazier qui alimente en gaz et en électricité la population de Homs.

Haql el-Chaer présente un autre intérêt stratégique majeur. Situé à 75 km de Palmyre, ce secteur se trouve à proximité de la base aérienne syrienne de Tiyas-Terminal 4, par ailleurs centre névralgique des forces russes où sont toujours stationnés entre 1 500 à 1 700 soldats russes, des avions de chasse Sukhoï 24 et 25 et des hélicoptères d'attaque.
Ce dispositif militaire est essentiel dans la perspective d'une reconquête par le régime, vers l'Est, de Deir ez-Zor et Raqqa. Or, comme le rappelle Fabrice Balanche dans son article The Battle for Deir ez-Zor : A US-Russian Bridge Against the Islamic State ? la bataille de Palmyre est le principal obstacle aujourd'hui à la reprise de Deir ez-Zor.

En coupant la route reliant Homs à Palmyre, les combattants de l'EI ont effectivement anticipé l'offensive sur Sokhné (à l'est de Palmyre) que s'apprêtait à livrer l'armée syrienne et ses alliés. La reprise de Sokhné, où deux ans auparavant les composantes tribales locales ont prêté allégeance à l'EI, en raison de rivalités historiques avec les habitants de Palmyre, et conquis la ville au nom de l'organisation, reste une pièce centrale de la stratégie de reconquête de Deir ez-Zor et Raqqa. Ces évolutions sur le terrain à Palmyre interviennent dans un contexte où l'EI, qui subit des offensives sur plusieurs fronts en Syrie et en Irak, tente de se remettre en selle et de démontrer que ses revers sont ponctuels.

(Lire aussi : La guerre de communication russe en Syrie, en vidéo)

 

La thèse selon laquelle la contre-offensive de l'EI à Palmyre aurait été favorisée par la reprise des combats à Alep, entraînant la nécessité d'un retrait des troupes de Palmyre pour les redéployer sur ce front, est sujette à caution. Selon les informations obtenues par L'Orient-Le Jour de sources sécuritaires proches du régime syrien, la bataille de Khan Thouman orchestrée par le Front al-Nosra et ses alliés n'a pas mobilisé les forces du régime rappelées de Palmyre vers le sud d'Alep, laissant ainsi le champ libre aux combattants de l'EI. Il semble que ce soient principalement les forces iraniennes alliées au régime de Damas qui aient pris part à cette bataille. Toujours selon ces informations, ce revers iranien serait imputable à une erreur d'appréciation de la situation du côté des forces de Téhéran. Ces dernières, sur la base de renseignements des services russes, avaient reçu l'assurance qu'aucune offensive des combattants d'al-Nosra et de leurs alliés n'était planifiée. L'effet surprise a été déterminant dans cette bataille.

Par ailleurs, l'hypothèse d'un transfert des unités de l'armée syrienne de Palmyre vers Alep, qui aurait dégarni le front de Tadmor, occulte le fait que la ville est essentiellement tenue par des groupes paramilitaires syriens formés par les forces spéciales russes (Les Faucons du désert). En mars dernier, ces groupes paramilitaires ont joué un rôle déterminant dans la reprise de la ville. Palmyre reste donc fermement tenue par les Russes. Sur le plan opérationnel, une reprise de la ville par l'EI semble un scénario peu réaliste. La conquête en mai 2015 de la ville n'a été possible que dans un contexte où l'armée syrienne avait subi une série de défaites dans le Nord et ses forces affaiblies. Or un réel changement de donne stratégique est intervenu depuis l'intervention russe de septembre 2015. Ainsi, si à Palmyre, un renversement de situation est peu probable, à Alep où la configuration des rapports de forces est très différente, une exacerbation du conflit dans les semaines à venir n'est pas à exclure.

 

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LA TABLE RONDE

Patience et longueur de temps valent mieux que force ni que rage ...

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Chasse gardée de "rabiques", oui !

FAKHOURI

Poutine a une extinction de voix !!!!!!

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