Le président Obama à Riyad, en compagnie du vice-Premier ministre omanais Sayyed Fahd ben Mahmoud al-Saïd (à gauche), du monarque saoudien Salmane et du roi de Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa (à droite). Kevin Lamarque/Reuters
Le président américain Barack Obama s'est employé, hier, à défendre, en dépit de tensions évidentes, « une vision commune » avec ses alliés du Golfe. Assurant depuis Riyad que les difficultés avec les monarchies pétrolières avaient été « exagérées », M. Obama a insisté sur la véritable unité existant en particulier dans la lutte engagée pour « détruire » le groupe État islamique (EI), qui représente « une menace pour tous ». Une nouvelle fois, le président américain a dénoncé les « activités déstabilisatrices » de Téhéran dans la région. Mais – sujet sensible pour les monarchies sunnites– il a aussi appelé au dialogue avec les forces « les plus raisonnables » de la République islamique afin « de ne pas assister à une escalade dans les guerres par procuration à travers la région », en Irak, en Syrie ou encore au Yémen. « Aucun de nos pays n'a intérêt à un conflit avec l'Iran », a-t-il martelé, tout en appelant Téhéran à se conformer aux lois et normes internationales et à adopter « des mesures pratiques et concrètes pour construire la confiance ».
(Commentaire : Échec de la politique d'Obama au Moyen-Orient ?)
Discussions « franches »
Se défendant d'être naïf, M. Obama a mis en exergue l'accord sur le programme nucléaire iranien comme preuve d'un dialogue possible, promettant de demeurer « vigilant » sur le respect de cet accord historique qui a réintégré Téhéran dans le jeu diplomatique international. Les pays du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar) ont peu apprécié l'ouverture américaine vers la puissance chiite, ainsi que les propos parfois très directs du président américain sur la nécessité de « partager » leur voisinage avec Téhéran. En renonçant à intervenir en Syrie contre le régime de Bachar el-Assad, mais aussi en affirmant haut et fort que l'Amérique avait d'autres priorités – Asie en tête – que le seul Moyen-Orient, M. Obama a encore accentué la défiance envers son administration dans la région. Ce sommet, « couronné de succès » selon le président américain, faisait suite à une rencontre similaire à Camp David, aux États-Unis, il y a un an. Selon la Maison-Blanche, les discussions, en particulier la rencontre avec le roi Salmane mercredi, ont été « très ouvertes et franches ». « Cela a probablement été la rencontre la plus longue avec le roi Salmane », a souligné Ben Rhodes, proche conseiller de M. Obama, évoquant un tête-à-tête constructif de deux heures avec le monarque, âgé de 80 ans.
(Lire aussi : « La doctrine Obama et la doctrine Salmane se complètent »)
Soutien sunnite « crucial »
Fort des progrès enregistrés ces derniers mois contre l'EI en Irak et en Syrie grâce à l'appui des raids aériens de la coalition internationale dirigée par les États-Unis, M. Obama veut accélérer le rythme face à des jihadistes « sur la défensive ». Les États-Unis viennent d'annoncer le déploiement de près de 220 soldats supplémentaires et d'hélicoptères d'attaque pour soutenir les forces irakiennes, notamment dans la reconquête de Mossoul, la deuxième ville du pays, aux mains de l'EI depuis juin 2014.
Mais Washington veut aussi mettre l'accent sur la nécessaire reconstruction de villes reprises aux jihadistes. Mercredi, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a appelé les riches monarchies pétrolières à s'impliquer davantage en Irak, pas seulement militairement mais aussi politiquement et économiquement. Le « soutien sunnite » à la reconstruction sera « crucial », a-t-il insisté. Les États-Unis comptent aussi sur leurs alliés du Golfe dans la résolution des conflits qui déchirent la région. À propos de la Syrie, le président américain a noté que la cessation des hostilités était « sous une pression énorme » en raison de la « poursuite des violations » par le régime de Damas. Il a également appelé toutes les parties en conflit au Yémen à se conformer à la trêve, parrainée par l'Onu et en vigueur depuis le 11 avril, afin que l'aide humanitaire puisse être distribuée et que des pourparlers s'engagent enfin. Le président des États-Unis a par ailleurs annoncé le lancement d'un dialogue de haut niveau avec les monarchies du Golfe pour « s'adapter » aux prix du pétrole qui sont orientés à la baisse. Cette initiative visera également à « renforcer les liens économiques » pour aider les pays de la région à « offrir des emplois et des opportunités » à leurs citoyens, en particulier aux jeunes. Le président américain a quitté la capitale saoudienne hier en fin d'après-midi pour rejoindre Londres où il doit déjeuner avec la reine Élisabeth II, désormais nonagénaire, mais aussi réaffirmer sa préférence pour le maintien dans l'Union européenne de cet allié privilégié des États-Unis qu'est le Royaume-Uni.
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16 h 23, le 22 avril 2016