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Liban

Un contre-discours pour saper l’idéologie de l’EI

Extrémisme

La société civile appelée à se mobiliser dans le cadre de la bataille médiatique.

20/04/2016

Le recours par l'organisation État islamique et ses acolytes à l'ensemble des outils de la communication virtuelle pour séduire, radicaliser, recruter et promouvoir son idéologie est devenu l'arme la plus redoutable contre laquelle gouvernements et acteurs civils tentent aujourd'hui de se mobiliser.
C'est sur les moyens de lutte contre la communication autour de l'extrémisme et de ses manifestations violentes que se sont penchés, trois jours durant, près d'une centaine d'experts et d'acteurs de la société civile ainsi que des secteurs privé et public lors d'un séminaire sur ce thème dans un hôtel de Beyrouth. Autant de participants (qui se sont exprimés sous couvert d'anonymat pour des raisons évidentes de sécurité) devenus incontournables pour identifier la batterie de moyens à mettre en œuvre.


La rencontre a été organisée par l'association SMEX (Social Media Exchange), spécialisée dans la formation d'activistes et de journalistes aux médias sociaux, avec la collaboration de l'ambassade des États-Unis.
L'enjeu est désormais bien compris : la guerre contre l'infrastructure médiatique mise en place par Daech et ses effets de nuisance est autrement plus ardue et complexe qu'une simple expédition militaire conventionnelle.
Bien qu'établi dans des zones géographiques bien définies, notamment en Irak, en Syrie et depuis peu, en Libye, l'État islamique a réussi à s'infiltrer pernicieusement dans beaucoup de foyers. Il a les moyens de se faufiler à travers les tablettes des enfants et des adolescents, et cibler des groupes vulnérables et enclins à ses messages qu'il module sur un mode « attractif et séduisant ». Il envahit également, de manière tout aussi sournoise, nos écrans de télévision et nos ordinateurs, par le biais de vidéos horrifiantes et de messages mettant en avant une idéologie qui prône la mort et la destruction, au nom de l'islam.

 

(Pour mémoire : Qui peut vaincre l’État islamique sur le terrain ?)


Faire face à ce monstre médiatique est devenu la hantise des gouvernements, qui s'attellent depuis quelque temps à édifier une contre-stratégie médiatique, mais pas seulement, pour saper tout le corpus constitutif de la propagande daechiste.


C'est la tâche à laquelle se consacre notamment le gouvernement américain par le biais d'un contre-discours qui réfute les allégations et les propos mensongers diffusés par l'organisation islamique. Cette bataille transnationale a ainsi pour objectif « d'affaiblir la légitimité et d'étouffer l'écho du radicalisme et de la violence qui lui est inhérente », précisent les représentants de SMEX.
Faire face à ce phénomène et à cette idéologie macabre suppose ainsi une stratégie faite de mesures préventives et d'interventions ponctuelles pour saper le pouvoir d'attraction des idéologies faisant l'apologie de la violence.
« Ce sera une longue bataille qui ne sera gagnée qu'à l'aide d'une approche globale et complète menée de pair par les gouvernements concernés et la société civile et en concertation », devait souligner, en septembre 2015 déjà, le président américain Barack Obama.

 

(Pour mémoire : Attentats de Bruxelles : comment la radicalisation vient)

 

Démystifier Daech
Conscients des limites de l'action militaire, les gouvernements concernés ont finalement compris que des efforts parallèles doivent être déployés à partir de la base, en s'efforçant en même temps de mettre en place des politiques visant à déterrer les racines du mal. Bref tout un chantier qui commence par les communautés de base qu'il faut désormais sensibiliser pour prévenir l'infiltration de ce « mal » et les inclure dans cette lutte multilatérale.
« L'approche sera ainsi interactive et participative », insistent à plusieurs reprises les participants au séminaire. Il s'agit également de personnaliser les solutions, en les adaptant à chaque pays, selon ses spécificités », fait remarquer un diplomate américain, avant de préciser que la bataille sera gagnée par le biais de la promotion de « meilleurs idées », celles qui réfutent les messages de haine, de violence et d'intolérance que nous sert l'EI en ligne. « En bref, il s'agit de démystifier Daech », souligne un intervenant.


Encore faut-il décrypter le contenu des messages diffusés par les groupes extrémistes et comprendre leur modus operandi mis en place pour séduire et recruter.
Véritable bête médiatique, l'EI a mis en place toute une structure dont le siège est basé à Raqqa (en Syrie) et à Mossoul (en Irak), avec une pléthore de moyens tels que les magazines en ligne, à l'instar de Dabiq, des vidéos vantant l'idéologie et la structure sociale du groupe, ainsi qu'un arsenal de tweets ciblés qui envahissent la Toile au quotidien.
L'Internet lui sert également de plate-forme pour notamment transférer de l'argent, une opération qui s'est faite par moments « via des sites de jeu de poker, histoire de préserver l'anonymat de l'opération », fait remarquer un spécialiste.
Il s'agit en outre de comprendre le profil des combattants recrutés, leur milieu familial et socio-économique, leurs motivations psychologiques, mais aussi le contexte politique pour mieux savoir à qui on a affaire, et adapter la riposte en fonction. Certaines études ont ainsi identifié des profils psycho-sociaux que l'on retrouve chez une majorité de jihadistes, à savoir ceux qui sont mus par l'argent et le pouvoir, la vengeance (après avoir témoigné de la souffrance de leur famille), ceux qui sont en quête de justice ou d'actes de rédemption. La recherche d'une identité et son corollaire, le besoin d'appartenance, constituent également des facteurs déterminants. Dans la majorité des cas, l'absence du père ou la présence d'un père abusif, auquel va se substituer par la suite le prédicateur religieux, est un élément qui revient dans plusieurs études effectuées.
Le recrutement se fait généralement « offline », et les victimes sont attirées après avoir placé un commentaire « favorable » sur l'un des produits médiatiques diffusés par les groupes radicaux, précise un intervenant.

 

(Pour mémoire : Le fonctionnement du groupe Etat islamique en cinq questions)

 

Promouvoir la tolérance
« Nous sommes désormais bien familiers avec l'ennemi et avec les moyens qu'ils mettent en œuvre », confie l'un des experts qui contribue à la mise en place d'une stratégie visant à produire un contre-narratif pour faire face notamment aux milliers de tweets émis par jour mis par l'État islamique.
« La lutte consiste à mettre en place toute une campagne réactive et proactive, visant notamment à reconvertir ceux qui ont déjà été récupérés par l'extrémisme », dit-il. Adaptés selon les pays et les groupes sociaux, les messages entendent véhiculer notamment la tolérance, la modération et l'acceptation de l'autre, bref les valeurs universelles des droits de l'homme et de la démocratie.


Toutefois, confie une participante, la solution ne réside pas uniquement dans le contre-narratif ou dans cette guerre virtuelle du « message » mais va bien au-delà de ce jeu de ping-pong idéologique qui a actuellement lieu entre l'EI et le camp occidental. « Tant que nous n'avons pas compris que ce phénomène doit être également contré par des politiques plus adaptées au plan social, éducatif et économique, et tant que l'arrogance de certaines politiques étrangères n'a pas été remise en cause, le mal ne sera pas jamais éradiqué. »

 

 

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« Les jihadistes ne sont pas du tout utopistes »

« L’État islamique est une entité éminemment postmoderne »

 

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Conscients des limites du militaire, les gouvernements ont finalement compris qu’il fallait mettre en place des politiques visant à déterrer les racines du « mal ». Bref tout un chantier qui commence par les communautés de base qu'il faut désormais sensibiliser pour prévenir l'infiltration du « mal » et les inclure dans cette lutte multilatérale.
Il s'agit de personnaliser les solutions, en les adaptant à chaque pays, selon ses spécificités. Bref, il s'agit de démystifier ce héZébbb.
Encore faut-il décrypter le contenu des messages diffusés par ce groupe extrémiste et comprendre son modus-operandi mis en place pour séduire et recruter.
Véritable bête médiatique, ce héZébbb a mis en place toute une structure dont le siège est basé à Ddâhhïyéééh, avec une pléthore de moyens dus aux millions de Toumânes Per(s)cés encaissés par ce héZébbb.
Il s'agit de comprendre le profil des recrutés, leur milieu familial et socio-économique, leurs motivations psychologiques pour mieux savoir à qui on a affaire. Certains ont ainsi identifié des profils psycho-sociaux que l'on retrouve chez une majorité de fakkihîstes, à savoir ceux qui sont mus par l'argent et le pouvoir, la vengeance ou ceux qui sont en quête d'actes de rédemption.
L'absence du père ou la présence d'un père abusif, auquel va se substituer par la suite le prédicateur religieux, est un élément qui revient dans plusieurs cas." !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Le recours par le héZébbb et ses acolytes à l'ensemble des outils de la communication pour séduire, radicaliser, recruter et promouvoir son idéologie est devenu l'arme la plus redoutable. L'enjeu est désormais bien compris : la guerre contre l'infrastructure médiatique mise en place par ce héZébbb et ses effets de nuisance est autrement plus complexe qu'une simple expédition militaire conventionnelle.
Bien qu'établi dans des zones géographiques bien définies, notamment au Liban, en Syrie et depuis peu, au Yémen et en Irak, ce héZébbb a réussi à s'infiltrer pernicieusement dans beaucoup de foyers. Il envahit également, de manière tout aussi sournoise, nos écrans, par le biais de vidéos horrifiantes et de messages mettant en avant une idéologie qui prône la mort et la destruction, au nom de l'islam.
Faire face à ce monstre médiatique est devenu la hantise des gouvernements, qui s'attellent à saper tout le corpus constitutif de la propagande héZébbbollâhie par le biais d'un contre-discours qui réfute les allégations et les propos mensongers diffusés par l'organisation fakkihîste. Cette bataille transnationale a ainsi pour objectif d'étouffer l'écho de la violence qui lui est inhérente !
Faire face à ce phénomène macabre suppose ainsi une stratégie faite de mesures et d'interventions pour saper le pouvoir d’une idéologie pareille faisant l'apologie de la violence…."

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CE NE SONT PAS LES CONTRE DISCOURS QUI SAPERAIENT L,IDEOLOGIE DE L,E.I. MAIS LE REVISION DE FOND EN COMBLE DE CERTAINS PASSAGES DES LIVRES SAINTS QU,ON LEUR FAIT GOBER DES LA PLUS TENDRE ENFANCE !!!

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