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Liban

Saïda rêvait d’un jardin à la place de son dépotoir : elle l’a désormais

Environnement

Le représentant du groupe Suez, qui a supervisé les travaux et conçu le projet de réhabilitation, répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

22/04/2016

Hier a eu lieu l'inauguration du jardin baptisé du nom du président du conseil municipal de Saïda, Mohammad Zouhair Saoudi, situé à l'endroit où se trouvait, il y a quelque temps, le dépotoir de la ville, sur une superficie de 33 000 mètres carrés. La cérémonie était placée sous le parrainage du ministère de l'Environnement, de la municipalité et du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), qui a apporté son concours pour la réhabilitation du dépotoir. Une réhabilitation réalisée par le groupe Suez (France) et al-Jihad Group for Commerce and Contracting (JCC).


Le dépotoir de Saïda était tristement célèbre durant ses quelque 35 ans d'existence, s'effondrant régulièrement dans la mer et prenant feu, étouffant par la même occasion les habitants de la ville. Aujourd'hui, la ville dispose d'une usine de compostage, actuellement fonctionnelle, après être longtemps restée non opérationnelle.


La réhabilitation du dépotoir de Saïda s'est étalée sur trente mois : le site est aujourd'hui divisé en deux parties, le jardin public et la zone d'enfouissement technique recouverte d'une pelouse synthétique, située sur des terrains gagnés sur la mer (remblayés avec les gravats du dépotoir lui-même), et fermée au public puisque le travail de traitement des déchets s'y poursuit pour cinq à sept ans. C'est Pierre-Yves Pouliquen, directeur général délégué pour l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Inde à Suez Environnement, représentant le groupe Suez lors de la cérémonie d'inauguration, qui donne plus de détails sur cette opération de réhabilitation dans un entretien accordé à L'Orient-Le Jour.


Le projet de Saïda est le premier projet de traitement de déchets dont s'occupe le groupe français au Liban, bien que celui-ci soit présent dans ce pays depuis 1953, dans le domaine de la gestion de l'eau. « Nous avons décidé, ces dernières années, d'apporter notre savoir-faire en matière de gestion des déchets dans les pays émergents, notamment dans les pays du Moyen-Orient », précise Pierre-Yves Pouliquen, qui ajoute que son groupe a réalisé des projets similaires, entre autres au sultanat d'Oman et au Maroc.
Comment en sont-ils arrivés à Saïda ? « En raison de notre présence au Liban, nous avons entendu parler du projet de la réhabilitation du dépotoir de Saïda dont le président de municipalité a fait un enjeu fort de son mandat, dit-il. Avec l'entreprise JCC, nous avons décidé de créer un partenariat pour répondre à l'appel d'offres lancé par la mairie de Saïda. »


Quel a été le rôle de chacun des acteurs ? « JCC est une entreprise de travaux publics, et nous sommes l'expert en environnement, répond M. Pouliquen. Nous avons réalisé toute l'ingénierie du site : en d'autres termes, penser le nouveau site, mettre en place le laboratoire, contrôler le tri des déchets, et faire en sorte que l'accompagnement et la supervision des travaux se fassent dans les délais. » Il ajoute : « Nous avons apporté l'expertise en matière de recyclage et de contrôle des travaux effectués, par le biais du laboratoire. Certains de nos experts en déchets se sont déplacés sur place dans cet objectif. »

 

(Lire aussi, notre dossier spécial : Historique et impact de la crise des déchets)

 

Une réhabilitation en trois temps
Comment a-t-on procédé à la réhabilitation en tant que telle ? « La réhabilitation s'est faite en trois temps, explique-t-il. Il faut rappeler, tout d'abord, que ce dépotoir mesurait 58 mètres de haut sur 350 de long, sur une bande de terre près de l'eau, régulièrement lessivée par la mer. La première étape était la construction d'une digue qui a permis de gagner de l'espace : nous avons créé une zone d'enfouissement technique sur une partie du terrain gagné sur la mer. En effet, il y avait beaucoup de gravats qui ont servi à faire le remblai. Les déchets qui n'étaient pas des gravats ont été replacés dans la zone d'enfouissement technique ainsi créée, conçue suivant les normes européennes, c'est-à-dire avec une membrane protectrice, un système pour capter le lixiviat (liquide produit par les déchets), et un autre pour capter le biogaz. Une fois que cet espace a été construit, nous avons commencé à démonter la montagne, et avons trié les déchets restants. Ceux d'entre eux qui étaient organiques ont été placés dans la zone d'enfouissement. »
Il poursuit : « C'est le JCC qui a effectué la plus grande partie du travail. Sur les 25 millions de dollars, nous avions un budget de quatre millions : nous avons assuré la partie ingénierie et notre rôle était de vérifier que les travaux étaient réalisés suivant les normes européennes. »

 

(Voir aussi le dossier du Commerce du Levant : crise des déchets, symbole de la déliquescence de l’État)


Certains observateurs s'étonnent du fait que ce travail de tri énorme ait été fait en un délai qu'ils considèrent très court. À cela, M. Pouliquen répond que pour lui, « ce n'est pas un délai si court. La conception en tant que telle avait déjà été faite en prévision de l'appel d'offres, l'inauguration du projet ayant eu lieu il y a environ trois ans. La phase d'études est plus courte que pour une station d'épuration des eaux par exemple. Après cela, JCC a mis beaucoup de moyens en œuvre pour traiter le volume des déchets et l'opération s'est déroulée sans incident. La plus grande partie des déchets était constituée de gravats qui ont servi de remblai, sans impact sur l'environnement, avec un tri au fur et à mesure. Ensuite, le tri a été effectué sur 600 000 tonnes de détritus. Cela semble rapide, mais en fait c'est de la simple logistique. »
La réhabilitation d'un site qui accueillait, auparavant, différents types de déchets a-t-elle posé des défis particuliers ? Pierre-Yves Pouliquen répond par la négative, ajoutant que « ce qui était impressionnant, c'était le volume ». « Nous avons aussi dû empêcher l'activité de ceux qui continuaient à venir vider les poubelles sur le site après le début des travaux », ajoute-t-il.


Le site est aujourd'hui divisé en deux parties, dit-il. Il y a le parc public, à l'endroit où se trouvait le dépotoir, et la partie fermée (où ont été transférés les déchets), sur laquelle a été placée une pelouse synthétique. Celle-ci a été édifiée à huit mètres de hauteur, sur un promontoire face à la mer. Le massif deviendra, avec le temps, un espace à la disposition de la municipalité : il est aujourd'hui fermé parce que le travail se poursuit sur les détritus se trouvant sous la membrane, qui contiennent une certaine proportion de déchets organiques.


La réhabilitation du dépotoir n'aurait-elle pu être faite sans le remblayage de la mer ? « Non, il fallait un espace gagné sur la mer, affirme Pierre-Yves Pouliquen. La bande du dépotoir culminait à 58 mètres, il y avait un problème de masse à redistribuer et il fallait un espace pour cela. »
Le travail de Suez à Saïda est aujourd'hui terminé. « Nous sommes très satisfaits du travail fini, c'est une belle réalisation, déclare-t-il. Le problème de pollution est totalement résorbé. Des analyses effectuées par le Pnud montrent que la vie marine reprend dans cette zone, alors que cette côte était totalement morte il y a sept à huit ans. »

 

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Irene Said

Nous tous rêvons d'avoir de tels espaces verts,
et la preuve: quand on veut, on peut...et BRAVO pour la ville de Saïda !

A quand, du sud au nord, notre littoral libanais ainsi entretenu, protégé, où il ferait bon se promener et flâner dans de tels jardins ?
Irène Saïd

NAUFAL SORAYA

Bravo!!! Comme quoi, tout est une question de volonté, le reste suit...

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