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Culture - Cimaises

Balade picturale dans les jardins perses

Minimalisme en noir et blanc pour Keyvan Mahjoor et estampes dans un jeu d'ombres et de transparences pour Nahid Kazemi.

Tantôt geisha, tantôt persane, Keyvan Mahjoor réserve une place importante à la femme ainsi qu’à la calligraphie.

En Perse, les jardins font partie du patrimoine national, ils matérialisent le concept d'éden ou de paradis terrestre. Ils ont longtemps été source d'inspiration pour les dessins de tapis, de textile, ou de peinture de miniatures. Deux artistes, Keyvan Mahjoor et Nahid Kazemi, honorent cette tradition sur les cimaises de la galerie ArtLab.

Qui est-il ?
Né à Ispahan, Keyvan Mahjoor subit l'influence de la culture du textile et des miniatures perses. Il présente une œuvre empreinte de lyrisme et de poésie, en formes symboliques, qui tantôt embrassent les arabesques traditionnelles, tantôt se déclinent en motifs japonisants. L'artiste, graphiste et illustrateur de formation, opte pour le minimalisme en noir et blanc avec une note d'Extrême-Orient et introduit l'identité persane à travers la calligraphie.
Le sens du texte s'incline face à l'esthétisme, à la précision et à la beauté du trait. Les lettres de l'alphabet persan prennent des airs de farandole, se dessinent en auréoles autour des visages, reflètent la pensée refoulée ou réfléchie, s'étalent en tapis de gazon et se confondent en corbeaux ou corneilles, ces oiseaux inhérents à la culture iranienne. En tapisserie, en robe, en étole autour du cou, en couronne ou parsemé dans le vent qu'un cycliste laisse échapper à son passage, le motif du lotus se répète inlassablement dans des lignes pures et déliées. Il regroupe les femmes iraniennes dans un mouvement circulaire et fusionnel, les relie les unes aux autres, les solidarise, pour ne plus faire qu'un seul corps.
Tantôt geisha, tantôt persane, Mahjoor réserve une place importante à la femme. Dans les jardins, lieu de rencontre des familles, des amoureux et de la jeunesse, il s'attache à faire leur portrait dans un registre exposant leur grâce et leur féminité, et laissant se profiler quelquefois une égalité de sexes qui autorise l'intrusion des hommes. Les Iraniennes sont présentes depuis toujours dans les arts et la littérature islamiques. Cette présence change-t-elle aujourd'hui l'image que les Iraniennes ont d'elles-mêmes ?

Qui est-elle ?
Née en Iran en 1974, Nahid Kazemi décroche un master en art à l'Université de Téhéran. Elle se fait connaître par ses illustrations et fait son intrusion dans le monde de l'enfance. Toute petite déjà, elle s'amusait à confectionner ses propres livres et à s'inventer un monde tout en couleurs. Pour Orange House et The Cloud and the Crow, elle est récompensée par le prix Elmi Farhangi Festival. Aujourd'hui établie à Montréal, elle se tourne vers une nouvelle technique, celle des estampes. Une technique qui fait de chaque toile une pièce unique. Après avoir achevé le processus d'impression, elle intervient manuellement au moyen de brosse, de pinceau ou de ses doigts. Le style « abstractif » l'emporte sur le figuratif et les formes s'estompent par moments dans un jeu d'ombres et de transparences. Des chevaux, des gazelles, des fauves et la végétation luxuriante de l'Iran occupent l'espace pictural de Kazemi. Le cheval est porteur à la fois de mort et de vie, il surgit dans l'univers de Kazemi galopant pour s'élever vers les cieux en pleine lumière. Il symbolise l'impétuosité du désir, et de la jeunesse avec tout ce qu'elle contient d'ardeur. La couleur verte calme et rafraîchissante qui baigne les toiles de Kazemi est-elle uniquement emblématique du règne végétal ou porteuse d'un message, celui d'une couleur qui constitue pour le musulman l'emblème du salut ?

* L'exposition « Persian Garden Revisited » Keyvan Mahjoor et Nahid Kazemi à la galerie ArtLab, Gemmayzé. Jusqu'au 18 mai.

 

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