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Spécial Crise des déchets

Deux programmes de l’UE permettront de traiter, dans les régions périphériques, 43 % des déchets solides du pays

31/03/2016

Lancés par l'Union européenne et le ministère de la Réforme administrative en début d'année, les programmes Swam 1 et Swam 2 sont porteurs d'espoir face à la crise des déchets qui perdure depuis juillet 2015. Plusieurs usines de traitement des déchets solides sont déjà en place et d'autres devraient bientôt voir le jour grâce à ces programmes. Ces initiatives permettront, sur le long terme, de traiter une grande partie des ordures ménagères du Liban.
L'implication de l'UE dans les projets reliés au traitement des déchets remonte à plusieurs années, avec notamment le programme Aria lancé en 2004 et qui a permis de construire des usines à Ansar, Kfour, Baalbeck, Aïn Baal, Khiam, Kherbet Selem, Minié, Mechmouch ainsi que dans le Chouf (union des municipalités du Chouf Sweijani). Ces projets de l'UE ont porté sur les régions périphériques du fait que Beyrouth et le Mont-Liban étaient pris en charge par Sukleen.
« Les régions éloignées de Beyrouth ont l'avantage de disposer de terrains pour la création d'usines et de décharges sanitaires », indique Nabil de Freige, ministre d'État pour la Réforme administrative, dont le ministère gère ces programmes. Il précise que la présence d'un terrain pour l'établissement d'une décharge adjacente aux usines de traitement de déchets est primordiale. « Il y a toujours un pourcentage de déchets qui ne peut pas être traité et qui doit être envoyé dans les dépotoirs. J'ai donc demandé qu'il y ait une décharge à proximité de chaque usine », explique-t-il.
Les usines actuellement opérationnelles s'occupent principalement du tri, du recyclage et du compostage des déchets. Celles de Baalbeck et de Tripoli devront bientôt produire du biogaz et du refuse-derived fuel (RDF), utilisé pour alimenter les fours des grandes usines. Ces usines seraient difficiles à créer dans les grandes agglomérations libanaises, notamment Beyrouth, en raison du manque de place. « Beyrouth a besoin d'un grand terrain et d'une usine énorme, ce qui est très difficile à assurer », explique le ministre.

De nouvelles usines
« Début 2016, une nouvelle donation de l'UE pour le traitement des déchets a été approuvée par le Conseil des ministres. Près de 14 millions de dollars seront consacrés à Swam 1 et 21 millions à Swam 2 », explique M. de Freige. Swam 1 devrait bénéficier à la Békaa (union des municipalités de Baalbeck et du Hermel, Zahlé et union des municipalités de Jeb Jenine) et au Liban-Nord (Srar). Swam 2 servira à des projets à Nabatiyé (union des municipalités de Nabatiyeh-Chqif et Bint Jbeil), au Liban-Nord (union des municipalités de Tripoli, Batroun, Koura, Zghorta, Denniyé) et au Liban-Sud (union des municipalités de Tyr-Abbassiyé, Saïda). Ces dons serviront à créer de nouvelles usines ou à améliorer celles déjà existantes, comme à Baalbeck et Tripoli.
« L'usine de Baalbeck va être agrandie et produire du biogaz, indique Nabil de Freige. On va également y ajouter une chambre de traitement des déchets médicaux ainsi qu'une décharge sanitaire. Sa capacité sera de 250t/jour et permettra de créer 60 nouveaux emplois. » « Elle profitera à quelque 400 000 personnes dans 60 municipalités », explique M. de Freige. « Concernant l'usine de Tripoli, elle a été agrandie à cause de la présence des réfugiés syriens dans la région. Elle était initialement prévue pour le tri des déchets mais la société qui la gère va consacrer 2 millions de dollars pour faire du compostage et du RDF », indique-t-il.
Quant aux projets concernant les nouvelles usines, « ils sont actuellement en cours d'étude. Les constructions commenceront bientôt et les usines devraient être fonctionnelles d'ici à un an et demi », précise Nabil de Freige. « L'usine de Tripoli sera inaugurée fin mai et nous attendons les papiers pour celle de Batroun », ajoute-t-il. La constitution d'un dossier pour les municipalités qui veulent prendre part au programme nécessite environ deux ans d'études sur l'impact environnemental ainsi que des négociations avec l'UE.

Sensibiliser la population
« Le jour où toutes les usines seront fonctionnelles, nous pourrons traiter environ 43 % des déchets solides du Liban », indique le ministre. Par ailleurs, tous les projets permettront de créer des emplois au niveau local, sachant qu'il s'agit souvent de régions qui souffrent du manque d'opportunités de travail. Swam 1 bénéficiera à 107 municipalités de la Békaa et 800 000 personnes avec une capacité de traitement de 550t/jour et la création de 160 emplois. Au Liban-Nord, il bénéficiera à 128 municipalités (550 000 habitants) avec une capacité de 200t/jour et la création de 30 emplois.
Avec Swam 2, non moins de 97 municipalités de la région de Nabatiyeh (470 000 habitants) pourront traiter 350 tonnes de déchets par jour et bénéficieront de la création de 85 emplois. Les usines du Liban-Nord profiteront à 853 000 habitants dans 92 municipalités, avec la création de 135 emplois et le traitement de 895 tonnes par jour. Le sud du pays pourra, quant à lui, traiter 350 tonnes par jour pour 98 municipalités (580 000 habitants) et bénéficier de 100 nouveaux emplois.
Il reste que la population doit être mieux sensibilisée aux problématiques reliées aux déchets solides et au recyclage, selon M. de Freige, afin d'éviter que les crises des déchets ménagers ne deviennent permanentes. « La population locale n'est pas assez sensibilisée sur la question, souligne-t-il. Il faut qu'il y ait un réel changement des mentalités et que les foyers se mettent à trier, sinon nous serons toujours confrontés à un problème relatif aux ordures ménagères dans le pays », relève le ministre en conclusion.


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Les usines de traitement créées par l'UE à ce jour

1. Municipalité d'Ansar : 10t/jour (non opérationnelle)
2. Union des municipalités de Tyr : 180t/jour
3. Municipalité de Khiam : 25t/jour
4. Municipalité de Kherbet Selem : 10t/jour
5. Municipalité de Kabrikha : 15t/jour
6. Union des municipalités de Minié : 77t/jour (devrait reprendre en avril).
7. Municipalité de Mechmouch : 10t/jour
8. Union des municipalités de Tripoli : 350t/jour
9. Union des municipalités de Nabatiyé : 250t/jour
10. Union des municipalités de Chouf Soueijani : 40t/jour
11. Municipalité de Baalbeck : 150t/jour

 

 

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Aboukheir Dany

On parle de sensibiliser la popuplation aux problèmes liés aux déchets depuis des mois et on ne fait rien. Nous sommes trois pelés et un tondu à trier nos déchets. Pourquoi ne pas produire des spots informatifs qu'on passerait tous les jours en prime time pendant quelques mois?

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