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Moyen Orient et Monde

Heurs et malheurs de la politique étrangère de Barack Obama

Décryptage

La doctrine du premier président noir des États-Unis disséquée au microscope dans un article fleuve de « The Atlantic » : un choix dont seule l'histoire pourra juger la pertinence.

12/03/2016

Il n'y a pas de manuel ou de mode d'emploi en politique étrangère. Pas de choix indiscutables, pas de politiques sans risques, pas de situation manichéenne. C'est le lieu de toutes les complexités et de tous les dangers : la moindre intervention militaire peut causer des dommages irréparables, la non-intervention peut avoir un coût exorbitant. Cela, Barack Obama le sait mieux que quiconque. Le président des États-Unis a passé la plus grande partie de ses deux mandats à essayer de réparer les dégâts causés par la politique étrangère de son prédécesseur. Un lourd héritage qui explique, en partie, quelques-uns de ses choix, comme sa décision de ne pas intervenir en Syrie durant l'été 2013, malgré l'utilisation du gaz sarin dans la Ghouta par le régime de Bachar el-Assad. Une décision qui avait surpris tout le monde – puisque l'administration Obama avait parlé de « ligne rouge » et menacé le régime de représailles en cas d'utilisation d'armes chimiques – et qui continue de faire l'objet de nombreuses critiques, de la part des républicains, des alliés arabes des États-Unis au Moyen-Orient, mais aussi, de façon plus discrète, de la part de la France et de plusieurs grandes figures du Parti démocrate, comme Hillary Clinton.

Dans un article extrêmement riche en détails et en anecdotes – sans doute l'un des plus intéressants qui aient été publiés sur la politique étrangère de Barack Obama – intitulé « The Obama Doctrine » et publié par le mensuel américain The Atlantic, le président américain fait le bilan de sa gestion des affaires extérieures.

Ni paternaliste ni messianique
Pragmatique d'après ses défenseurs, cynique et/ou craintif selon ses adversaires, le président US se définit comme « un réaliste », qui n'agit qu'en fonction des intérêts propres des États-Unis, et comme un internationaliste, qui a pris compte de la multipolarité du monde et de la nécessité du multilatéralisme. Du pivot asiatique à la réconciliation avec Cuba, en passant par la place des États-Unis dans le monde, des enjeux stratégiques, comme la crise de l'environnement, auxquels son pays doit faire face, jusqu'à sa définition de la puissance, Barack Obama expose sa doctrine. Une vision ultrarationnelle et détachée, qui prend en compte la complexité des enjeux et la multitude des acteurs et qui admet les limites d'action de la première puissance mondiale et les dérives que peut provoquer la machine diplomatique américaine. En particulier au Moyen-Orient. Une région qui n'intéresse pas spécialement l'ancien sénateur de l'Illinois. Malgré le discours du Caire en 2009, malgré sa promesse de réconcilier l'Amérique et le monde musulman, malgré les attentes que son élection avait suscitées dans la région, il aborde celle-ci avec froideur, méfiance et même parfois mépris. Il dénonce son tribalisme et son sectarisme, il critique les méthodes des régimes autoritaires et la capacité des peuples à rejeter la faute sur autrui. Pour lui, le Moyen-Orient n'est plus aussi important pour les États-Unis. Loin de la politique paternaliste de Jacques Chirac ou du messianisme de Georges W. Bush, Barack Obama se veut réaliste sur ce qu'est le Moyen-Orient et sur la capacité des États-Unis à changer la région. Le président apparaît presque dépité, non seulement par ses adversaires, par la montée des groupes jihadistes et par la résilience des anciens régimes, mais aussi et surtout par les politiques menées par les alliés de son pays, l'Arabie saoudite et Israël en tête, et par la pression qu'ils exercent sur l'action américaine.

(Lire aussi : Les États-Unis bombardent la Libye mais ne veulent pas y mettre les pieds)

 

« J'en suis fier »
« Les Saoudiens sont-ils vos amis ? » « C'est compliqué », répond Barack Obama, qui s'est mis le royaume saoudien, mais aussi Israël, à dos en décidant de conclure l'accord nucléaire avec l'Iran. Un accord qui constitue sa principale réussite dans la région et qui pourrait un jour être présenté comme la mise en pratique de sa doctrine multiforme : le réalisme, parce qu'il considère que les États-Unis n'ont rien à perdre d'un rapprochement avec l'Iran ; le multilatéralisme, parce qu'il a associé les autres grandes puissances à cette réussite, et enfin le patriotisme, dans le sens où il a privilégié les intérêts des États-Unis à ceux de leurs alliés. C'est une vraie rupture par rapport à la politique traditionnelle de la première puissance mondiale dans la région.
M. Obama a-t-il sacrifié la Syrie pour garantir la conclusion de l'accord avec l'Iran ? C'est sans doute l'une des raisons qui ont motivé sa décision de ne pas intervenir, le 30 août 2013, malgré les recommandations de la plupart de ses conseillers. D'autres raisons, comme la peur d'un nouveau scénario irakien, afghan ou libyen, ou la réticence d'Angela Merkel, l'un des seuls dirigeants qu'il dit estimer, ont également joué.
« J'en suis fier », dit-il aujourd'hui, pour commenter sa décision de ne pas intervenir. Le président américain reste convaincu que le coût de l'intervention aurait été plus élevé que celui de la non-intervention. Plus élevé pour qui ? Pour les Américains, pour qui le principal enjeu du conflit syrien est la lutte contre le terrorisme ? Ou pour les opposants syriens qui ont payé très cher le prix de cette non-intervention américaine ? Barack Obama n'en démord pas. Pour lui, les États-Unis n'ont rien perdu de leur puissance ou de leur crédibilité en décidant de ne pas intervenir malgré les menaces.

(Lire aussi : Libye: les critiques d'Obama contre Cameron et Sarkozy)

 

Irrationalité et mise en scène
Le président américain est un animal de sang froid. Il pèse chacun de ses mots et ne cède ni à la panique ni à la surenchère militaire. Il n'a pas peur de dire, par exemple, que le climat est une menace plus existentielle que l'État islamique (EI) pour les États-Unis. D'un point de vue rationnel, le président américain n'a pas à rougir de son bilan sur la scène diplomatique : l'engagement des Américains dans la lutte contre le réchauffement climatique, le rapprochement avec Cuba, l'accord nucléaire avec l'Iran, le retrait – relatif – d'Irak et d'Afghanistan sont à mettre à son actif. Mais la politique étrangère, scène mondiale où s'affrontent tous les grands dirigeants, relève également de l'irrationnel et de la mise en scène. La puissance réelle étant constamment mise en concurrence par l'impression de puissance ou d'impuissance. La comparaison entre l'Amérique d'Obama et la Russise de Poutine en est la meilleure illustration. Les États-Unis sont la plus grand puissance au monde, dotée d'un budget militaire sans équivalent, en bonne santé économique, toujours en avance sur le plan technologique et – quasiment – indépendante énergétiquement, mais les candidats républicains à la campagne présidentielle américaine matraquent, c'est de bonne guerre, pourrait-on dire, l'idée que les États-Unis sont en déclin face à une Russie forte et virile, à l'image de son président.

La politique étrangère est jugée à l'aune de l'histoire. C'est notamment en fonction de ce que feront ses successeurs que sera estimée la valeur de la politique étrangère du premier président noir de l'histoire des États-Unis. À ses risques et périls...

 

Pour mémoire
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HABIBI FRANCAIS

c est la non politique d OBAMA qui a cree DAECH et TRUMP.

BOSS QUI BOSSE

En mentionnant le fait que Obama s'est mis à dos ses "alliés " bensaouds aussi bien que sioniste sur le nucléaire iranien NPR, pourquoi mr Samrani vous n'avez pas un peu plus insisté sur le fait que Obama s'est couché devant natibaba et ses 40 voleurs de terre de Palestine usurpée ?

Les colonisations juives d'Israël en matière de politique étrangère us n'était ce pas si important pour vous au point de les ignorer royalement.

La provocation du même voleur de terre en s'invitant au congrès, humiliant ce même Obama sur "ses" terres
n'est ce qu'une péripétie sans importance pour la suite à donner à la politique étrangère des usa. ?

FAKHOURI

“Il n'y a point de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre.”
de Molière
Extrait de L'amour médecin

Henrik Yowakim

Le président des États-Unis a passé la plus grande partie de ses deux mandats à essayer de réparer les dégâts causés par la politique étrangère de son prédécesseur. Un lourd héritage qui explique, en partie, quelques-uns de ses choix, comme sa décision de ne pas intervenir en Syrie durant l'été 2013, malgré l'utilisation du gaz sarin dans la Ghouta par le régime de Bachar el-Assad

PURE ARNAQUE QUE CETTE HISTOIRE DE L'HERITAGE DE BUSH QUI AURAIT EMPECHEE LES ETATS UNIS DU HUSSEIN BO D'INTERVENIR EN SYRIE :MAIS ALORS POURQUOI SONT ILS INTERVENUS ENTRE AUTRES EN LLYBIE,ET DERNIEREMENET CONTRE L'EI ,INTERVENTIONS QUI DEVRAIENT EN PRINCIPE NE PAS ARRIVER SI L'ON SUIT LE BLUFF DE REPARATION DE L'HERITAGE BUSCHIEN.

LA RAISON DE LA NON INTERVENTION DE HUSSEIN BO EN SYRIE CONFORTEE PAR LA FARCE DU VOTE ARRANGEE DU CONGRES ,S'INSCRIT SIMPLEMENT DANS LE COMPLOT QUI VISE A DETRUIRE LES ARABES SUNNITES DU PAYS EN VUE DE L'AVENEMENT DU CROISSANT CHIITE EMINEMMENT AMERICAIN ET QUI ARRANGE FORTEMENT/NATUREELLEMENT L'ENTITEE SIONISTE.

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