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En Irak, les chrétiens ont "perdu tout espoir"

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Le collectif "Chrétiens d'Orient en danger" met en garde également contre les dangers d'un exode massif de réfugiés vers l'Europe.

OLJ/AFP
27/04/2016

Il y a "urgence" à protéger la minorité chrétienne en Irak, qui a "perdu tout espoir" et est désormais "menacée de disparaître", a averti mercredi à Paris une association de défense des chrétiens d'Orient, mettant en garde également contre les dangers d'un exode massif de réfugiés vers l'Europe.

A l'initiative du collectif "Chrétiens d'Orient en danger" (Chredo), une délégation d'une trentaine de personnes, dont sept parlementaires français (parti socialiste et Les Républicains), s'est rendue du 16 au 21 avril au Liban, en Syrie et au Kurdistan irakien. Il s'agissait d'une "mission d'étude et d'évaluation", avec notamment pour objectif de "faire un état des lieux de la situation des chrétiens" d'Orient, et d'"évaluer le risque migratoire pour la région et l'Europe", a expliqué au cours d'une conférence de presse le président de la Chredo, Patrick Karam.

Malgré les mises en garde du Quai d'Orsay et sa demande d'abandonner l'étape syrienne, la délégation s'est rendue à Damas, mais "n'y a rencontré aucun responsable politique ou militaire pour éviter toute récupération du régime" de Bachar el-Assad, a souligné M. Karam, également vice-président (LR) du conseil régional d'Île-de-France.

"Il y a urgence en particulier sur l'Irak, où nous allons vers la fin d'une présence chrétienne millénaire", a lancé M. Karam. Près de deux millions en 1977, les chrétiens irakiens seraient aujourd'hui entre 350.000 et 450.000, dont 100.000 déplacés récents, a-t-il précisé. "La plus grande partie d'entre eux veulent partir, en Europe, au Canada, aux Etats-Unis", a déploré le président de la Chredo, rappelant que les chrétiens n'étaient pas les seuls a être victimes d'exactions, citant en particulier la minorité yazidie. "Selon tous les responsables rencontrés, les chrétiens d'Irak ne reconnaissent plus leur pays, ils n'ont plus confiance. Beaucoup disent avoir été dénoncés par leurs voisins sunnites (...) et ne s'imaginent pas revenir revivre à côté de ceux qui les ont trahis".

En Syrie, la délégation du Chredo affirme avoir été "frappée" du soutien affiché par leurs interlocuteurs religieux chrétiens au régime, qui serait le "seul à pouvoir les protéger", même "si certains reconnaissent son caractère dictatorial". "Tous disent que la popularité de Bachar a considérablement augmenté", assure M. Karam.

La délégation, parmi laquelle le député socialiste Gérard Bapt (président du groupe parlementaire d'amitié France-Syrie et soutien affiché de Bachar), est restée une journée en zone gouvernementale, avec un déplacement dans le village chrétien de Maaloula (contrôlé de fin 2013 à mars 2014 par des groupes rebelles islamistes). Le tout s'est déroulée sous la protection des forces de sécurité syriennes, a concédé M. Karam. Ce déplacement était organisé dans le sillage d'une tournée régionale du président François Hollande, qui a rencontré des membres de la délégation lors de son passage au Liban.

"Appels d'air"
En Syrie, "ce n'est pas seulement Daech (Etat islamique) qui réprime les chrétiens, mais aussi tous les groupes islamistes armés", selon M. Karam. "Il existe néanmoins des différences suivant les mouvements (...). Mais les groupes avec des combattants étrangers dans leurs rangs sont toujours les plus impitoyables avec les chrétiens".

"S'agissant de l'Europe et de la France, de nombreux responsables nous ont mis en garde sur les réfugiés qui arrivent en masse et risquent de déstabiliser les pays d'accueil", a dit M. Karam. "L'Occident joue avec le feu en encourageant, par certaines déclarations irresponsables, l'exode de ces populations", s'est-il alarmé: "Cette politique suicidaire contribue à dépeupler ces régions de leurs élites, à les appauvrir et à en faire de véritables poudrières". "Beaucoup de responsables rencontrés ont demandé à l'Occident de ne pas favoriser le départ des habitants, chrétiens ou autres, et de s'abstenir de tout signaux qui pourraient être interprétés comme un appel d'air (...)", a insisté le président de la Chredo.

Il a par ailleurs souligné les "risques réels d'infiltration de jihadistes parmi les réfugiés", appelant à une reprise de "la nécessaire coopération entre les services de renseignements français et du régime syrien", et exprimant ses "doutes" sur la politique menée par Paris depuis le début de la guerre en Syrie.

 

 

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